‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 197 sur 319 · De quelle main vigoureuse, en effet, n'avesE · texte numérisé non relu

De quelle main vigoureuse, en effet, n'avesE

vous pas rétabli l'ordre dans ce noble mona-

stère de Vézelay * ^ La dignité apostolique n'a . pas cru devoir céder, même pour un moment, ni au tumulte insensé d*une populace en armes, ni au désir effréné de moines révoltés et furieux, ni à ce qui est encore plus puissant que cela, à Tabondance des richesses. Que s'est-îl passé à Saint-Benoît ' ? La colère royale a-t-elle pu retenir l'esprit de liberté enflammé et armé contre la chair et le sang? Ainsi encore, les églises de Saint-Memmius ' et de Saint- Satyre *, ont été réformées d'une façon merveilleuse, et, de synagogues de Satan qu'elles étaient, elles ont été rétablies en sanctuaires

^ Véiêlay, dans le diocèse d'Àutnn, fut constniH vc:^ Tan 821 par Gérard, comte de NeYer3, et par Berthe son époose, pour des religieuses, qui furent ensuite remplacées par des religieux, puis par des chanoines séculiers Tan 1537. A Tinstigation d*Henri, duc de Bourgogne, Guillaume, disciple de saint Mayol, abbé de Cluny, entreprit une première réforme de ce monastère ; et ensuite saint Hugues, abbé de Cluny, en releva une seconde fois la discipline relâchée. En 1103, le pape Pascal II soumit entièrement les moines de Vézelay à l'abbé de Cluny. (V.Duchesne, Notes sur la bibliothèque de Cluny.) Us essayèrent de se soustraire peu à peu à cette autorité, mais le pape Innoèei:t lés y fit rentrer. L'historien de Vézelay rapporte ainsi ce fait: « L'église de Vézelay jouit tranquillement et sans réclamation de soù indépendance pendant environ trois cents ans à partir de sa fondation, et put se choisir des supérieurs tant parmi ses propres religieux que parmi ceux des autres monastères; mais ensuite les Cluniciens, qui leur étaient bien postérieurs, essayèrent subrepticement de l'assujettir. Ils revendiquèrent d'abord le droit d'approuver, puis celui de faire rélection, et ils alléguèrent faussement que le so^n de cette église leur avait été attribuée par le pape Pascal II. C'est pourquoi cette église eut à supporter , sous le pontificat d'Innocent II| de grands scandales, n réclamant son indépendance primitive, tandis que, par la violence du pape Innocent et du comte de Never3,un supérieur venu de Climy lai était imposé. Presque tous les religieux turent emprisonnés, etc. •{Spieitége d'Achery, tom. il.)

• Saint-Benoît-sur-le-Pô, au sujet duquel Grégoire VII et Calixte II prirent la même mesure que pour Vézelay ; ils défendirent qQ*ancun abbé y fût élu sans Tassentiment ni l'ordre de l'abbé de tluny» ni que l'abbé élu fût consacré par aucun évèque, s'il n'était muni de lettres de recommandation dudit abbé. Cette défense ayant été violée, Innocent, sur la demande de Pierre le Vénérable^ ordonna à l'abbé Guillaume, qui avait été élu et ordonné sans l'assentiment des moines de Cluny, de 6e présenter devant eux, et de leur témoigner obéissance et respect. (V. Biblioth. de Cluny, col. 24S2.)

> Saint Memmius, descendant d'une antique et illustre famille de Rome, fut envoyé en Gaule par saint Pierre, et fut le premier évèque de Chàlons. En son honneur on fonda, près de eette ville, une célèbre église de chanoines qui, sur l'ordre d'Innocent 11, adopta la règle des chanoines de Saint- Augustin.

^ Mathilde, épouse de GoJefroy de Bouillon, obtint du pape Pascal le corps du bienheureux martyr Satyre, dont on fait la fête auxnonesde mars, et en son honneur elle fonda un collège de chanoines réguliers dans le diocèse de Bourges. Ceux-ci, en peu d'années, s'abandonnèrent k une vie tellement mondaine et relâchée, qu le pape innocent fit mettre à leur place des chanoines de Saint- Augustin. (Voy. Memoriule historiarum,)

de Dieu> sans égard pour les vaines résistances de tous ces fauteurs dlniquité. De même à Liège, une épée barbare * suspendue sur voire téte,^ ne vous a point amené à céder aux demandes déshonnétes et importunes d*nn roi violent et irrité. Qui vous accorderait assez de justes éloges pour avoir, ces jours-ci, tout récemment, frappé d'une main puissante, quoique éloignée, les perturbateurs de l'église d'Orléans » ? En vérité, la flèche de Jonathas n'est point alors retournée en arrière, et sa lance ne s'est pas écartée. Il est vrai, cependant, qu'à cette parole, le roi a été troublé ; mais Jérusalem ne l'a point été avec lui ; et lui-même, à la fin, s'est adouci dans sa colère. Il a rougi et ila craint de s'armer en vain contre le Seigneur et contre son Christ. Voilà tout ce qui élève votre magnificence au-dessus des cieux : puisse seulement un commencement si louable, êfa-e couronné par une fin qui en soit digne. Tous ceux qui vous aiment, l'attendent avec empressement et vous conjurent d'en hâter l'exécution.

