CHAPITRE HUITIÈME
Conversions éclatantes. — Sug^r, abbé de Saint^Dcnls. — Henri^ archevêque de Sens. — * Etienne
évêque de Pans. — Démêlés de ce dernier avec le roi Louis le Gros.
La vérité, comme la lumière, blesse l'œil faible, et provoque au premier abord un mou-
1 Veniat, precipiat ; qnicquid prsceperit, Êicere parata Bum. (Gniil., cap. vii,n» 30.)
« Vit. 2" S. Bnrn., auctore Alano (cap. vu, p. 1261). Elle avait été marié'*, selon quelques auteurs, au frère de la duchesse de Lorraine. (Voy. Ann. Cist., t. I, p. 140, n. 1, 2.) Le jour de sa mort esl mentionné dans le Ménotoge de CIt6aai,a la date da 21 août lUl
vement de répulsion; mais, bien qu'elle puisse être entravée dans sa manifestation, rien ne saurait éteindre sa clarté, ni empêcher son triomphe.
V Apologie de saint Bernard avait excité partout une réaction violente; mais en même
» fiuill., lib. m. no 2.
* Hist, de eu., TOI. m, ch.xiii,etpi9sîm.
temps elle réveilla plus -d'une conscience, et déposa dans beaucoup d'âmes droites une semence féconde qui, après la première efferyescence, produisit les plus admirables fruits de salut.
Une des conversions obtenues par cet écrit, et dont l'éclat procura une grande édification à l'Église, fut celle de l'illustre Suger, abbé de Saint-Denis et ministre de Louis le Gros. Suger, au comble des faveurs, déployait pompeusement dans son abbaye le faste et les richesses que le roi lui avait prodiguées. Son monastère, au grand scandale de la religion, était, selon l'expression des historiens, une maison de plaisance plutôt quune maison de prière *. « Je ne l'ai pas vu de mes yeux, disait saint Bernard, mais j'ai ouï raconter que le cloître était encombré de soldats, rempli d'intrigants et de solliciteurs ; que tout y retentissait du bruit des affaires terrestres, et que les femmes mêmes y entraient librement. Je le demande : comment s'occuper des choses de Dieu, au milieu d'un tel dérèglement •? »
Ces désordres s'étaient peu à peu introduits et enracinés dans le monastère, à force de concessions faites à l'esprit du monde ; et sous le , gouvernement de Suger, la célèbre abbaye était devenue en quelque sorte un joyeux pèlerinage, où le roi et ses courtisans allaient faire de longs et brillants séjours.
Les moines de Saint-Denis s'étaient depuis longtemps accoutumés à ce genre de vie, et n'avaient conservé de leur ancienne vocation que les formes extérieures. Mais Suger, au milieu de tant de prestiges, n'était ni heureux ni tranquille. Sa conscience, bien qu'étourdie par l'enchantement des plaisirs et des affaires, ne se fermait point avec obstination à la voix de la vérité, et possédait encore le sens de la dignité chrétienne. 11 avait entendu parler diversement de la fameuse Apologie, et enfin il voulut en juger par lui-même '. A cette lecture, un rayon de grâce le touche et le fait tressaillir; il ouvre les yeux comme après un long sommeil; et, rougissant de honte, il conçoit aussitôt la résolution de réformer son monastère, et d'abord de se réformer lui-même.
Les moines qui s'étaient relâchés à son exemple, témoins de ce changement, se raniment à sa parole; la maison ne tarde point à se transformer; elle prend un aspect tout nou-
t nist. de eu,, vol. III, ch. ix, p. 214. s S. Bem., epist. lxxviii, ad Sug, s Mabil., iun., lib. LXXV. u* 90.
veau; et le monde rest^ stupéfait de cette conversion soudaine.
Saint Bernard, à la pensée de l'édification puissante qu'un tel exemple donnerait à une foule d'autres congrégations de France, ne put contenir dans son cœur les élans de sa joie. Il écrit à Suger, le félicite, et compare ses succès à ceux d'un général d'armée.
