‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 186 sur 319 · LETTRE (3XXVI · texte numérisé non relu

LETTRE (3XXVI

àU PAPE niNOCSNT *m

n 1« prie de traiter avec plus d'indulgence DalAnoa, qui était prêt à lai donner satisfaction pour les ixgorea dont il «'était rendu coupable.

Si tout ce qui nous arrive était triste, qui le supporterait ? Si tout était heureux, qui ne le mépriserait? Mais la Sagesse* qui gouverne avec prudence les événements, fait usage de leur inévitable alternative, et les entremêle dans le cours de la vie temporelle de ses élus avec de tels ménagements que l'adversité ne puisse abattre leur cœur, ni la joie les corrompre ; l'une rend l'autre plus douce, et celleci rend la première plus supportable. Que Dieu soit béni en toutes choses 1 Notre tristesse a été changée en joie et l'huile a été versée après le vin sur nos blessures. Les ravisseurs et les brigands s'humilient dans la componction ; ils renvoient avec honneur le prêtre du Seigneur sur leauel ils avaient osé porter la main ; ils rassemblent avec empressement les dépouilles dont ils s'étaient emparés et ils les restituent sans fraude. S'il y a quelque chose qu'on ne puisse retrouver, Dalfinus pour cela vous donnera la satisfaction que vous voudrez, car il ^ous Ta affirmé, sa main dans la nôtre. Si,

rur accomplir sa promesse, il vient comme en a le dessein, se jeter aux pieds de Votre jMsyesté, nous vous supplions de traiter ce jeune homme avec plus de douceur qu'il n'en à mérité ; nous ne voulons pas sans doute qu'un si grand crime soit impuni, mais nous désirons que l'honneur de l'Église, si faire se peut, soit légitimement réparé, de telle façon que celui qui donne satisfaction ne soit pas poussé audelà des bornes de sa patience et qu'il ne se repente pas d'avoir cédé à nos conseils.

, 1 Cette lettre fat écrite à l'occaBion des brigands qni anient 'dépouillé quelques éyèquesi à leur retour dn concile de Pise, 'en 1134.

LETTRE CXXXVn.

(Écrite l'an 1134.)

A l'impératrice des romains ^

Les Milanais n'étaient rentrés en grâce auprès dn Pontiffe, qn'aprës avoir reconnu rempereur Lotbaire; saiot Bernard prend de là occasion de les recommander à la démence de rimpératrice.

Dans la réconciliation des Milanais *, nous n'avons pas oublié l'avis que Votre Excellence nous avait donné auparavant. Quand même vous ne nous auriez pas averti, nous n'aurions pas porté moins d'attention à votre gloire et aux intérêts de votre royaume, comme nous le faisons partout et toujours, aussi fidèlement que nous le pouvons. Les Milanais ne sont rentrés dans les bonnes grâces du seigneur Pape et dans l'unité de l'Église qu'après avoir publiquement rejeté et renié Conrad, après avoir reconnu notre seigneur Lotbaire comme leur mattre et roi, et après avoir avec toute la terre proclamé ce dernier auguste empereur des Romains. De plus, suivant le conseil et Tordre du seigneur Pape, ils ont juré, la main sur le saint Évangile, de vous donner une satisfaction convenable pour l'injure passée. C'est pourquoi nous rendons de grandes actions de grâce à la bonté divine, qui, sans nous exposer aux périls de la guerre et sans répandre de' sang humain, a bumilié ainsi vos ennemis.' Nous supplions votre clémence souvent éprouvée par nous, pour qu'au moment donné nous

1 L'impératrice se nommait Ricbère. Qoeiqnes penonoes pensent qne ce n'était pas k elle, mais k rempeiear, qoe lai lettre était adressée.

