‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 23 sur 319 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

Guillaume de Saint-Thierry raconte ce qui se passa lors de son séjour à Clairvaux. — Traité de saint Bernard tw la Grâce et le libre Arbitre, — Le Saint est appelé au concile de Troyes.

Saint Bernard, excédé de soins et de fatigues, retomba malade et dut s'isoler de nouveau dans son étroite cellule. Réduit à l'extrémité, il envoya prier Guillaume de Saint-Thierry de venir le rejoindre. C'était son ami le plus cher, le confident de ses pensées intimes.

Guillaume lui-même était malade; mais il vint tout empressé à Clairvaux; tous deux avaient besoin de se voir, de s'épancher, de souffrir ensemble. Ils semblaient se donner le mot pour mourir le môme jour.

Le pieux abbé de Saint-Thierry a laissé par écrit les impressions qu'il éprouva lors de cette visite; et, grâce à sa chronique naïve, nous allons en quelque sorte assister à la conversation de ces deux grands hommes.

« J'étais malade dans notre maison de Reims, raconte le B. Guillaume; et la maladie commençait à m'épuiser entièrement, lorsque Bernard m'envoya son frère Gérard, d'heureuse mémoire, et me manda à Clairvaux, où il m'assurait que je guérirais, ou mourrais. Je reçus, comme venant de Dieu, la faveur qu'il m'accordaH de mourir chez lui, ou de vivre quelque temps en sa compagnie; je ne sais laquelle des deux choses j'eusse préférée. J'y allai promptement, et toutefois avec beaucoup de peine. Lorsque je fus arrivé, je ressentis l'effet des promesses du saint abbé; et j'avoue que ce fut d'une manière agréable ; car je fus guéri de ma grave et douloureuse maladie. Mais les forces ne revinrent que lentement, ilon Dieu, que je tirais d'avantages de cette faiblesse I car Bernard étant assez gravement malade, ses infirmités lui laissèrent le loisir de s'occuper de moi; en sorte que, malades l'un et l'autre, nous demeurions ensemble tout le long du jour, nous entretenant de la médecine spirituelle et des remèdes contre les langueurs de 1 ame.

« Il m'expliquait alors plusieurs choses du Cantique des cantiques; mais il ne m'en découvrait que le sens moral et pratique, sans me

parler des mystères plus profonds qui sont renfermés dans ce livre sacré, parce que je le désirais ainsi et l'en avais supplié. Et, de peur que ce que j'entendais ne s'échappât de ma mémoire, je l'écrivais tous les jours, autant que Dieu me l'imprimait dans l'esprit et que je m'en pouvais souvenir. Il me communiquait avec une bonté non pareille et une entière liberté d'esprit les lumières qu'il recevait d'enhaut, et celles qu'il avait acquises par sa propre expérience, s'efforçant de me faire comprendre beaucoup de choses que j'ignorais et qu'on ne peut connaître que par la pratique du divin amour *.

c< Or, le dimanche de la Septuagésime étant proche, je me trouvais le soir du samedi précédent assez bien pour pouvoir me lever tout seul de mon lit et marcher dans la maison. Je •me disposais le même jour à m'en retourner dans notre abbaye; mais le Saint, ayant appris ma résolution, m'empêcha de l'exécuter et me défendit expressément d'y penser jusqu'à la Quinquagésime. Je me soumis avec d'autant moins de peine à cet ordre, que ma volonté le souhaitait et que ma faiblesse semblait le rendre nécessaire. Hais quand je voulus, après la Septuagésime, m'abstenir de viande, en ayant mangé jusqu'alors, selon que Bernard

^ Le livre du Cantique des cantiques ne saurait être goûté que par ceux qui ont quelque expérience du mystère d'amour. Saint Bernard donne la clef de ce livre sublime dans les paroles suivantes: « H faut moins considérer les expressions du Cantique 91 des cantiques que les affections. L'amour y parle partout ; et « si quelqu'un veut avoir rintcUgence de ce que nous disons, R il faut qu'il aime. En vain celui qui n'aime point s'approchera « pour écouter ou pour lire ; parce que cet entretien, tout de