« Quand le vaillant capitaine, dit-il, s'aperçoit « que ses gens reculent, et que le fer de l'en- «nemi les taille en pièces, il aime mieux « mourir avec eux que de leur survivre avec « honte, quoiqu'il pût se dérober au danger. « C'est pour cela qu'il reste immobile dans la « mêlée, combattant avec vigueur, affrontant a le péril pour effrayer l'ennemi; et de la voix a et du geste, il enfiamme les siens. Il repousse a les assaillants, attaque les uns et défend les « autres; et s'il ne peut les sauver tous, il veut a mourir pour chacun. Mais, tandis qu'il s'ef- « force d'arrêter les progrès du vainqueur, a pendant qu'il relève ceux qui tombent et a rallie ceux qui fuient, souvent il arrive que « sa valeur produit, contre toute attente, une a diversion inespérée. A son tour, il culbuto «les forces des ennemis; il triomphe quand G ceux-ci allaient vaincre ; et ses guerriers, a dont la défaite semblait certaine, se reposent « avec joie au sein de la victoire...
« Oui, ce changement extraordinaire est « l'œuvre du Très-Haut! Le ciel se réjouît de « la conversion d'un seul pécheur; combien « plus de la conversion d'une maison tout en- « tière, et d'une maison comme la vôtre 1... Le <f Sauveur s'indigne contre ceux qui d'une (c maison de prière font une caverne de voleurs. « 11 bénira l'homme qui rend à Dieu sa première a habitation; qui fait d'un arsenal un ciel, et a d'une école de Satan une école de Jésus- « Christ "... »
La parole vigoureuse de Bernard ne retentissait pas seulement dans les cloîtres : elle remuait aussi le clergé séculier, et ramena plusieurs évêques mondains dans la voie apostolique.
Henri, archevêque de Sens, fut le premier qui ouvrit sa conscience au saint moine de Clairvaux. Résolu de mettre fin à un genre de vie peu digne d'un prélat, mais trop répandr dans le monde pour comprendre la sainteté des obligations pastorales, il écrivit à Bernard pour lui demander des instructions sur les devoirs de l'épiscopat. Cette demande effraya l'humilité du serviteur de Dieu, a Qui suis-je, s'écria-t-il,
1 s. Bern. ad Sug», epist. lxxyiii.
VIE MONASTIQUE
c pour instruire un évêque? Et qui suis-je pour a lui résister? La même raison me porte à réa pondre et à refuser; il y a du danger des deux a côtés, mais il y en aurait plus sans doute à a désobéir *, »
Il se détermina cependant à envoyer à l'archevêque de Sens, sous la forme d'une lettre, un tratté complet sur les devoirs des évêques * ; traité remarquable qui renferme des enseignements et des détails de mœurs pleins d'intérêt. Nous n'en présenterons ici qu'une rapide f'malyse avec quelques extraits succincts.
La lettre commence par un parallèle entre les bons et les mauvais pasteurs. L'ambition et la cupidité, d'où résulte la simonie, sont les plus dangereuses séductions contre lesquelles l'Église doive se tenir en garde. Après cet exorde, il s'adresse à l'archevêque lui-même :
a Pour vous, pontife du Très-Haut, à qui « voulez-vous plaire? Au monde ou à Dieu? Si « c'est au monde, pourquoi ête<i-vous prêtre? « Si c'est à Dieu, pourquoi êtes-vous mondain? « On ne peut servir deux maîtres à la fois. « Vouloir être l'ami du monde, c'est se déclarer a l'ennemi de Dieu. Si je plaisais aux hommes, « dit l'Apôtre, je ne serais point serviteur de « Jésus-Christ. Car enfin, si le prêtre est pas- « teur, si le peuple est troupeau, est-il raison- « nable qu'on ne reconnaisse entre eux aucune a diifcrence. Si mon pasteur m'imite, moi qui (c suis une de ses brebis; s'il marche courbé, €( le visage penché, les yeux tournés vers la a terre, cherchant à remplir son ventre, tandis a que son âme languit affamée, en quoi se disc< tingue-t-il?... Convient-il au pasteur d'as- «t souvir ses appétits comme un animal sans « raison, de ramper dans la boue, de s'attacher « à la terre, au lieu de vivre selon l'esprit, et « de chercher, de goûter les choses du ciel?... «Les pauvres murmurent.... Vos chevaux, « disent-ils, marchent tout brillants de pierrea ries, et nous allons pieds nus ; vos mulets sont a richement caparaçonnés, ornés de boucles, <c de chaînettes, de sonnettes, de bandelettes tt allongées et resplendissantes de clous d'or; « et après cela, on refuse à son prochain de a quoi couvrir sa nudité I Dites-nous, pontife, a que fait l'or, je ne dis pas dans les temples, « mais sur les harnais de vos chevaux? Quand a je me tairais sur ces désordres, la misère des a pauvres les proclamerait. 0
^ s. Bern. ad Sud., epist. XLii.
