DE TROYES
Que la lâcheté desévé|iies entretient IMnsolence des clercs; qne les peines de Tévé lue de Troyes proviennent de ce qu'il a réprimandé des clerrs.
L'insolence des clercs, qui nait de la négligence des évêqucs, trouble et afflige FÉglise par toute la terre. Les évêques donnent aux chiens les choses saintes, et les perles aux pourceaux, et ceux-ci se retournant contre eux, les foulent aux pieds. 11 est juste qu'ils les supportent tels qu'ils les ont formés. Ils les enrichissent des biens de l'Église, ils ne les corrigent point de leurs vices ; ils ont la peine de les endurer vicieux. Les clercs profitent des travaux d'autrui ; ils mangent les fruits de la terre sans les payer, et leur iniquité nait pour ainsi dire de leur embonpoint. C'est à eux au-
* Ed., I, 18. — • I Cor., Il, 26.
* Saint Bernard se trouvait alors à Viterbe ; c'était en l'année 1133, durant laquelle il fut envoyé par Innocent en Allemagne, auprès de Tempereur Lolhaire. La lettre précédente, adressée au pape Innocent, parait datée du même lieu. Dans le sermon II sar le cantique n» i4, il parie d*an autre séjour dans critc même ville.
jourd'hui que s'applique vraiment cette atitique parole de l'Écriture : Le peuple s' assit powr monrger et pour boire ^ puis ils se levèrent pour jouer *. Une âme accoutumée au plaisir, et qui n'est point nettoyée par le sarcloir de la discipline, contracte de nombreuses souillures. Si vous essayez ensuite d'ôter cette rouille invétérée, ils ne soutTrent pasque vous les touchiez, même du bout du doigt, mais suivant l'Écriture : Ce peuple chéri s'est engraissé, puis il a regimbé *. Des témoins iniques se sont levés, de ces hommes qui aiment toujours à mordre à la vie d'autrui et à négliger la leur. Votre serviteur vous supplie pour celui dont toute la faute dans cette division est, si je ne me trompe, d'avoir repris les fautes des clercs. Voilà pour l'évéque '. Maintenant c'est moi que j'excuse. Que Votre Paternité sache que la lettre par laquelle vous avez daigné me prier de me rendre auprès de vous, quand vous auriez pu me l'ordonner, ne m'est point parvenue avant la Nativité delà bienheureuse Vierge Marie. Je ne dis donc pas : J'ai acheté cinq paires de bœufs, ou j'ai acheté une ferme, ou je me suis marié * / mais j'avoue ce que vous n'ignorez pas, que j'ai des petits enfants à allaiter, et je ne vois pas comment je pourrais me rendre auprès de vous, sans un grand scandale, ni sans néril pour eux.
LETTRE CLIll.
(Écrite vers Tan H35)
A BERNARD DE PORTES, DE l'oRDRE DES
GBARTREUl*.
Il avait demandé à saint Bernard son explication du cantique c*e Silomon; saint Bernard allègue que sa faible science est nu-dessous d'un tel ouvrage et des espérances qu'il suscite.
i. Vous me demandez instamment et constamment je vous refuse, par ménagement pour
1 Eiod., xxxii, 6.— * Deiil , xxxri, 15.
• Sans doute Alton, évèiue de Troyes.— * Luc, xiv, 18-20.