* Les Milanais, s'étant Tns excommaniés et priyés de la dignité métropolitaine pour s'être attachés à Conrad et à Ana*' clet, résolurent de frire leur soamissionyettonchésderepenttry' giice aux eflorts de leur évéqae Ribaald, suoceasenr d'Aiûelme,' qui avait été déposé, ils résolurent de rentrer en grâce auprès du Pape et de l'empereur. A cet effet, ik écrivent à saint Bernard, dont ils connaissaient l'influence. Saint Bernard leur répondit, pour les féliciter de leurs nouTeaux sentiments, et il leur promit d'aller les voir après le concile de Pise ; il s'y! rendit, en effet, accompagné de Guy, évéque de Pise, et de Matthieu, évéque d'Albano, comme légats a laiere, pour mettre fin au schisme suscité par Anselme. Les Milanais r^ curent ces envoyés, et particulièrement saint Bernard, avec une vénération et un enthousiasme extraordinaires. Us tinrent nne assemblée dans laquelle ils abjurèrent le parti d'Anaclet, reconnurent Innocent, se séparèrent de Conrad, et proclamèrent publiquement Lotbaire empereur et roi. Us jurèrent^en outre. solenneUement de donner satislacUon pour le passé. Saint Bernard, durant son séjour à Milan, lit de nombreux mi racles. De là. il se rendit, sur l'ordre du Pape, dans les autrea vUles de la Lombardie. Yoj* Sigonios, di lUgno ita/.,lib. ii, ad an. il34.

vous trouvions bienTeiUante et fayorable, lorsque les Milanais imploreront Totre pardon par r^itremise du seigneur Pape, médiateur de leur réconciliation ; qu'ainsi ils ne se repentent pas d'avoir obéi à de sages conseils, et que, de votre côté, vous receviez d'eux le service et l'honneur qui vous sont dus. Car il ne convient pas que vos fidèles, qui travaillent pour votre gloire, soient confondus devant vous ; or ils le seront, si après avoir, sur la foi de votre bonté, promis l'indulgence, ils vous trouvent inexorable, ce qu'à Dieu ne plaise, lorsqu'ils interviendront pour ceux auxquels ils ont donné cet espoir.

LETTRE CXXXVin.

(Écrite Tan 1133.) A HENRI, HOI DES ANGLAIS ^

Il demande au roi des secours pour le pape Innocent.

A Henri, très-ill'istre roi des Anglais, Bernard, dit abbé de Clairvaux : honneur, prospérité et paix.

n faudrait être insensé ou ignorer absolument ce que vous êtes , pour prétendre vous donner des leçons, particulièrement sur les choses qui regardent l'honneur. Il suffit donc de vous exposer l'afTaire simplement et en peu de mots, car il est superflu d'en dire beaucoup à qui pénètre tout facilement. Nous sommes à l'entrée de la ville, le salut est à notre porte, la justice est avec nous, mais cet aliment n'est pas du goût des soldats romains. Ainsi nous nous rendons Dieu propice par notre bon droit, nous effrayons l'ennemi par notre armée ; nos troupes seules manquent du nécessaire. Que faudrait-il donc pour achever votre ouvrage, après cet accueil honorable et magnifique que vous avez fait au seigneur pape Innocent? Vous le savez mieux que moi.

* Henri I**, roi d'Angleterre et duc de Normandie, reçut avec beaucoup d'honneur, à Chartres, le pape Innocent, quand celui-ci eut été forcé de se réfugier en France. Il raccueillit également à Rouen, où il lui fit remettre des présents de lui, des grands et même des Juifs de son royaume. Ce fait eut lieu en 4131. En 1132, l'empereur Lothaire n'ayant pas a^fez de forces pour s'emparer de Rome, qu'il voulait rendre au Pape, saint Bernard demanda, par notre lettre, des secours au roi d'Angleterre, qui ne put pas en fournir. (Voy. Guillelmus Malmesborieiias, Hirtoria noveliœ^ lib. i ; Baronius, an. 1135.)

LETTRE GXXXDL

A L*EUPEREUR LOTHAIRE.

n exhorte l'empereur à réprimer les sehismaiiqnes ; il lui recommande l'aifaire d'une église lltaée près de Toal.