« feu, ne sera jamais compris d'un cceur de glace Ce doux

c colloque, dit*il ailleurs, exige des oreilles chastes ; et lorsque « vous pensez aux deux amants dont il est question, ne vont a représentez pas un homme et une femme, mais le Verbe et « l'àme, ou bien Jésus-Christ et l'Église, ce qui revient au même; « l'Église n'est pas une âme seule, mais l'union ou plutôt l'unité « de beaucoup d'âmes. » (In Cnnt. caniic, serm. 19 et 61.) Nous reviendions plus tard sur les magnifiques coinmeiitaires de saint Bernard sur ces pages sacrées.

me l'avait commandé, il me le défendit encore et ne voulut jamais y consentir. En ceci, je ne crus pas devoir acquiescer à son sentiment, et je ne voulus écouter ni son ordre ni ses prières. Nous nous séparâmes donc le samedi soir, lui s'en allant à l'oraison sans dire mot, et moi dans mon lit.

« Incontinent après que je fus couché, la violence du mal me reprit avec ime force extraordinaire ; et je souffris si cruellement toute la nuit, que la douleur surmonta tout ce que je pouvais avoir de résignation et de patience; en sorte que, désespérant de ma vie, je ne pensaispas que j'irais jusqu'au lendemain pour voir au moins encore une fois le grand serviteur de Dieu.

a Après avoir passé la nuit entière dans ces angoisses, j'envoyai de grand matin le supplier de venir auprès de moi. Il vint aussitôt, mais avec le visage sévère d'un homme qui fait une réprimande, et non pas avec cette compassion douce et charitable qu'il avait coutume de me témoigner. Il me dit toutefois en souriant : Eh bien, que mangerez-vous aujourd'hui? Et moi qui savais, avant qu'il me parlât, que ma désobéissance du jour précédent était la véritable cause du redoublement de mon mal, je lui répondis : Je mangerai tout ce qu'il vous plaira. — Reposez-vous donc, dit-il, vous ne itiourrez pas encore. Et il s'en alla.

<* Que dirai-je de plus? A l'heure même je fus délivré de toutes mes douleurs ' . Il ne me restait qu'une lassitude qui m'empêcha de me lever ce jour-là; car les maux que j'avais endurés étaient extrêmes, et je ne me rappelle pas d'en avoir jamais subi de semblables. Le lendemain j'étais parfaitement remis; et mes forces étant revenues, je m'en retournai peu de jours après dans mon monastère, avec la bénédiction et les bonnes grâces de mon hôte *. »

Saint Bernard profita des courts instants de relâche que ses souffrances avaient nécessités, pour écrire un traité sur la Grâce et le libre Arbitre. Voici quelle en fut l'occasion. .

Il s'entretenait un jour avec ses frères sur les merveilleux effets de la grâce, et ajoutait avec l'accent de la reconnaissance que la grâce l'avait prévenu dans le bien ; que c'était elle qui donnait à tout bien son commencement, son progrès et sa perfection. A ces paroles, un des auditeurs lui dit : « Si c'est la grâce qui fait tout, quelle sera notre récompense? Où

* Et quid dicam? confestiin et oiunis dolor abiit.

* Guill., lib. I, cap. xii, p. 1100, QO'SOet 60

sont nos mérites *?» Le Saint répondit avec saint Paul : « Dieu nous a sauvés par sa miséricorde, et non par les œuvres de justice que nous avons faites : Non ex operibus justitiœ quœ fecitnus nos, sed secundum suam misericordiam salvos nos fecit *, Eh quoi 1 continua-t-il, pensiezvous être l'auteur de vos mérites et vous sauver par votre justice propre, vous qui ne pouvez pas seulement prononcer le nom de Jésus sans la grâce du Saint-Esprit? Avez-vous oublié la parole de Celui qui a dit : Vous ne pouvez rienl. faire sans moi •; et ailleurs : Cela ne dépend ni dé celui qui veut ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde *. Vous désirez savoir ce que fait alors le libre arbitre? Ha réponse sera courte : // fait son salut, d

Le saint docteur jugea convenable de traiter avec plus de maturité une question si délicate; et il écrivit le savant ouvrage dont nous allons exposer le résumé *.

