LETTRE CXXXV
(Écrite avant l'an 1135.) A PIERRE, ÉVÉQCB DE PAVIB^
n rapporte à Dieu les louanges qu'il a reçues, et 11 loue l'é» vèque de ses œuvres de miséricorde.
Si la bonne semence jetée en bonne terre semble avoir rapporté quelques fruits, la gloire en revient à Celui qui a donné la semence au semeur, la fécondité à la terre et l'accroissement à la plante. Quelle part prenons-nous à cela ? Je ne donnerais certes pas à un autre la gloire du Christ, mais j'aurais bien plus de sicrupule à la prendre pour moi-même. Ce n'est pas moi, mais la loi du Seigneur qui convertit les fimes ; ce n'est pas moi, mais son Adèle témoignage qui dopne.la sagesse aux petits*. Ce n*est pas la plume, mais la main qu'on loue de la bonne tournure d'une lettre. Ce que je puis m'attribuer de plus, c'est d'avouer que ma langue est la plume d'un écrivain qui écrit vite '. Quel bien, direz-vous, revient donc à ces hommes aux pieds brillants qui vont enseigner le bien partout ? Il leur en revient beaucoup, de toutes façons. D'abord, ils sont les enfants de leur Père qui est dans les cieux, et ils ne considèrent pas comme leur étant étrangère la gloire qu'ils lui rapportent ; car s'ils sont ses enfants, ils sont aussi ses héritiers. Ensuite, aimant leur prochain comme eux-mêmes, ils estiment son salut autant que le leur. En troisième lieu, ils savent que l'ouvrage de leurs lèvres ne sera pas complètement perdu pour eux ; car chacun recevra une récompense proportionnée à son travail ^. Pour moi, je n'ai pas fermé mes lèvres ; mais vous, vous avez en outre ouvert votre cœur ; à cause de cela vous recevrez certainement plus que moi, car vous avez plus travaillé. Je suis certain qu'il ne vous sera pas inutile d'avoir porté de l'eau à celui qui avait soif, et d'être allé avec du pain au devant de ceux qui fuyaient. Non,disje, ils ne seront pas stériles pour vous ces devoirs d'humanité, ces exhortations salutaires avec lesquels vous avez véritablement réchauffé dans ces pauvres les entrailles du Christ. Cependant, nous sommes tous deux collabora-
^ n y eut deux évAques de Pavie du nom de Pierre; l'on, élu en 1130 ou 1131 ; l'autre, en 1148, après Alphonse et Conrad, successeurs du premier, n est probable qne notre lettre, écrite vers 1135, comme on le voit par son rang daw le recueil et par son contexte, était adressée ao premier de ces deux évèques, malgré l'opinion contraire dlJgnelli.
* Pi. xviu, s. » • Pi. xut, S. — > * I Cor., ur, 8.
LETTRES DE ftAENT BniNARD.
teurs, tons deux coopérateiirB de Dieu ; espérons donc tous deux recevoir ensemble la récompense en considération de ces ftmes saintes. Qui me donnera de ne jamais perdre votre souvenir, et de ne jamais être oublié de vous?