> Dans le manuscrit de Clteanx, nous lisons cette observation : « 11 faut savoir qu'il y a eu deux Bernard au monastère de Portes; l'un prieur, l'autre soumis au prieur, qui devint plus tard cardinal. » Le prieur, d'abord moine d'Ambronay, fonda en 1115 la Chartreuse de Portes, et on lit de lui dans le Nécrologe : c La veille des ides de février 1152, mourut Bernard, ))remier prieur de Portes. » Longtemps auparavant, il s'était démis de son titre, et il avait eu pour successeur un autre Bernard, qui s'était démis lui-même de l'évèché de Belley. C'est à lui que Cbifflet (voyez Préface au Manuel des Soitta ires) croit que notre lettre était adressée. Enfin, il y avait en même temps un troisième Bernard qui, après la mort de saint Nanthelme, devint aussi prieur du même monastère, et
moi, non par mépris pour vous. Plût à Dieu que je pusse composer quelque chose qui fût digne de votre esprit et de votre zèle I Je vous donnerais mes yeux et ma vie elle-même, si faire se pouvait, ami très-cher, frère que je voudrais embrasser sprituellement dans les entrailles du Christ, avec toute la plénitude de mon amour. Mais où trouverai-je assez d'intelligence, et quand aurai-je assez de loisir pour ce que vous demandez? Car, il me semble que ce que vous sollicitez n'est ni facile, ni peu important, ni tel que nous puissions le faire. Vous ne mettriez pas tant d'insistance à demander de petites choses. La fréquence de vos lettres et Tesprit ardent qui les animé montrent assez en cela votre intention et votre désir. Mais, plus je vous vois y apporter d'empressement, plus, croyez moi, je me fais scrupule d'y céder. Pourquoi ? Pour n'avoir pas le ridicule, quand vous attendez de grandes choses, d'apporter une souris. Voilà ce que je redoute et telle est la cause de mes hésitations. Qui s'étonnerait que j'aie peur de donner ce que je rougis de mettre au jour? Je livre malgré moi, je l'avoue, ce qui me semble moins utile à publier que honteux à montrer. Qui, en effet, voudrait donner ce qui ne peut rapporter ni honneur à celui qui donne, ni profit à celui qui reçoit? Je donne volontiers, je perds à regret. Je sais que celui qui espère de grandes choses voit d'ordinaire arriver les petites avec peu déplaisir; or, le don qui n'est pas reçu avec plaisir est perdu, et non donné.
2. Avec le calme et les loisirs dont vous jouissez, vous vous appliquez à chercher partout de quoi rendre plus ardent le feu qui |vous embrase, afin d'en être embrasé davantage et d'accomplir la volonté de votre Seigneur qui dit : Que désiré-je^ sinon qu'il àrûle^? Je vous loue pourvu que vous cherchiez ces choses, là où vous n'aurez point ensuite à vous plaindre d'avoir été frustré dans votre espoir. Vous vous trompez, si vous les cherchez auprès de nous. Ce serait plutôt à moi à vous tendre la main pour les obtenir. Je sais sans doute qu'il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir *, pourvu que la chose donnée fasse honneur à qui la donne et soit utile à qui la
ensuite évèqne. Ce qui est certain, c'est que le Bernard auquel est adressée notre lettre ainsi que la suivante, n'était pas prieur en 1135, puisque saint Bernard le prie de saluer le prieur, qui était alors le fondateur et le premier prieur du monastère* Portes était situé dans le Bugey, près du Rhône, à trois lieues de Belley, dans le diocèse de Lyon. (Voy. lettre 250.) « Luc, XII, 49. — « Act., xxil, 39.
reçoit; or je n'ignore pas que je n'ai à ma disposition rien de semblable. Je crains que si ce que je possède est apporté devant vous, vous n'ayez honte de l'avoir désiré et regret de l'avoir demandé. Mais quoi, ne serez-vous pas auprès de vous-même notre meilleure excuse? Que vos yeux donc vous convainquent. Je cède à votre insistance, pour que la réalité fasse au moins évanouir vos soupçons. J'ai affaire à un ami. Je ne ménage plus ma confusion, et pourvu que ce que vous désirez s'accomplisse, j'oublierai ma folie. Je fais donc recopier un petit nombre de sermons récemment dictes sur le commencement des cantiques de Salomon et je vous les envoie au plus tôt, avant même de les avoir publiés. Lorsque j'en trouverai le temps, si le Christ commande à mes occupations, je tacherai de continuer cette œuvre,' pourvu toutefois que vous m'y encouragiez. Je salue avec dévouement, par votre entremise, notre seigneur et père votre prieur, ainsi que les autres frères, et je les supplie en toute humilité, d'intercéder pour moi auprès de Dieu,'