‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 181 sur 319 · LETTRE CXXXI · texte numérisé non relu

LETTRE CXXXI

(Beritel'ui 1185.)

AUX MII«AJfAI8.

Comoia les Milanaif , réconciliés avec Innocent, paraissaient, cependant chanceler dans leur fermeté et dans leur obéissance, il les exhorte à demeurer fidèles, et il leur rappelle les récents bienflûts qa'Us avaient reçus deTEgUse romaine.

A ses chers Milanais^ à tout le clergé et à tout le peuple^ Bernard, dit abbé de Glairvaux : salut dans le Seigneur.

i. Dieu vous fait du bien; l'Église romaine vous fait du bien. Il en use avec vous comme un père; elle, comme une mère. Et, en vérité, que vous devait-elle qu'elle n'ait pas fait? Quand vous avez demandé pour l'honneur de Dieu et pour le vôtre qu'on vous envoyât de la cour des personnages éminents, on vous les a envoyés *. Quand vous avez demandé que Ton confirmât ce que d'un consentement unanime vous aviez établi touchant Tolection de votre vénérable père ', on Ta confirmé. Quand vous avez voulu qu'on vous permit ce que les sacrés canons ne permettent que dans une grande nécessité, l'érection d'un évêché en archevêché ', on vous l'a accordé. Quand vous avez prié pour que vos concitoyens fussent délivrés des chaînes des habitants de Plaisance \ ce que je ne veux ni ne dois passer sous silence, on l'a fait également. Enfin, en quelle occasion la fille a-t-elle éprouvé de la part de sa tendre mère, je ne dirai pas un refus, mais même un retard à une demande raisonnable? Et pour comble, voici que le pallium, la plénitude de l'honneur, vous est destiné. Ecoutez -moi maintenant, nation illustre, noble race, cité glorieuse, écoutez-moi, dis-je, moi qui vous chéris, et qui, mes paroles sont sincères et je ne mens pas, désire ardenmient votre salut. L'Église romaine a beaucoup de clémence, mais elle n'a pas moins de pouvoir. Je vous donne un conseil Adèle et digne du meilleur accueil :

* hm Milanais ayant embrassé le schisme, pour les réconcilier avec le Saiot-Siége, le pape Innocent lear envoyé, avec saint Bernard, Gay, évèque de Pise, Matthien, évèqne d'Albano, et Geoffroy, évèqne de Chartres. (Voy. Bernard, Vit. lib. II, tt9 9.)

' Ribavld éla par eu à la place 4'Anselme, qui avait été

* C'était le rétablissement de Tarchevèché de Milan, snp* primé à canse du schisme de cette Église, et remplacé par un siaRple^vèchép

* Un grand nombre de Milanais avaient été laits prisojuuers par les habitants de Plaisance.

N*abusez pas de sa clémence, pour n'être pas écrasés par son pouvoir.

2. Mais, direz-vous, je lui rendrai le respect que je lui dois et rien de plus. Soit; faites ce que vous dites; car si vous la respectez comme vous le devez, vous la respecterez en tout. Par une prérogative singulière, la plénitude du pouvoir sur toutes les Eglises de la terre a été donnée au Siège Apostolique. Ainsi qui résiste à ce pouvoir, résiste à Tordre de Dieu. Il peut, s'il le juge utile, ordonnerdenouveauxévêchés, là où il n'y en a point eu auparavant. Parmi ceux qui existent, il peut abaisser les uns, élever les autres, selon ce que la raison lui inspire : ériger ainsi des évêques en arche^ vêques, ou faire le contraire, s'il y voit quelque nécessité. Il peut appeler à son tribunal, des extrémités de la terre, les personnes ecclésiastiques les plus élevées et les contraindre à paraître devant lui, non pas seulement une fois ou deux, mais toutes les fois qu'il le trouve convenable. Il peut enfin punir sur-le-champ toute désobéissance, si quelqu'un par hasard tente de lui résister. Enfin vous l'avez vousmême éprouvé. Que vous a rapporté cette vieille révolte, cette résistance à laquelle vous avez été malheureusement entraînée par vos faux prophètes? Quel fruit avez-vous retiré de cette conduite dont vous rougissez aujourd'hui? Reconnaissez plutôt la puissance qui vous a si longtemps privée de la gloire et de l'honneur de vos suffragants. Qui a pu vous protéger • contre la très-juste sévérité de l'autorité apostolique, lorsque celle-ci, [ffov^quée par vos excès, a ordonné que vous seriez dépouillée de vos antiques et brillants ornements et séparée de vos membres *? Aujourd'hui, vous giseriex encore confondue et mutilée, si elle ne vous

* Après la mort de Temperenr Henri V, Lofhaire &, comte et duc de Saxe, fut élu roi de Germanie ; mais Conrad, duc de Franconie , lui disputa la couronne. Soutenu par quelques princes, il pénétra en Italie arec une armée, séduisit les Milanais et leur archevêque Anselme, prit la couronne à Milan, et ravagea les villes de la Lombardie. Par Tordre de Lothaire,le9 archevêques de Mayence, de Blagdeboarg et de TrèTe8,ezcoiii» mnnièrent Conrad. Le pape Honorius excommunia, en entre, Tarchevèque Anselme, qui lui avait donné la couronne, et le peuple de Milan, qui Pavait soutenu. Les Milanais ayant persisté, et s*étant attachés à Tantipape Anaclet, Innocent snivit la conduite de son prédécesseur. Il déposa Anselme, Ata à Ht* lan la dignité de métropole, et fit procéder a Télection d'un évèque. La dignité métropolitaine fut transportée à la ville de Gènes, en mémoire de ce qu'elle avait deux Ibis reçu, avec honneur, le Pape fugitif. Les Milanais firent alors leur soumission, et leur Église fut de nouveau érigée en arahevèché; mail TEglise de Gènes en resta toi^onrs indépendante. (Voy. Otto Frising. Chron., lib. vu, cap. 17 î Sigonius, Ul). XI, de Regno llali, ad an. 1128 et 1133.)

avait traitée avec plus de bonté que de pouvoir. Qui pourra l'empêcher de vous traiter plus durement encore, si, ce qu'à Dieu ne plaise, vous lui donnez de nouveaux sujets de colère. Veillez à ne pas faire de rechute, parce que certainement, si je ne me trompe, il ne serait pas aussi facile une seconde fois d'y porter remède. Si donc quelqu'un vous dit : 11 faut obéir en partie et en partie résister; après l'expérience que vous avez faite sur vous-même de la plénitude du pouvoir apostolique et de l'étendue de son autorité, ne regarderez-vous pas un tel conseiller comme séduit ou comme voulant vous séduire? Faites au contraire ce que je vous dis, car moi je ne vous trompe pas. Convertissez-vous plutôt à l'humilité, à la douceur, puisque Dieu donne sa grâce aux humbles ' et que ceux qui sont doux auront la terre eu héritage '.Soyez attentive à conserver les bonnes grâces de votre mère et maîtresse, puisque vous les avez recouvrées; appliquezvous à lui plaire pour le reste : alors elle se plaira à son tour, non-seulement à vous laisser les biens qu'elle vous a rendus, mais à en ^jouter d'autres qu'elle ne vous a pas encore * donnés

LETTRE CXXXIL

(Écrite Fan ii34.)

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