‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 200 sur 319 · LETTRE CLIV · texte numérisé non relu

LETTRE CLIV

(Écrite vers l'an 1136) AU MÊME.

Ses affaires ne lui ont pas permis de tenir sa promesse de visiter la Chartreuse ; il lui envoie les sermons sur le Cantique que Bernard de Portes lui avait demandés.

Je ne puis, mon très-cher Bernard, vous dissimuler la tristesse de mon cœur, ni souïfrir que vous ignoriez plus longtemps le tourment que j'éprouve. Me souvenant de mon ancienne promesse, j'avais un grand désir et j'avais formé le dessein de passer par chez vous, de revoir ceux que mon cœur chérit, et de leur demander des consolations pour mon voyage, du soulagement dans mes travaux, un remède à mes péchés. Mais, pour me punir de mes fautes, il est arrivé que sinon la bonne volonté,' au moins le pouvoir m'a manqué. En vérité,' je ne considère pas cela comme une faute, mais comme une peine de mes fautes passées. Soyez certain, homme de Dieu, qu'il n'y a eu de la part de votre ami, ni insouciance, ni négligence, ni paresse, mais que robstacle est venu d'une affaire qui ne pouvait être négligée,' puisque c'était l'aifaire de Dieu. Cependant ce ver me ronge continuellement et ma douleur est toujours devant mes yeux. Certes, j'ai assez d'autres tribulations, mais aucune, à dire vrai,

n'égale celle-là. Elle l'emporte sur les fatigues du voyage, sur Tincommodité de la chaleur, sur les angoisses et les soucis. Je viens de découvrir ma plaie à un ami : c'est à vous, frère, à être compatissant pour moi, c'est-à-dire à porter avec moi ma souffrance pour que je sois coulage. Je vous demande instamment vos prières, et je demande par votre entremise celles des saints avec lesquels vous vivez. Je vous envoie les sermons sur le commencement des cantiques; vous me les aviez demandés, et je vous les avais promis. Quand vous les aurez lus, je vous prie de me faire savoir le plus promptement possible et à l'occasion, si je dois continuer ou en demeurer là.

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