D'abord il établit, avec saint Augustin, que toute bonne action suppose la coopération de la volonté humaine avec la grâce divine, et qu'ainsi l'œuvre du salut ne peut s'accomplir^ qu'avec le concours de ces deux choses : la grâce et la liberté; la grâce qui donne, et la liberté qui reçoit, qui admet, qui acquiesce, qui consent et coopère; en sorte que faire son salut, c'est consentir à la grâce : consentire enini salvari est. Il n'y a donc que la volonté ou le consentement libre et non forcé qui puisse rendre l'honune heureux ou malheureux, selon qu'il applique sa volonté au bien ou au mal. C'est pourquoi ce consentement est appelé avec beaucoup de sens le libre arbitre, tant à cause de la liberté que l'homme ne peut perdre (ob voluntatis inamissibilem libertatetn), qu'à cause de la délibération qui l'accompagne toujours. Ce consentement est essentiellement libre à cause de la volonté; et il est juge de lui-même à cause de l'exercice de la raison.

« Comment, en effet, poursuit saint Bernard, « pourrait-on avec justice imputer le bien ou (( le mal à celui qui ne serait pas libre, puisque a la force majeure sert d'excuse ? Il est certain « que là où il y a nécessité, il n'y a point de « liberté ; par conséquent, pas de mérite. Toute G action qui n'est point faite avec le libre con-

^ Ubi ergo, ait, sunt mérita nostra, aut ubi est spes Dostra ? (Vid. Boll.,t. IV, cap. i,p. 603.)

• Ad TU., m, 5. — ' Jean, xv, 5. — * Rom., ix, 16.

> Tractatus de Graf. et lib. Ârbitrio. Il n'entre pas dans notre plan d'analyser ici les ouvrages de saint Bernard ; ce travail trouvera sa place plus tard ; mais nous insistons dès à présent sur le Traité de ta Grâce, doctrine si étrangement interprétée par les chrétieiis dissidents.

VIE MONASTIQUE

BU

m senteinent de la Tolonté est destituée de méc< rite... I>e là yient que les actions des ina sensés, des enfants et de ceux qui donnent, ne a sont réputées ni bonnes ni mauvaises, parce « que, n'ayant pas Tusage de leur raison, ils « n'ont pas non plus de lumière pour l'exercice a de leur jugement et de leur liberté ^ n

Après avoir nettement défini le libre arbitré dans ses divers états, saint Bernard l'envisage dans ses rapports avec la grâce. Il montre que la volonté ne peut s'exercer que par le simple acte du vouloir; mais que, pour donner son vouloir à tel objet ou à tel autre , elle a besoin de la grâce, a Je ne dis pas, ajoute-t-il, que par « la liberté nous ayons le vouloir du bien ou « le vouloir du mal ; je dis seulement que par « elle nous avons le simple vouloir; car le « vouloir du bien est un don, et le vouloir du a mal est une faute ; mais le simple acte du « vouloir est précisément ce par quoi nous € sommes capables de bien et de mal. Ainsi, « par nous-mêmes, nous voulons; mais par la « grâce nous voulons le bien *... »

« C'est la grâce seule, dit-il plus loin, qui « excite le libre arbitre en lui inspirant la bonne a pensée; qui le perfectionne en changeant son a affection ; qui le fortifie pour que le bien « commencé puisse s'accomplir; qui le soua tient, de peur qu'il ne défaille.

« Or, dans toutes ces opérations, la grâce agit a de telle sorte que, dans le commencement, a elle prévient la volonté, et qu'ensuite elle a l'accompagne toujours. L'une et l'autre cona courent à la perfection de l'œuvre qui a été € commencée par la grâce, de manière qu'elles « opèrent simultanément, et non l'une après < l'autre ; la grâce ne fait pas une partie, et la a liberté une autre ; mais chacune, par un seul « et même acte, fait l'œuvre tout entière '... »

Cette doctrine est celle de la théologie catholique *. La grâce, c'est la vertu divine émanant de l'amour de Dieu pour assister et sauver l'homme. S'il est parfois difficile de déterminer ses rapports intimes et réciproques avec la liberté humaine, le dogme cependant établit que jamais elle ne saurait être ni impérative ni insuffisante. La grâce n'est point impérative ; car, si elle obligeait la liberté par contrainte, elle annulerait la liberté. Elle n'est jamais insuffisante ; car elle est adaptée aux

* Tract., n» 5.