A Lothaire, par la grâoe de Dieu auguste empereur romain, Bernard, dit abbé de Clairvaux : ce que peut la prière, d'un pécheur.

1. Béni soit Dieu qui tous a choisi ^ et qui a relevé ainsi le rempart de notre salut, pour accroître réclat et la gloire de son nom, pour réparer rhonneur de l'empire, pour secourir son Église dans les mauvais jours, enfin pour opérer maintenant le salut au milieu de là terre. Car c'est son ouvrage, si la couronne de votre gloire, croissant et progressant d'une façon merveilleuse en splendeur et en magnificence devant Dieu et devant les hommes, s'agrandit et s'élève ainsi de jour en jour. C'est certainement son ouvrage et un effet de sa puissance , si vous avez dernièrement achevé avec tant de bonheur le voyage pénible et périlleux que vous aviez entrepris pour la paix du royaume et pour la délivrance de l'Église. Car vous avez très-glorieusement obtenu à Rome la plénitude de la souveraineté impériale, et cela avec peu de troupes; triomphe plus grand qui devait faire briller avec plus d'éclat l'étendue de votre foi et de votre courage. Que si devant une si petite armée la terre a tremblé et s'est apaisée, quelle terreur n'envahira pas le cœur des ennemis, lorsque le roi aura commencé à s'avancer en déployant la force de son bras? La justice de sa cause l'animera davan-' tage encore; bien plus, une double nécessité l'entraînera. Ce n'est point à moi à vous exhorter au combat; mais c'est à un défenseur de rËglise, je le dis en toute assurance, à empêcher la rage des schismatiques de dévaster

1 Lothaire, duc de Saxe, était nn prince très-recommandable et très-pieux. (Voy. Guillaume de Tyr, lib. xri, cap. 16 ; Otto Frisingen., lib. vu, cap. 17 ; Sigonius, etc.] Pierre^ diacre, rapporte qu'en temps de campagne il se levait an point dn jour, et entendait trois messes ; la première pour les défunts, la seconde pour son armée, et la troisième pour luirméme. Sur les conseils de saint Bernard, il se rendit en Italie, et, malgré la faiblesse de son armée, il vînt à Rome pour rétablir Innocent sur son siège, et recevoir de lui la couronne impériale, qui lui fut donnée (lans Téglise de Latran, pendant qu'Anaclet occupait la basilique du Vatican et les lieux forlifiés de la ville. (Voy. Baronius, an. 1132; Sigonius, lib. xi.) Cependant Orderic Vital (lib. XIII, pag. 896) donne une version différente, et n'admet pas que Lothaire ait totgonis soutenu le parti d'Innocent

rÉglise; c'est à César à reprendre sa propre couronne sur l'usurpateur Sicilien ^ Car, de même que c'est certainement au mépris des droits du Christ que la descendance d'un Juif occupe le siège de Pierre, de même sans nul doute tout homme qui se fait proclamer roi en Sicile s'élève contre César*

2. Or, si César a le double devoir de restituer à César ce qui est à lui, et à Dieu ce qui est à Dieu, pourquoi les affaires de Dieu soufli^ntelles à Toul, quoique César n'en retire aucun profit? Il est à craindre que la négligence des petites choses ne soit un obstacle pour les grandes. Voici ce que je veux dire : L'église de Saint-Gengulf * est, dit-on, injustement et violemment opprimée dans cette ville; on rapporte que, par je ne sais quel artifice, on a surpris votre prudence et que vous avez interposé vos prières pour arrêter le seigneur Pape qui se préparait à lui faire rendre justice. Je vous conseille et je vous conjure d'agir avec plus de sagesse, de retirer cette intervention funeste et de laisser agir la justice, avant que cette église soit entièrement détruite. Je suis pauvre, cependant je vous suis fidèle, et si je vous semble importun, c'est peut-être pour cette raison. Nous saluons humblement dans la charité du Christ notre dame l'impératrice.

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