‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 189 sur 319 · A SES RELIGIEUX DE CLAIRVAUX · texte numérisé non relu

A SES RELIGIEUX DE CLAIRVAUX

n s'excuse de sa longue absence, lourde autant et plus encore pour lui que pour les siens ; en attendant, il leur rappelle biiëvemeat leuis devoirs.

A ses très-chers frères de Clairvaux, moines, convers • et novices, le frère Bernard : une joie perpétuelle dans le Seigneur.

i . Jugez par vous-mêmes de ce que je souiTre. Si mon absence vous est pénible, personne ne doutera qu'elle ne me soit plus pénible encore;

^ Jac, IV, 6. — s Natth., xf, 29.

* Autrefois, on appelait convers les adultes entrés en religion^ converti ad retigionem, par opposition aux religieux oflerts à Dieu dès renfance. Ici, les convers sont les frères lais dont il est question dans la lettre 141, n« l.Ils assistaient à l'élection des abbés, sans doute comme autrefois le peuple prenait part, avec le clergé, à rélection des évèques. Ils sont ici nommés avant les novices ; dans le sermon 22 tte dîversis^ ils ne sont nonunés qu'après eux. Ils n'étaient pas admis dans le cbœir. Saint Bernard les distingue des moines, lis n'étaient pas, en effet, considérés comme tels dans les monastères Cisterciens, quoiqu'ils fissent une certaine profession. (Voy. Exord.cistcrc, cap. 15; voy. encoreleltre 352 ci-dessous.) S'ils rentraient dans le monde, ils étaient incapables de se marier. Dans le monastère, ils étaient plus particulièrement employés aux travaux manuels et extérieurs. Us portaient la barbe,d'où on les appelle Quelquefois fmtrei àaràati.

car il n'y a pas perte identique ni également lourde à porter pour vous qui n'êtes privés que de moi seul, et pour moi qui suis séparé de vous tous. Je dois nécessairement ressentir autant de soucis que vous êtes de religieux, m'affliger de mon absence, et redouter les périls pour chacun de vous. Ce double tourment ne me quittera pas, que je ne sois rendu à mes propres entrailles ; je ne doute pas certai- • nement que vous ne ressentiez cela aussi pour moi; mais moi, je suis seul. Une cause unique de tristesse pèse donc sur vous , une cause multiple et qui est relative à vous tous, pèse sur moi. Ce qui me tourmente, ce n'est pas seulement la nécessité de vivre encore quelque temps loin de vous, vous sans qui même la gloire de régner me semblerait une misérable servitude ; mais c'est aussi d'être contraint de m'occuper d'affaires qui troublent entièrement le repos que j'aime, et qui peut-être ne conviennent guère à ma profession.

2. Maintenant que vous savez ces choses, mes retards, qui ne dépendent pas de ma volonté, mais des besoins de l'Église, ne doivent pas exciter votre indignation, mais votre compassion. J'espère qu'ils ne se prolongeront pas ; quant à vous, priez pour qu'ils ne soient pas sans fruits. Si par hasard quelques maux pendant ce temps nous arrivent, il faut les considérer comme des avantages, puisque Dieu est en cause ; comme il est bon et qu'il peut tout, il réparera facilement le dommage, non-seulement en entier, mais même en surabondance. C'est pourquoi ayons bon courage ; nous avons avec nous Dieu, en qui nous vous sommes présent, quelle que soit la distance qui semble nous séparer de vous. Que quiconque parmi vous se montre fidèle à ses devoirs, humble, craintif, zélé pour la lecture, vigilant dans la prière, soigneux de la charité fraternelle, ne me croie pas absent pour lui ; car comment ne serais-je pas présent en esprit auprès de celui qui ne fait qu'un cœur et qu'une âme avec moi? S'il y avait parmi vous, ce qu'à Dieu ne plaise, quelque religieux médisant, à double parole, aimant le murmure, opiniâtre, impatient de la discipline, ou inquiet et vagabond, et qui ne rougît point de manger son pain dans l'oisiveté, quand je lui serais présent de corps, comme lui-même se serait éloigné de Dieu, mon âme serait grandement séparée de lui, non par la distance des lieux, mais par celle des mœurs.

3. En attendant que j'arrive, frères, servez le Seigneur dans la crainte, afin qu'un jour

délivrés des mains de. vos ennemis, vous le serviezsansalarmes. Servez-le dans l'espérance, parce qu'il est fidèle à ses promesses : servez-le comme il le mérite, car il mérite beaucoup. Pour ne pas parler du reste, ce n'est certes pas sans droit qu'il réclame pour lui notre vie, pr r cela seul qu'il a pour elle donné la sienne. Que personne ne vive donc pour soi, mais que tous vivent pour Celui qui est mort pour eux ^ Pour qui, en effet, vivrai-je plusjustement que pour Celui sans la mort duquel je ne vivrais pas ? Pour qui plus utilement, que pour Celui qui promet la vie éternelle ? Pour qui plus nécessairement, que pour celui qui menace des flammes sans fin? Mais je sers volontairement, parce que la charité donne la liberté. C'est à cela que je vous engage, vous, mes propres entrailles; servez avec cette charité qui bannit la crainte, qui ne sent point les peines, qui ne s'inquiète pas des mérites, qui ne cherche point la récompense, et qui cependant est plus pressante que tout. Nulle crainte n'a tant de poids, nulle récompense tant d'attraits, nulle justice tant d'exigence. Que cette charité , très-chers et très-désirés frères, m'unisse inséparablement à vous ; qu'elle me re-^* mette constamment devant vos yeux, surtout aux heures où vous priez.

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