‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 198 sur 319 · A PHILIPPE, USURPATEUR DE L'ÉGLISE DE TOURS · texte numérisé non relu

A PHILIPPE, USURPATEUR DE L'ÉGLISE DE TOURS

n exprime la douleur profonde que lui a causée la conduite de Philippe, recherchant, par des voies illégitimes, à s'emparer du âége épiscopal de Tours.

Je gémis sur vous, mon très-cher Philippe ; mais je vous en prie, ne riez pas de ma dou* leur, car si par hasard vous ne vous trouviez pas à plaindre, vous n'en seriez que plus digne de compassion. Voyez ce que vous pensez de vous-même : pour moi, je crois qu'il y a sujet de répandre sur vous des torrents de lar^ mes. Ma douleur ne doit pas inspirer la raillerie, mais la pitié ; car elle ne vient ni de la chair ni du sang; c'estvotre perte, Philippe,et non celle de choses périssables, qui m'afflige. Je ne puis pas mieux exprimer combien est grande la cause de mon chagrin que par ces mots: il s'agit de Philippe. En disant cela, j'annonce l'affliction profonde de l'Église, qui vous a autrefois nourri dans son sein, et où vous étiez germant comme un lys, et tout florissant des dons du ciel. Qui ne s'écriait en ce tempslà : Quel adolescent de belle espérance, quel jeune homme heureusement doué I Mais hélas 1 cette couleur éclatante est changée*. Quel espoir a été enlevé à la France qui vous a donné le jour et qui vous a nourri 1 Oh ! si vous pouviez le savoir* vous-même I Oui, si vous aviez

1 « Hildebert, évèque de l'église de Tours, étant mort, les chanoines furent expulsés de leur siège par la violence du comte Geoffroy. Comme ils devaient procéder à rélection canonique d'un évèque, ils se divisèrent en deux partis. Les uns, contre les canons, élurent, malgré la résistance des autres, un certain Philippe, neveu de l'ambitieux Gilbert, prédécesseur d*Hildebert sur ce biége. Philippe se rendit aussitôt auprès de l'antipape Anaclet pour obtenir la conflrmation de son élection puis il revint à Tours. En attendant, Hugues, homme noble et sage, avait été élu canoniqnement par le parti le plus saint da clergé, et il fut consacré dans l'église du Mans par Guy et les autres évèques de sa province. En apprenant ce fait, Philippe prit avec lui les ornements de l'église, et s'enfuit. » Tel est le récit des Actes des évèques du Mans.(Voy./4/iM/ec/(}, tom. m.) Saint Bernard, qui était alors à Viterbe, ayant appris ces faits, écrivit à Philippe la lettre ci-dessus; celui*ci s'apaisa pour quelque temps; puis, à la mort d'Anaciet, il recommença à troubler l'Eglise par ses menées^ ce qui motiva la lettre précédente.

«Thren.,V],l. -- » Luc, xix, 42.

Ali

LETTRES DE SAINr BERNARD.

la connaissance, tous auriez aussi la douleur * , el votre douleur ferait que la nôtre à nous tous ne serait pas sans fruits. J'en dirais davantage, si je suivais mon inspiration ; mais je ne veux pas dans le doute en trop dire, et être comme un homme qui donne des coups en l'air*. Je vous ai écrit cette lettre pour que vous connaissiez l'étendue de notre affection envers vous et que vous sachiez que nous sommes dans le voisinage, si par hasard Dieu vous inspire de rechercher un entretien avec nous et de nous faire jouir de votre présence désirée. Nous sommes en effetà Viterbe ', et nous avons appris que vous êtes à Rome. Daignez nous faire connaître par votre réponse les sentiments que notre lettre aura fait naître dans votre cœur, quels qu'ils soient, afin que nous sachions ce que nous avons à faire et si nous devons plus ou moins nous affliger. Que si vous méprisez tout et que vous ne nous écoutez en rien, je ne perdrai pas le fruit de ma lettre qui est inspirée par la charité ; vous au contraire vous répondrez de votre mépris devant un terrible tribunal.

LETTRE CLll.

(Écrite vers Tan 1135.)

AU SEîGNEUR PAPE INNOCENT, POUR L EVÊQUB

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