LETTRE CLXXIX
(Écrite l'ao 1139.) AU MÊME, POUR LE MÊME.
Il plaide la cause d'ÂlbéroD, archevêque de Trêves, coutre Tabbé de Saint-Maximin et seâ moines insolents et rebelles.
Comment la malice triomphe-t-elle de la sagesse ? Ne connaissez-vous pas, miséricordieux
seigneur, ne connaissez-vous pas l'archevêque de Trêves? Je sais que vous le connaissez. Connaissez-vous aussi cet abbé de Saint-Maximin qui n'est point un saint ? Je pense que vous ne le connaissez pas. Personne plus que le premier n'est digne d'honneur, et, de même personne n'est plus digne d'être confondu que le second; cependant celui-ci est honoré, celui-là livré à l'opprobre. En quoi l'archevêque a-t-il péché ? 11 a recouvré ce que l'on avait ravi à son Église; il a délivré cette Église des mains séculières qui la tenaient captive ^ Rend-on donc le mal pour le bien et la haine pour l'amour? Que les regards de votre Sainteté se tournent de ce côté, je vous prie, et que» laissant pour un peu de temps vos occupations à l'écart, ils considèrent combien elle a été surprise, pour permettre qu'un homme dont je rougis de faire connaître le caractère, couvre de honte devant ses voisins, qui sont vos ennemis, celui dont vous connaissez le mérite. Trèstendre Père, c'est une affection filiale qui vous parle. Jusqu'à présent nous avons gémi de l'état de cet archevêque malheureux et digne de pitié ; mais si on n'y apporte point de remède, la douleur de notre cœur et notre compassion se reporteront en entier du fond de notre âme sur celui par qui aurait pu être apporte le remède. 11 y a encore d'autres offenses que l'on a faites à ce prélat ; lorsque vous les lui aurez allégées, vous aurez certainement travaillé pour vousmême. Tout ce qui ternit la réputation de mon très-doux maître, me déchire le cœur.