LETTRE CXLII
(Ècrileranll38.)
AUXHOJNJES DES ALPES ^ . .
Il loue les moines des Alpes qui avaient embrassé la règle 46 Citeaux, et s'étaient aggrégés à Clairvaux; il les console de la perte de leur abbé, élevé à une dignité plus hante, et il les engage à élire un nouveau supérieur. . >
i. Votre bon Père, qui était aussi le nôtre,'it été élevé par l'ordre de Dieu à unedignité plois haute. Faisons donc, mes trës-chers, ce que dit le prophète : Le soleil s'est élevé et la bine esi restée à sa place '. Il est l'astre qui rend illustre
^ Le monastère des Alpes était en Savoie, et dépendait alorri du diocèse de Genève. Il fh| fondé par HumberL II,. comte do Savoie; Gaspar Jongelinus, dans sa Notice des abbés d^.Çlt teauz, rapporte cette fondation à Tan 1136 ; mais c'est plutéf Taggrégation à Tordre dé Citeaux qui eut lieu cette année, comme le rapporte Manrique dans ses Annales; la fondation serait donc antérieure. Guarin, dont il est question dans notre lettre, (ut. le premier abbé du monastère; il fut nommé ensuite^ évèque de Sion. C'est à cette nomination que saint Bernard fait allusion. (Voy. lettre â53 ; Vit, S. Bem. .'lih. i, n>> ÔT.) '
< Habac, ui, H. La citation n'est pas conforme ait teiteme laVulgate,
AU
partout le monastère d6s Alpes, comme le soleil donne à la lune son éclat. Si donc il s'élève, demeurons à notre place, nous qui ayons choisi d'être abaissés dans la maison de notre Dieu, plutôt que d'habiter dans les tentes des pécheurs^ Notre place, c'est l'abaissement, c'est l'humilité, c'est la pauvreté volontaire, l'obéissance, la paix, la joie dans le Saint-Esprit. Notre place, c'est d'être soumis à un maître, à un abbé, à une règle, à une discipline. Notre place, c'est de nous appliquer au silence, de nous exercer par les jeûnes, par les veilles, par les prières, par le travail des mains ; c'est surtout de prendre la voie la plus excellente, qui est la charité; c'est de faire de jour en jour des progrès dans toutes ces choses et d'y persévérer Jusqu'à la dernière heure. Nous sommes persuadé que vous faites tout cela assidûment.
2. Au reste, vous avez accompli une œuvre que tout le monde admire : c'est qu'étant déjà saints et ne comptant pour rien votre sainteté, vous avez voulu prendre part à celle des autres pour vous sanctifier davantage. Ce qu'on lit dans l'Évangile s'est accompli : Lorsque vousau^ rez fait tout ce qui vous aura été commandé y dites: 'JSous sommes des serviteurs inutiles ' .Vous vo us regardez comme inutiles et vous devenez hum* blés. Faire des actions justes et se croire inutile se rencontre chez peu de gens, et à cause de cela excite l'admiration du grand nombre. C'est là, oui, c'est là, ce qui d'illustres vous rend plus illustresencore; de saints, plus saints. Partout où cette nouvelle s'est publiée, elle a répandu une suave odeur. Cette vertu, à mon avis, est préférable aux jeûnes prolongés, aux veilles anticipées, enfin à tout exercice corporel ; elle constitue cette piété véritable qui est utile à tout *. Avec quelle joie l'innombrable compagnie de Citeaux ne vous a-t-elle pas reçus dans son sein ; de quel visage souriant, les anges du haut de leur gloire n'ont-ils pas regardé ce spectacle ? Ces esprits savent, en effet, que rien ne plaît tant au Dieu tout-puissant, qu'une société et une alliance de frères, puisqu'il dit
. par le prophète: Le ciment est bon^', et ailleurs : Qu'il est bon et agréable que des frères soient unis ensemble » ; et de même : Quand le frère aide son frère, tous deux seront consolés *.
3. On remarque encore dans cette action le parfum d'humilité qui s'y trouve. Combien cette humilité n'est-elle pas agréable au Seigneur, nous l'apprenons de celui qui dit : Dieu résiste aux superbes, et donne sa grâce aux hum-
» P«. LXXx:iT, il. — « Lac, xvir, 10. — » I Tim., iv, 8. — «baîe, XLi, 7.— » Ps. cxxxii, 1.— «Prov., xvin, 19.
bles^, et le maître de l'humilité le montre luimême en disant : Apprenez de moi que je suù doux et humble de cœur*. Que dirai-je de notre petit troupeau de Clairvaux à qui vous vous êtes plus particulièrement unis ? Avec quelle affection toute spéciale ne vous reçoit-il pas dans ses bras ? On ne peut exprimer par des paroles les merveilleux effets de cette charité mutuelle, spirituellement répandue entre vous et nous. 11 vous reste, frères, après avoir invoqué le Saint-Esprit, à vous hâter d'élire un père. Car, si vous nous attendiez, je craindrais que notre arrivée ne fût trop longtemps différée, et ce retard serait plein de périls. Mais appelez auprès de vous notre très-cher frère Godefroy, prieur de Clairvaux, qui en cela^ comme en d'autres occasions, remplit notre place ; prenez ses conseils, ou ceux des personnes qu'il enverra peut-être pour lui, s'il ne peut y aller ; pi*enez aussi le conseil de votre père Guarin et choisissez une personne capable de procurer à Dieu de la gloire et à vous le salut. Frères, souvenez- vous de moi.
LETTRE CXLUL