* Ex ipso nobis est velle; ex ipsa bonnm velle. (N» 17.)

* Ita tamen qitod a sola gratia cœptum est, pariter ab utroque perficitnr; ut mixtim, non sigillatim, simul, non vicissim, per siogulos profectns operentur... (S^ 47.)

^ Petav.y de TheoL Dogmat., t. ill, X, cap. xvi.

besoins et à la capacité de l'homme. Le but de la grâce, c'est d'aflranchir la force morale de l'homme.

Saint Bernard, partant de ces prémisses, en déduit toute la doctrine de la justification, a 0 a homme, dit-il, tu ne pouvais te créer quand « tu n'existais pas ; pécheur, tu ne pouvais te a justifier ; mort, tu ne pouvais te ressusciter, a 11 n'y a que celui qui ignore la justice de a Dieu, en voulant établir la sienne propre, a qui puisse douter de ces vérités. Et qui donc a ignore la justice de Dieu ? C'est celui qui « prétend se justifier lui-même. Et quel est «celui qui veut se justifier lui-même? C'est a celui qui s'attribue d'autres mérites que les a mérites provenant de la grâce *.

a Après cela, si on demande ce qui constitue « nos mérites, je répondrai que le concours de a notre volonté avec la grâce est ce qui nous c( est imputé à justice. La régénération, la rets paration [reformatio) de notre intérieur ne « pouvant se faire qu'avec l'acquiescement de « notre liberté, cet assentiment nous justifie '. «Ainsi nos mérites, ce sont les jeûnes, les « veilles, la continence, les œuvres de miséri- « corde et les autres pratiques de vertu par « lesquelles Thomme intérieur se renouvelle a de jour en jour, à mesure que nos intentions a courbées vers la terre se redressent vers le « ciel ; à mesure que nos affections languisa santés se purifient par l'amour des choses « spirituelles ; et que notre mémoire, souillée « par le souvenir des péchés passés, s'épure «dans la sainte espérance que lui donnent a les bonnes actions. Ces trois choses contri- « huent principalement au renouvellement de a l'homme intérieur : la droiture de l'intention, a la puretédes affections, la pratiquedes bonnes a œuvres. Mais comme c'est l'Esprit-Saint qui « opère en nous ces dispositions, elles sont des a dons de Dieu ; et d'une autre part, comme « elles exigent le consentement et le concours « de notre volonté, elles nous sont imputées à a mérite '...En un mot, pour conclure avec « saint Paul : Ce sont ceux qu'il justifie, et non a pas ceux qu'il a trouvés justes, que Dieu glo- « rifie au ciel *. »

Telle est la substance de cet ouvrage que les

^ Quis est qui ignorât Dei justitiam? Quiseipsum jnstificat? Quis est qui seipsom jnstificat? Qui mérita sibi alionde quam t gratia prssumit.

* Sola, qu£ nobiscum qnodammodo fit propter consensom volunlariuni, in mérita nobis repntabitnr reformatio.

> Quia vero cum uostrae volnntatis assensu, noâtra sunt menu... (N* 51.). — * Rom., \ii,30.

BoUandistes appellent le Livre d'or ^ . Les questions les plus subtiles et les plus compliquées de la théologie y sont traitées avec onction et clarté. La grâce et ses diverses opérations ; sa force, ses effets, son influence sur Thomme; la volonté humaine, sa liberté, sa puissance primitive, son impuissance actuelle et son état de faiblesse depuis le péché d'origine ; Taccord de la liberté avec la grâce ; les dons de Dieu et les mérites des hommes ; la justification par Jésus-Christ : tous ces différents points, développés selon les enseignements immuables de TEglise, présentent, sous la plume de saint Bernard, la vérité toujours la même sous une forme nouvelle : nove, non nova •.

Le saint abbé de Clairvaux, encore malade, avait à peine repris ses fonctions abbatiales auxquelles son amour le ramenait sans cesse, qu'il fut convoqué à un concile assemblé à Troyes, au commencement de Tannée 1128.

Les affaires litigieuses de Tévéque de Paris, et d'autres graves questions qui intéressaient l'Église de France, avaient déterminé le pape Honorius à réunir les prélats français, sous la présidence de son légat, le cardinal Matthieu, évêque d'Albano.