* Cette longue et belle épltre, placée par les éditeurs au nombre des opQscales de saint Bernard, est intitulée : De Officio episcoporum, in Op. Bern. apud Mabil., 1. 1, p. 468.
Le saint moine gémit sur ce coupable abus des biens du clergé; et sans aucun respect humain, il en signale la cause dans l'ambition de ceux qui aspirent aux premières places.
« Aujourd'hui, dit-il, parce qu'on envisage « l'honneur et non le fardeau, on a honte dans «l'Église d'être simple clerc; chacun veut « monter aux postes les plus cminents. De «jeunes hommes, des adolescents imberbes, « qui n'ont pour tout mérite que leur naissance, « se poussent aux plus hautes dignités ecclé- « siastiques; ils échappent à la férule pour « commander aux prêtres, plus contents de se « soustraire à la verge que d'occuper des places « d'honneur, et plus flattés de n'avoir plus de « maîtres que d'être devenus maîtres eux- « mêmes *...
«Ambition démesurée I avarice insatiable!
a Alors même qu'on est parvenu aux premières « places, soit par le talent, soit par l'argent, « soit par la prérogative de la chair et du sang « qui ne possédera point le royaume de Dieu, « on n'est pas satisfait encore ; on brûle du « désir de multiplier les bénéfices et d'en ac- « quérir de plus honorables. Est-on doyen, « prévôt, archidiacre ; occupe-t-on quelque «autre charge de cette nature; ce n'est pas « assez, on se met en mouvement pour en cu- «muler plusieurs; puis on s'en dépouillera « volontiers si l'on peut devenir évêque. Du « moins alors sera-t-on satisfait? Non; d'évêque « on veut devenir archevêque... »
Il montre ensuite ces mêmes dignitaires allant à Rome, briguant des honneurs, après avoir amassé des richesses, et cherchant à éblouir le monde par le faux éclat de la gloire humaine. Il compare cette grandeur fugitive à la gloire véritable, à celle qui sied au vrai pontife : « gloire tout intérieure et cachée, qui ne « fascine pas les yeux, mais n'en est pas moins « majestueuse ; elle ne flatte pas le goût, mai? « n'en est pas moins sentie; elle n'enfle pas la « superbe, mais n'en est pas moins sublime. »
La chasteté, la charité sincère, l'humilité du cœur, la simplicité de la colombe, une foi vive et forte, la tendresse et la vigilance pastorales : tels sont les ornements qui rehaussent la vraie gloire du prêtre; « en sorte, continue saint « Bernard, qu'un pasteur, dans tous ses dis- « cours et dans ses actions, n'ait en vue que
^ Scholares pueri et impubères adolcscentuli ob sanguinis dignitatem promoventur ad ecclesiasticas dignitates, et de sub ferula transferuntur ad principandnm presby teris ; Ixtiores intérim quod virgas evaserint, quam qnod meruerint principatum; nec tara illis blanditur adeptum, quam alemptum magisterium.,.
0 l'honneur de Dieu et le bien de ses frères. «Alors il deviendra, selon la signification a même du nom de Pontife, un pont^ une voie a de communication entre le ciel et la terre, « faisant Tofflce de médiateur, et présentant à «Dieu les prières du peuple; au peuple, les « grâces et les dons de Dieu *... »
La conversion de Tarchevêque de Sens et celle de Tabbé Suger augmentèrent si prodigieusement la renommée de saint Bernard, que bientôt il eut à se défendre contre les hommages et la vénération qu'on lui rendait de toutes parts.
La ville de Châlons, puis celle de Langres, dont les sièges se trouvaient vacants, le demandèrent pour évêque, et firent de nombreuses tentatives pour vaincre sa résolution de n'accepteraucune dignité. Plus tard, il fut proclamé archevêque de Reims, par l'élection du clergé, et les acclamations des fidèles. Mais il refusa constamment ce poste redoutable, et il dut même recourir à l'autorité de Rome, pour n'être point contraint de céder aux vœux unanimes et persévérants de cette noble Église '.
Une mission d'un autre genre, plus analogue à sa vocation extraordinaire, présenta bientôt un nouvel aliment au zèle de l'homme de Dieu.
L'évêque de Paris, Etienne de Sentis, homme de cœur et ami particulier du roi, avait-été touché des remontrances de saint Bernard. Les exemples de Suger et de l'archevêque de Sens avaient également produit sur son âme une impression heureuse; et la grâce divine triomphant enfin de ses hésitations, il secoua les chaînes qui l'attachaient à la cour pour ne s'occuper désormais que du soin de son troupeau. Cette retraite inopinée blessa le roi Louis YI, qui aimait Etienne et le retenait auprès de sa personne. Le prince, d'un caractère irascible, ne pouvant souffrir la contradiction, changea en haine l'amitié qu'il avait portée au prélat; et depuis lors, il le harcelait avec une violence toujours croissante.
