A LOUIS LE JEUNE, ROI DES FRANÇAIS
Il s'eTorce de défendre Télection k révèché de Langres, de GoJefroid, son prieur, à laquelle le roi avait paru s'opposer.
i. Si l'univers entier complotait de me faire entreprendre quelque chose contre la majesté royale, je conserverais néanmoins la crainte de Dieu, et je n'aurais pas l'audace d'offenser un roi ordonné par lui; car je sais où j'ai lu : Celui qui résiste aux puissances, résiste à l'ordre de Dieu '. Mais je n'ignore pas non plus combien le mensonge est contraire à tout chrétien et surtout à ma profession. Je dis la vérité, je ne mens pas : ce qu'à Langres on a fait de notre prieur \ on l'a fait contre l'attente des évêques,
^ Celai dont il est question dans la lettre 59.
« Luc, T, 7. — > Rom., xiii,2.
^ Il s'agissait <le Godefroid, cousin de saint Bernard, troisième prie r de Clairvaox qui, après de longs dissentiments expliqués dans la lettre 164, avait enfin été unanimement reconnu comme évèqae de Langres, en 1138. C'est à lui, lorsqu'il était encore à Ciairvaux, que saint Bernard écrivit d'Italie, le jour de l'octave de la Pentecôte de la même année,la lettre 317. Car TalTaire de Langres n*eut lieu qu'après son retour, lorsque la paix eut été rendue à TÊglise. On peut voir par notre lettre combien saint Bernard estimait Godefroid ; Toy. encore snr Godefroid, lUmnrOi vtti^ lib. Ii, cap. 3 ; prefat» ati lib. iii. L'élection de Godefroid ne fut ratifiée que l'an 1139, comme le prouve an acte cité par Pérard (pag. 134), et ou il est dit que régllse Saint-Étienne de Dgon ftit consacrée par lui l'an 1141, second de son épiscopat.
contre leur intention, contré les miei^ies. Mais il 7 a quelqu'un qui trouve moyoi d^.axMcher leur cionsentement à ceux qui le refOsant^ et qui oblige à son gré les volontés^ ntèrae les plus rebelles, de servir ses desseins. Coinmènt, en effet, n'aurais^je pas redouté pour celui que j'aime autant que moi-même, un péril quéj'ai déjà redouté pour moi? Gomment n'aurais^je pas horreur de foire partie de ces gens qui lient des fardeaux pesants et insupp<»rtaMeé, qui les placent sur les épaules des hommes, mais qui ne veulent pas les remuer du bout du doigt '? Cependant ce qui est fait est faitl: ce n'est rien<;ontre vous, c'est beaucoup contiie moi. Le bâton de ma faiblesse m'a . éié retiré, la lumière de mes yeux m'a été ravie, on m'a coupé mon bras droit. Tous ces nuages etces flots ont passé sur moi. C'est sur moi que les colères sont tombées; aucune issue ne s'ouvre nulle part pour que je m'échappe. Malgré mon mécontentement et mes résistances, j'attire sur moi les fardeaux par les- choses mêmes que je fais pour les éviter. Je sens qu'il m'est dur àfi regimber contre l'aiguillon. Il Teât été moins peut-être d'accepter cela de bon gré, que de te subir malgré «oi et en résistant Car, si j'ai encore quelque reste de force, peut-être m'eût-il été plus facile de porter la charge sur mes propres épaules^ que de la mettre sur celles d'autrui.
S. Mais je me rends aux volontés de Celui qui en ordonne autrement; car entrer en jugemoit avec lui ou lui résister par la force serait insensé, impossible, et pour moi, et même pomr le roi. Il est terrible, en effet, même devant les rois de la terre *. Il serait affreux, 'mèiae ppur vous, ô roi, de tomber entre les mains du 'Dieu vivant'. Oh! combien nous avoQS ea^iasyret d'apprendre des nouvelles contraires àvos^i excellents débuts! Combien la tristesse dé rÉgKse sera plus ^mère après Joutes les joies qu'elle a éprouvées, s'il arrive, ce qu'à Dieu ne plais»! qu'elle soit frustrée dans son^ espoir si doux do se faire un bouclier de vos vertus, comme etio y avait réussi jusqu'à présent. Eélas, l'Église, la vi^ge de Reims ^ est tombée, il n'est pep-
* Matlh., XXTU, 4.— « Ps. ixw, 13. — » îlébr., x, 3i,
* Après la mort de TarcheyèqHe Réginald, qui arriva Tan 1139 aux ides de janvier, Téglise de Reims resta près de deux ans sans pastenr, moins par le dissentimeDt des clercs qai devaient rélire, <ine par .les troubles çusci4éft par TinstitHUDo 4e la commune, et par le ressentiment de Louis VU centre Tbi** baiild de Champagne, ressentiment qui 8*exerçait même sur les églises du comté. ^C'est ce dont saint Bernard se plaint dans la lettre 318. On ofirit la dignité épiscopale à saint Bernard qoi la
