LETTRE CXXIX
(Ecrite Ten Tan 11130 AUX GÉNOIS.
n les exhorte k conserver et à défendre constamment la paix, qu'il ayait autrefois établie parmi eux.
A ses Génois, aux consuls avec leurs conseillers et à tous les citoyens, Bernard, dit abbé de Glairvaux : la paix^ le salut et la vie éternelle.
1 . L'Église par qui nous avons été l'année passée envoyé vers vous, a éprouvé peu après dans ses besoins, que notre voyage n'avait pas été inutile. Pendant le peu de temps que nous avons été auprès de vous, vous nous avez reçu et traité avec honneur, d'une façon certainement digne de vous, mais supérieure à notre bassesse. Assurément nous ne l'avons point oublié et nous n'en sommes pas ingrat. Que Dieu vous le rende, lui qui le peut et qui était en cause. Pour nous, en effet, comment récompenserons-nous cette vénération empressée, cette déférence, cette affection si pleine d'amour et de grâce ? Ce n'est pas que nous nous plaisions dans l'estime qu'on nous porte, mais nous nous réjouissions avec vous de votre dévouement. 0 jours de fête pour moi, que vous avez été courts 1 Je ne vous oublierai jamais ', peuple dévoué, nation glorieuse, illustre cité. Le matin, à midi et le soir, comme le prophète, je prêchais, je racontais ', et l'empressement à écouter était d'autant plus grand que plus grande était la charité des auditeurs. Nous vous portions une parole de paix, et comme nous avions trouvé des enfants pacifiques,
1 Manrique, dans ses Atmaies, rapporte (an. 1132, cbap. 6) que les Génois eurent une pleine confiance dans cette parole de saint Bernard. Cinq cents ans plus tard, en 1625, ayant été menacés par le prince Charles-Emmanuel, duc de Savoie, qui était sur le point de s'emparer de la ville. Us invoquèrent le secours de saint Bernard, et le sommèrent en quelque sorte de tenir sa promesse ; ils firent en même temps le vœu de célébrer, chaque année, solennellement la fête de saint Bernard. Ce ne fut pas en vain, car, la veille même de la fête, Charles- Emmanuel, effiayé par Tapparition d'une flotte espagnole, se retira, et la ville ftat délivrée. » * Ps. uv, IS.
notre paix se reposdt sur eux. J'étais sorti pour jeter la semence, non pas la mienne, mais celle de Dieu, et cette bonne semence, tombant' sur une bonne terre, a rendu en son tempa* cent fruits pour un. Merveilleuse promptitude] tout à fait nécessaire I Je n'ai souffert ni retardj ni obstacle, et presque en un seul jour j'ai se^ mé, j'ai moissonné, et j'ai rapporté avec allé-| gresse les gerbes de la paix. Voici la moisson que j'ai récoltée : Aux exilés, aux captifs, à ceux qui étaient emprisonnés et enchainés, j'ai rapporté la douce espérance de la liberté et du retour dans la patrie, aux ennemis la frayeur, aux schismatiques la confusion, à TÉgllse la gloire, à l'univers la joie.
â. Que nous reste-t-il maintenant, mes très-, chers, sinon à vous exhorter à la persévérance,' qui seule mérite la gloire aux hommes, et donne la couronne à leurs vertus? Sans la persévérance, le combattant n'obtient pas la victoire, ni le vainqueur la palme. La perse-! vérance soutient les forces et consomme les vertus; elle nourrit le mérite et intercède pour la récompense. Elle est la sœur de la patience, la fille de la constance, l'amie de la paix, le nœud des amitiés, le lien de la con-| corde, le rempart de la sainteté. Otez la perse-' vérance, la docilité n'obtient plus de récompense, le bienfait de gratitude, ni la valeur de louanges. Enfin, ce n'est pas celui qui aura commencé, mais celui qui aura persévéré jusqu'à la fin, qui sera sauvé ^ Saûl, tandis' qu'il était petit à ses propres yeux, a été établi roi sur Israël ; il n'a pas persévéré dans son humilité, et il a perdu le royaume et la vie. Si la prudence de Samson, si la piété de Salomon s'étaient maintenues dans la persévérance, celui-ci n'eût certainement pas perdu sa sagesse, ni celui-là ses forces. Je vous conseille donc et je vous prie de garder fermement cette marque de la gloire suprême, cette gardienne unique et fidèle de toute probité. Conservez avec soin ce que vous avez entendu avec joie. Souvenez-vous qu'il est écrit qiïiférode crai' gnait Jean et aimait à Ventendre '. Il eût été heureux, s'il eût observé la parole aussi volontiers qu'il l'avait écoutée. Enfin, ce ne sont pas ceux* qui entendent, mais ceux qui entendent et qui. gardent la parole de Dieu qui sont heureux '•
3. Conservez donc la paix à vos frères de Pise, la foi au seigneur Pape, la fidélité au roi, l'honneur à vous-mêmes. C'est là ce qui est utile, ce qui est convenable, ce que la justice exige. Nous avons entendu dire que les en*
1 Matth., X, 22. — « Marc, vi, 20. — * Luc, xr, 28.
Tojés du duc Roger étalent allés yers tous ; qu'ont-ih apporté, qu'ont-ils remporté, nous rignorons. Mais, à tous dire Trai, selon la parole du poàte. J'ai toujours craint les Grecs, même quand Us portent des présents* Si quelqu'un parmi tous, ce qu'à Dieu ne plaise, est surpris à commettre une action aussi infâme que celle d'étendre la main Ters un gain honteux, notez-le à l'instant, regardez-le comme Tennemi de Totrenom, comme un homme qui trahit ses concitoyens, qui Tend l'honneur et la réputation de tous. Si quelqu'un est surpris à Touloir sem^ par ses murmures la diTision dans le peuple, troubler la paix, et prendre ainsi pour lui le rôle du diable qui est toiyours amateur et fauteur de discorde, opposez-TOusy au plus Tite et remédiez par une censure séTëre à ce poison d'autant plus redoutable qu'il est intérieur* Une armée ennemie rayage les campagnes et pille les maisons ; mais les imauTais conseils c<Mrrompent les bonnes mœurs, et un peu de leTain aigrit toute la pâte ^ Semez, plantez, trafiquez, afin que non-seule* ment tous ne renouTeliez pas les anciens maux, mais encore que tous puissiez les expier et les effacer par de justes réparations. Car il est écrit : Les richesses de V homme sont la rançon de son âme *. Et encore : Dtmnez Vaumône et tout en sera purifié '. Que si tous Toulez combattre, si TOUS aimez à essayer tos armes et à éprouTer encore les forces de Totre courage et de Totre Taillance, il ne faut pas tous attaquer à des Toisins ni à des amis. U serait beaucoup mieux de lutter contre les ennemis de l'Église et de défendre l'enceinte de Totre royaume, enTahie par les Siciliens. U sera certainement plus honorable de faire sur eux des conquêtes et tous jouirez aTCC plus de justice de celles que TOUS aurez faites. Que le Dieu de paix et d'amour demeure toujours aTec tous tous 1 Ainsi 8oit-il«