Quelques clercs que l'évêque avait mécontentés par le rétablissement d'une discipline plus sévère, contribuèrent à indisposer le roi contre lui, et parvinrent, à force d'intrigues et de faux rapports, à traînerleur évêque devant la justice séculière, qui le dépouilla de ses biens '. Jusqu'alors le prélat avait supporté les
1 Opusc. De Off. epiitc.f no25, cap. vu.
» Gaudf., Vit. S, Bern,, lil). III, cap. m.
• Voy. Baroninsad ann. 1127, et Mabillon, ibidem. Ce dernier cite quelques aulorités d'après lesquelles les mécontents auraient poussé leur ammosité jusqu'à attentera la vie de Tévëque de Paris.
mauvais traitements avec une patience inaltérable; mais il ne crut pas devoir abandonner les biens de son église à l'arbitraire du pouvoir royal. En conséquence, après avoir vainement employé les monitions et la menace, il jeta un interdit sur la personne du roi, et se retira à Sens auprès de son métropolitain. De^ là, les deux prélats se rendirent à Citeaux,' où se tenait le grand chapitre des abbés de l'Ordre. Ils exposèrentleurs griefsdevantcettevénérable assemblée, et demandèrent assistance et protection contre les usurpations du roi de France. Le chapitre, après avoir mûrement examiné la cause de l'évêque de Paris, en reconnut la justice et décida qu'une lettre, écrite au nom de tous les abbés de l'Ordre, serait adressée au roi, et qu'elle lui serait présentée en mains propres par l'abbé de Clairvaux et l'abbé de Pontigny.
Saint Bernard rédigea cette adresse, dont voici les termes :
c( Etienne, abbé de Citeaux, et le Chapitre général des abbés et religieux de la même congrégation, souhaitent au très-illustre seigneur Louis, roi de France, la santé et la paix en Jésus-Christ.
(c Le Roi des anges et des hommes vous a donné un royaume sur la terre, et vous en a promis un autre au ciel, si vous régnez équitablement. C'est ce que nous souhaitons et demandons pour vous. Mais pourquoi résistezvous aujourd'hui à nos prières, vous qui les recherchiez autrefois avec un si pieux empressement? A quel titre lèverons-nous nos mains vers l'Époux de l'Église, quand vous le contristezavec tant de témérité et sans aucun sujet? L'Église se voit blessée par le prince qui naguère fut son défenseur. Savez-vous quel est Celui que vous outragez? Ce n'est pas l'évêque de Paris, mais c'est !e Souverain du ciel et de la terre, le Dieu terrible qui donne et ôte la vie ; Celui qui, en définitive, déclare que mépriser ses ministres, c'est le mépriser lui-même...
« Nous vous conseillons et vous conjurons, par les relations de sainte charité que vous avez voulu établir entre nous (relations que vous violez en cette rencontre), de faire cesser au plus tôt un si grand scandde. Que si nous avons le malheur de ne pas être écoutés, si vous rejetez les avis de ceux qui sont vos frères, et qui tous les jours offrent des vœux pour vous, pour vos enfants, pour votre royaume, sachez que notre faiblesse, tout impuissante qu'elle est, n'abandonnera pas les intérêts de l'Église et de son ministre, le vénérable évêque
VIE MONASTIQUE
de ParÎB, notre Père et notre ami, qui implore de simples religieux contre un roi puissant, et nous prie, par le droit de fraternité qui existe entre nous, d'écrire au Pape à son sujet. Avant de le faire, nous avons jugé convenable de vous avertir et d'en appeler directement à Votre Excellence...
« Si Dieu vous inspire de suivre nos avis et d'accepter notre médiation pour vous réconcilier avec votre évêque, ou, pour mieux dire, avec Dieu même, nous serons prêts à toute espèce de sacrifice, et nous nous rendrons où il vous plaira, pourvu que nous obtenions ce désirable résultat. Si, au contraire, nos démarches n'étaient point accueillies, nous saurons néamnoins assister notre frère et nous rendre utile au pontife du Seigneur *. »
Il fallait, dit un historien moderne, que la sainteté de ces religieux eût produit sur l'esprit du roi une sensation bien vive, pour qu'une lettre écrite avec tant de liberté ne l'irritât point. I^in de se formaliser, il fut touché de leur fermeté; de plus, il s'alarma de l'excommunication dont on l'avait menacé*, et il craignait que le Pape ne confirmât cet anathème; ce qui donna tout d'abord à l'objet de la députation une favorable issue.