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fionne qui la ifelève. Celle de Langres est tombée aussi, il n'est personne qui lui tende la main. Que la divine Clémence éloigne de votre cœur et de votre conseil la pensée d'ajouter à notre douleur et d'entasser tristesse sur tristesse. Qui m'accordera de mourir pour ne pas voir un roi de bonne renommée, mais d'espérance meilleure encore, tâcher de s'opposer aux desseins de Dieu, attirer contre lui-même la colère du souverain Juge, faire que les pieds du Père des orphelins soient arrosés des larmes des affligés, et que les cieux soient frappés par les cris des pauvres, p[^r les prières des Saints, par les justes plaintes de la très-chère épouse du Christ, qui est l'Église du Dieu vivant. Loin de nous, loin de nous ces malheurs; nous espérons mieux, nous attendons un avenir plus doux. Dieu n'oubliera pas d'être compatissant; sa colère ne retiendra pas ses miséricordes. 11 ne contristera pas son Eglise par celui et pour celui dont il s'est déjà servi pour la remplir d'allégresse en de si grandes occasions. Sa patience Conservera le prince que sa munificence a donné, et, si vous changez de sentiments, il vous révélera lui-même la vérité et instruira votre cœur dans la sagesse. Voilà ce que nous désirons, voilà ce que nous demandons jour et nuit par nos prières. Croyez cela de nous, croyez cela des nôtres. Jamais cette vérité ne s'affaiblira en nous, jamais par nous la gloire du roi ni le bien du royaume ne seront amoindris.
3. Nous remercions votre clémence de la réponse bienveillante qu'elle a daigné nous faire, mais le retard nous épouvante, nous qui jvoyons cette terre abandonnée à la dilapidation et au pillage. Cette terre est la vôtre, et s'il n'y ja personne pour la défendre, nous constaterons en gémissant un déshonneur pour votre règne, ce dont vous seriez, comme vous l'avez écrit, justement épouvanté. Jlors de là, qu'y a-t-il dans ce qui s'est fait, qui permette de dire la majesté royale amoindrie? L'élection a été régulièrement célébrée; celui qu'on a élu est fidèle. Or il ne le serait pas, s'il ne voulait pas tenir de vous ce qui est à vous. 11 n'a pas encore porté la main sur ce qui vous appartient; il n'est point entré dans votre ville ; il ne s'est mêlé de rien, quoiqu'il fût vivement sollicité par les instances du clergé et du peuple, par l'affliction des opprimés, par les désirs des gens de bien. Puisqu'il en est ainsi, il faut, comme
refusa, et enfin 5am>on fut élu, non sans troubles, l'an il40. (Voyez lettres 210, 222, 22» ; Marlot, Aietroptiis Remensis, toin. Il, p. 328.)
vous le voyez, de la célérité dans la décision, non moins pour votre gloire que pour nos besoins. Et si Votre Sérénité ne transmet pas par les députés qui sont devant vous une réponse conforme aux vœux de ce peuple qui est dans l'attente et qui est votre peuple, vous soulèverez contre vous, ce qui sera fâcheux, les cœurs d'un grand nombre de personnes religieuses qui maintenant vous sont dévouées; et vous causerez même, je le crains, un grave dommage à vos droits de régale relativement à cette église.
LETTRE CLXXP.
(Écrite Tan 1139.)
AU SEIGNEUR PAPE INNOCENT, EN FAVEUR DE FALCON, ÉLU ARCHEVÊQUE DE LYON.
Après avoir été tant de fois écouté dans les affaires d'autrui, je pense que je ne serai pas confondu dans la mienne. Je regarde comme telle, mon seigneur, la cause de mon archevêque ; de même que le membre ne considère comme étant en dehors de lui rien de ce qui concerne la tête. Cependant je ne dirais pas cela, si cet homme s'était emparé lui-même d'un tel honneur, et s'il n'y avait pas été plutôt appelé par Dieu, comme Aaron. Car je ne puis attribuer à aucun autre qu'à Dieu ce qui s'est fait : que les votes de tant d'hommes se soient si facilement réunis sur celui-ci, sans qu'il y ait eu, je ne dirai pas aucune opposition, mais même aucune hésitation. Et cela était juste. Car ce prélat est illustre, non moins par la noblesse de son esprit que par celle de son sang ; il Test également par sa science et par la pureté de sa vie. Enfin l'intégrité de sa réputation ne craint même pas la dent de l'ennemi. En conséquence, ce qui s'est fait pour un tel homme et d'une telle façon, est assurément digne d'être confirmé par l'autorité de la grâce apostolique; et en lui conférant la plénitude de l'honneui qui seule lui manque, vous mettrez le comble aux joies de son peuple avec votre bonté habituelle, ou plutôt avec une générosité qui lui est due. Voilà ce que toute l'Église vous demande avec d'instantes supplications et ce que votre serviteur sollicite avec sa hardiesse accoutumée.
1 Vovez la lettre 163.