ROME
Sur le mftme siget. ^ Il les engage à veiller aux erreurs de Pierre Abeiiard.
A ses vénérables pères et seigneurs, aux évêques et aux cardinaux de la cour, le serviteur de leur Sainteté.
4. Personne ne doute qu'il ne vous appartienne spécialement d'ôter les scandales du royaume de Dieu, d'arracher les épines qui y
> Nous croyons inutile de présenter de nouveau Thistoire bien connue d' Abeiiard ; elle se trouve d'ailleurs dans la Vie de saint Bernard, en tète de ce volume»
poussent, d'en apaiser les divisions. Cest, en effet, l'ordre que donna Moïse lorsqu'il se retira sur la montagne : Vous avez avec vous^ dit-il^ Aaron et Hur; si quelque difficulté vient à naître, vous vous en référerez à eux^ . Je parle aujourd'hui d'un Moïse qui n'est pas venu seulement dans l'eau, mais dans l'eau et dans le sang, et qui, parce qu'il est venu aussi dans le sang, est plus que Moïse. Au lieu de Hur et de Aaron, c'est le zèle et l'autorité de l'Église romaine qui veillent sur le peuple de Dieu et c'est à elle que nous déférons ajuste titre, non-seulement les difficultés, mais les blessures de la foi, les injures faites au Christ, le mépris et l'humiliation des Pères, les scandales du présent, les dangers de l'avenir. On raille la croyance des simples, on fouille les secrets de Dieu, on agite témérairement des questions sur les vérités les plus sublimes, on insulte nos pères, parce qu'ils ont cru qu'il valait mieux assoupir ces diseuse sions que les résoudre. De là vient que, contrd l'ordre de Dieu ', on fait cuire dans l'eau' l'Agneau pascal, ou on le mange cru, à la manière des bêtes. Ce qui reste n'est point consumé par le feu, mais foulé aux pieds. Ainsi l'esprit humain s'attribue tout et ne réserve rien à la foi. Il aspire à ce qui est plus haut que lui, il scrute ce qui est plus fort que lui, il se précipite sur les mystères divins ; il profane les choses saintes, plutôt qu'il ne les explique ; il n'ouvre pas ce qui est clos et scellé, il le déchire, et, tout ce qu'il ne trouve pas clair pour lui, il le considère comme rien et dédaigne de le croire.
2. Lisez, s'il vous plaît, le livre de Pierre Abeiiard, qu'il appelle le livre de la Théologie , il est à votre disposition, puisque, comme l'auteur s'en vante, plusieurs le lisent à la cour. Voyez ce qu'on y dit de la sainte Trinité, de la génération du Fils, de la procession du Saint- Esprit, et une infinité d'autres choses tout à fait insolites pour des oreilles et pour des intelligences catholiques. Lisez encore un autre ouvrage qu'on appelle le livre de ses Sentences % et enfin celui qui a pour titre : Con*
* Exode, XXIV, 14. — « Exode, xii, 9.
' Abeiiard dans son Apologie nie avoir écrit aucun traité sous ce nom et prétend que c'est là une accusation portée contre lui par malice ou par ignorance. Duchène confirme cette assertion dans ses notes, et dit que saint Bernard a attribué par erreur à Abeiiard le livre des Sentences, comme si saint Bernard avait efTectivement parlé du livre des Sentences de maître Pierre. Mais saint Bernard connaissait assez maître Pierre, dont il &it l'éloge dans la lettre 410, pour ne s'être pas trompé à ce point. D'ailleurs, au moment où notre lettre fut écrite, le livre des Sentences n'était pas publié. 11 nous est
nais-toi toi-même. Remarquez quelle forêt d'erreurs et de sacrilèges a poussé dans ces ouvrages ; ce qu'Abeilard pense de Tâme du Christ, de sa descente aux enfers, du sacrement de l'autel, de la puissance de lier et de délier, du péché originel, de la concupiscence, du péché de délectation, du péché de faiblesse, du péché d'ignorance, de l'action du péché, de la volonté de le commettre. Si vous jugez que mon indignation soit juste, partagez-la aussi et ne vous indignez point en vain ; agissez en raison de la place que vous occupez, de la dignité dont vous êtes investis, de la puissance que vous avez reçue. Que celui qui s'est élevé jusqu'aux cieux soit abaissé jusqu'aux enfers. Que les œuvres de ténèbres qui ont osé se produire au jour soient condamnées par la lumière même, afin que celui qui pèche publiquement soit publiquement convaincu. Qu'on les apprenne à se contenir, ces hommes qui donnent leurs ténèbres pour de la lumière, qui discutent dans les carrefours sur les choses divines, qui pensent le mal dans leur cœur et le produisent dans leurs écrits ; et, ainsi on fermera la bouche à ceux qui enseignent l'iniquité.