Le cardinal voulut que l'abbé de Clairvaux assistât au concile, et lui écrivit pour le presser de s'y rendre. Hais Bernard s'était proposé de ne plus sortir de sa solitude, et de ne point s'occuper, sans urgence, des affaires qui lui semblaient en dehors de sa vocation. Ses infirmités de plus en plus fréquentes lui donnaient d'ailleurs le droit de se récuser ; et, dans cette disposition, il écrivit au légat apostolique pour lui faire connaître son état et ses sentiments.

Voici quelques passages de sa lettre que nous ne pouvons nous dispenser de rapporter : oc j*ai 0 été prét^ dit-il, à vous obéir ; mais mon corps

< Libellus sane totos aureos. (Vide Mabill., Ann., lib. uxv, tfl 60.)

* Il semble que le saint Concile de Trente ait en sons les yeux rouvrago de l'abbé de Qainraux, quand il exposa 1« doctrine de la justiÛcatioD ; car il le reprodait presque tcxluellement. C*est cet admirable accord des doctrines de tous les siècles qui ca» ractérise TËglise catholique: la continuité du même esprit dans ta perpétuité du corps enseignant est le témoignage le plus puissant de la vérité. « Nous exposons, dit le concile de Trente, « la saine et vraie doctrine de la justification, telle qu'elle est < émanée du Soleil de justice, Jésus-Christ, l'auteur et le conc sommateur de noire foi, telle que les apôtres nous l'ont laissée t et que rt^lisc catholique Ta toi^jours tenue et gardée, par « i'iupintioa do TEspr A-Saint. »(Voy.Cooe.Trid.,8ess. VI.}

a n'a pas suivi ma bonne volonté ; et ma chair, « consumée par une ftovrc continur.llo, épuisée a de sueurs, n'a pu se rendre aux exigences de a l'esprit qui est prompt. Que mes amis jugent a si cette excuse est légitime, eux qui se servent a des liens de l'obéissance que J'ai vouée h mes « supérieurs, pour m'enlever si souvent de a mon cloître et me rejeter dans le monde... a C'est, disent-ils, une affaire importante qui a nous oblige à vous appeler. Mais pourquoi a donc jeter les yeux sur moi ? Ces affaires sont a ou faciles, ou difficiles. Si elles sont faciles, « on les fera bien sans moi ; difficiles, je n'en a viendrai pas à bout..., à moins peut-être a qu'on ne s'imagine que je suis plus capable a qu'un autre. En ce cas, comment se fait-il, <x ô mon Dieu, que Je sois le seul pour leciuel « vous vous soyez jamais trompé, en mettant « sous le boisseau une lampe qu'il fallait placer a sur le chandelier? Ou, pour parler plus clai- « rement, pourquoi m'avez-vous fait moine? a Pourquoi avez-vous caché dans le secret de a votre maison un homme qui était nécessaire a au monde?

«Je m'aperçois qu'en me plaignant de la a sorte, je prends un peu d'humeur. Je vous n déclare donc, révérend père, que, malgré ma « répugnance, je mesoumettrai tranquillement « aux ordres que vous me donnerez, laissant à « votre discrétion le soin de m'épargner ^ »

Cependant ni les exigences de sa santé, ni son besoin de retraite, ni ses réclamations instantes ne purent le dispenser de paraître au concile. Il en reçut l'invitation formelle ; et dès lors l'obéissance l'emporta sur les autres considérations. Il partit pour Troyes, au milieu de l'hiver, et alla prendre sa place dans la vénrirable assemblée. Ce fut sous son inspiration que le concile régla les différends de l'Église de France, et promulgua plusieurs décrets concernant la. discipline cléricale. Ces règlements, qui ne sont pas anivés jusqu'à nous, sont vantés par les historiens du temps, à cause de la sagesse à la fois suave et forte qui en dicta les dispositions '.

Le concile de Troyes s*ctait ouvert le 13 janvier 1428. Il allait se terminer, quand un mémorable incident vint prolonger ses séances et donner à sa mission une importance nouvelle.

* Epist. XXV. — « An. Cist., 1. 1, p. i84«

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