DE ROME
Sar le même sojet.
i. Vous savez, si vous daignez vous en souvenir, comment j'en ai agi vis-à-vis de vous durant les mauvais jours, sortant, rentrant, marchant aux ordres du roi, restant et demeurant avec V0U3 dans vos épreuves, au point que, mes forces physiques se trouvant presque épuisées, j'ai pu à peine revenir dans ma patrie, quand le ciel eut rendu la paix à l'Église. Si je rappelle ces faits, ce n'est ni pour m'en glorifier, ni pour vous les reprocher, mais pour vous exciter et pour vous animer, pour vous avertir et pour vous démander un sentiment de compassion que vous me devez. La nécessité me presse de m'adresser aujourd'hui à tous ceux dui sont mes obligés. Si j'ai fait ce que j'ai dû jfaire, je ne m'en juge pas moins pour cela un serviteur inutile, selon la parole du Seigneur '. Hais cependant, si j'ai fait ce qu'il fallait et ce qu'il y avait à faire, ai-je mérité d'être frappé? Revenant de chez vous, j'ai rencontré la tribulalion et la douleur; j'ai invoqué le nom du Seigneur, il ne m'a pas servi ; j'ai invoqué le vôtre aussi, et il n*a pas eu de pouvoir ; car les dieux puissants de la terre, c'est-à-dire l'archevêque de Lyon et l'abbé de Cluny, m'ont résisté avec violence. Se confiant en leur puissance, se glorifiant de l'abondance de leurs richesses, ils se sont approchés et se sont dressés contre moi ; et non-seulement contre moi, mais contre un grand nombre de serviteurs de Dieu, contre vous aussi, contre euxmêmes, contre toute équité et contre toute honnêteté.
2. Ehfin, ils ont mis sur nos têtes un homme Ijui est, ô honte I l'horreur des bons et la
* Luc», XVII, 10.
risée des méchants. Que Dieu voie et juge avec quel ordre, ou plutôt avec quel désordre ils ont agi. Que la cour de Rome le voie aussi, qu'elle le voie et s'en afflige : qu'elle ait pitié de nous et qu'elle s'arme pour punir les malfaiteurs et pour glorifier les justes. Quoi donc ? Vous plait-il, maîtresse du monde, vous qui êtes établie pour exercer sur l'univers la vengeance dans la colère, et la justice dans la miséricorde, vous plait-il, dis-je, que, tandis que l'impie s'enorgueillit, le pauvre soit consumé : ce pauvre surtout, qui, n'ayant point d'argent à répandre pour votre service, n'a point épargné son sang? Vous parait-il convenable de jouir tranquillement de votre paix, sans vous soucier de la nôtre, et de ne point admettre à partager vos consolations ceux que vous avez eus pour partager vos peines ? Si j'ai trouvé grâce devant vos yeux, arrachez le faible des mains des plus forts que lui ; défendez l'indigent et le pauvre de ceux qui les déchirent. Sinon, je supporterai cela comme je pourrai ; je serai dans les gémissements : mes larmes me tiendront lieu de pain jour et nuit; mais je vous appliquerai cette parole : Celui qui refuse à son ami la pitié^ abandonne la crainte du Seigneur; et celle-ci : Tous mes amis se sont éloignés de moi * ; et encore cette autre : Tous ceux qui étaient à côté de moi, se sont éloignés, et ceux qui en voulaient àma vie m'ont fait violence *
LETTRE CLXIX.
(Écrite ran 1138.)
AU SEIGNEUR PAPE INNOCENT
Sur le même sujet.— Pourquoi il a retenu les clercs de l'église de Langres, appelés à Rome ; à qui il faut conCer le soio de foire l'élection.
La considération que vous me témoignez, m'a rendu familier avec vous : la familiarité me rend téméraire. Que la bienveillance habituelle de votre cœur se montre donc, de crainte que ma témérité ne fasse naître votre indignation. Cependant écoutez avec patience, non-seulement ce que j'ai fait, mais encore pourquoi je l'ai fait, si mes raisons peuvent par hasard excuser, au moins jusqu'à un certain point, ma conduite. J'ai eu la hardiesse de retenir les clercs de Langres que vous aviez appelés. Toutefois, j'ai auparavant rétabli entre eux la paix et je leur ai persuadé, comme ils vous le rapportent dans leurs lettres, de s'en tenir désormais à votre bon plaisir et au con-
^ Job., VI, 13 et U. — s Ps. xxxvu, IS et 13.
seîl des gens de bien, pour l'élection qu'ils ont à faire. Hais il était absolument nécessaire que, dans cette circonstance, ils demeurassent ici à cause des terres et des possessions de l'Église, qui eussent été abandonnées à la dilapidation et au pillage, lorsqu'il n'y aurait eu personne pour les garder, ni pour les défendre. Ainsi, qu'il soit ordonné, s'il vous plaît, à des personnes qui ne soient pas suspectes et qui ne cherchent pas leurs intérêts, mais ceux de Jésus-Christ, d'élire quelqu'un qui plaise à Dieu ; qu'ainsi la déplorable et si longue persécution de l'Église arrive enfin à son terme. Nous avons confié au seigneur Herbert *, abbé de Saint-Étienne de Dijon, à l'archidiacre de Langres et à leurs compagnons, le soin de vous dire le reste. Nous vous prions encore de prendre sous votre protection la personne et le3 biens de l'archidiacre de Langres et de Bonami, prêtre de la même église, car ils sont demeurés fidèles dans la cause de Dieu ; or, celui qui travaille, mérite sa récompense ■.