3. Il esta présent nécessaire de venir en aide à l'église de Tours, sur-le-champ, avec le même

1 Ce passage s'applique sortont i la question des investitures que réclamait l'empereur LothiBre,etque le pape Innocent refusait. « A cette époque, dit l'abbé Ursperg, le Pape alla trouver Vempercur Lothaire, et lui demanda son appui contre Pierre de Léon et ses partisans. L'empereur, en retour, réclama du Pape l'investiture des évèques^qoe les empereurs avaient ene pendant longtemps. Le Pape fut grandement troublé, attristé d'être venu, et inquiet de savoir comment il s'en retournerait, car il ne pouvait accéder à une demande qui avait Méjà attiré tant de malheurs sur l'Église. Cependant, grâce aux instances et à l'intervention de saint Bernard , il put s'en aller en paix. »

s Quelques lettres insérées dans le Spicilegium d'Acheri, 1. 111, p. 153, nous font connaître ce qu'étaient ces perturbateurs. Et d'abord une lettre d'Archembauld, sous-doyen de l'église d'Orléans, à Henri, archevêque de Sens, nous apprend que le Sauteur de cette dissension était un nommé Jean d'Orléans (le même qui. plus tard, fît tuer Archembauld ; voyez lettre 161). Ce Jean, intrus dans la dignité d'archidiacre, éprouva de l'opposition de la part d'Archembauld et des autres clercs, et alors il les accabla d'outrages, et leur enleva presque tous leurs biens, avec l'aide de ses partisans : Barthélémy, Cheve* cier, Zacharie Paganus, archidiacre; Jacques de Saint-Anian, sous-diacre. Aussi, en terminant, Archembauld demande-t-il qu'on lui rende justice contre ces malfoiteure, qu'Henri, an* quel il avait recours à cause de la vacance du siège d'Orléans, fasse interdire une église souillée par du sang versé et par de nombreux sacrilèges, et qu'il ne tarde point à venger une injure qui tombait jusque sur le seigneur Pape. » On trouve une autre preuve de ces faits dans une lettre écrite par tieoOroi, évèque de Chartres, au même Henri. Cet intrus Jean s'appayail peut-être sur l'autorité du roi pour revendiquer sa dignité. Le pape Innocent prit enQn les opprimés sous sa protection ; il confia à Geoffroi le soin d'arranger cette aflaire, comme légat du Saint-Siège, et il contraignit les coupables à donner satisfaction.

2èle et d'une main également puissante ; autrement elle est, elle aussi, près de sa ruine, si vous ne lui portez promptement secours. L'esprit de Gilbert *, dit-on, a reparu dans Philippe, son neyeu par la chair, et l'héritier de son ambition. Les tourments cruels et incessants que ce jeune homme fait subir à l'Église, sa mère, montrent assez combien est grande la passion de dominer qui brûle en lui. Le malheureux déchire presque les flancs de cette Église pour qu'elle l'enfante aux honneurs. Cependant par la Tolontéde Dieu un terme a été mis enfin à ses artifices, si toutefois il platt à l'autorité apostolique de ratifier ce qui a été fait contre lui sous l'inspiration de la justice, sous la pression de sa méchanceté, et pour les besoins de la paix. A Dieu ne plaise, que votre douce majesté confonde les fidèles, auxquels elle a daigné confier cette affaire à terminer. Loin de nous, oui, loin de nous ce malheur, que la cruelle ambition trouve un refuge auprès du défenseur de l'innocence 1 Quelle n'est point son audace de tenter d'atteindre à ce résultat! quelle n'est pas sa démence de l'espérer ! Deux fois déjà méprisant les ordres apostoliques, il s'est soustrait à la justice ; et maintenant avec une témérité plus impudente encore, il n'en ose pas moins se présenter aux regards d'une si grande équité. Qui ne voit clairement, que cet homme, ne pouvant tien attendre de la justice, médite dans son impiété d'attaquer avec la puissance de l'argent l'invincible forteresse ? Mais nous sommes en sécurité, car celui qu'on tente, c'est Innocent, et le fils de l'iniquité ne parviendra pas à le corrompre.

4. Au reste, très-doux Père, tandis que nous soupirons après votre présence, nous nous rappelons les uns aux autres le souvenir de votre abondante suavité ; privés de Tune, nous nous consolons avec l'autre. Cette douceur toujours présente à notre cœur et revenant fréquemment sur nos lèvres est le sel de tous nos entretiens; elle charme nos oreilles, met l'onction dans nos paroles, la joie et la flamme dans nos cœurs : elle est bien connue dans les assembléesdes saints, elle entretient les conversations, elle invite à la prière et elle la nourrit. Nous prions donc avec sollicitude pour

* Gislebcrl ou Gilbert, prédécesseur d'Hiîdebert qui, en H25, était passé du siège du Mans au siège de Tours, qu'il occupa six ans et six mois. A sa mort, Philippe, neveu de Gilbert, envahit subrepticement ce siège avec l'appui de Tantipspe Anaclet; ce qui motiva notre lettre et la suivante. 11 fut enfin contraint de céder, et Hugues fut régulièrement élu à sa place. (Voy. Analecia, t. nr, p. 338.)

VOUS et pour les vôtres, afin que votre mémoire mérite de subsister éternellement et que l'éternité pour laquelle vous travaillez dans le temps vous reçoive. Ainsi soit-il.

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