Le roi prit l'engagement de restituer à Etienne le patrimoine mis en séquestre ; mais cette promesse ne se réalisa point. L'interdit n'avait pas plutôt été levé que l'évêque de Paris se vit derechef en butte aux injustes ressentiments du monarque. Celui-ci, croyant d'ailleurs n'avoir rien à se reprocher dans une affaire où le Pape n'avait rien condamné ', ne donna aucune suite ni à ses promesses, ni aux instances des abbés de Citeaux. Saint Bernard et Hugues de Pontigny informèrent le Pape de cet état de choses, en lui dénonçant que l'honneur de tÉglise avait été lésé sous le pontificat d'ffonorius V ce Déjà, lui disent-ils, « l'humilité ou plutôt la fermeté de l'épiscopat
* Epist. XLV, in Op. S. Bernard, apud Mab.
s Villefort, liv. II, p. lil. Cet historien est d'accord avec rannaliste de Clteanz; mais des auteurs plus anciens rapportent le même fait d'une manière différente. D'après eux, saint Beinard et les autres députés auraient été mal reçus par le roi. m Qoas litteras S. Bernardus cum Hugone Pontiniacensi, muliiSfque aliis pnelatis, Ludovicu snpplex offerens repulsam indipe passus est. »(Voy.Mabillon, No/, m Bem, /i7., p. 21,no52.)
s C'est l'opinion qu'énonce l'annaliste de Citeaux, Henriquez, ano. 1127.
^ Tristes videmus, tristes et loquimur: honorem Ecclesia, Bonorii tempore, non minime laesum.
tf avait fléchi la colère du roi, lorsque l'autorité «t du Souverain-Pontife a été surprise.... Votre cf bref, ajoutent-ils, est non-seulement cause a qu'on retient ce qu'on a pris, mais encore a qu'on est plus hardi à piller ce qui reste K »
L'obstination du roi lui devint funeste. Saint Bernard l'avait vainement et à plusieurs reprises exhorté à la paix : a Yous avez méprisé le Dieu terrible en méprisant les supplications de ses ministres, lui dit-il un jour avec la hardiesse d'un prophète. Eh bieni attendez-vous au châtiment qui approche : votre fils aine vous sera enlevé; il mourra d'une mort soudaine. »
Cette prédiction ne tarda point à s'accomplir. Philippe, l'héritier présomptif de Louis VI, qui avait déjà reçu l'onction royale, et qui était pour son père et pour la France un objet d'amour et de justes espérances, mourut tristement, à la suite d'une chute de cheval, en l'année 1131 *.
Le malheureux roi demeura consterné; et c'est alors seulement qu'il rendit la paix à l'église de Paris.
Voici comment Suger lui-même raconte ce funeste accident dans la Vie de Louis le Gros: « Le jeune prince, qui avait alors seize ans, se promenait à cheval dans un faubourg de la viDe de Paris (rue du Martroy-Saint-Jean, près la Grève). Tout à coup un détestable pourceau se jette sur le chemin du coursier; celui-ci s'abat rudement, brise contre une borne son noble cavalier, et l'étouffé sous le poids de son corps. On s'empressa de relever le tendre enfant à demi mort, et de le transporter dans une maison voisine. Mais à la fin du jour, il rendit l'âme. Ce jour-là précisément on avaitconvoqué l'armée pour une expédition. Aussi tous les guerriers qui apprirent cette nouvelle, de même que les autres habitants de la cité, firent éclsyter leur douleur par des sanglots et dfes gémissements. Quant au désespoir du père, de la mère et de leurs amis, nul ne saurait l'ex* primer '. »
^ Hoc denique litteris vestris factum est, nt maie ablata pejus teneantur, et reliqna passim in dies rapiantur, etc. (Epist. S B., XLVi etXLVii^apud Mabill., p. 54.)
* Erat autem Philippus jam unctus in regem, magme omnino spei adolescens, et patri (quod ex abundanti est dicere) omnino carissimus. . . Non post multum temporis, miserabilem satis obitum Ûlii sui Pbilippi ipse et tota Francia deploravit. (Fragmenta ex 3' Vit, S. Bem., auctore Gaudfrido, n« 5 n 1202.)
s Suger Vita Utd.^ vi.