LETTRE CXCVI
(Écrite Tan 1135.) A 6UT, LÉGAT.
Que Guy se défie de ramiiié d'Aroanld de Bresce, de crainte que sous le couvert de son autorité, celui-ci ne répande ses erreurs avec plus d'assurance.
1. On rapporte que vous avez avec vous cet Arnauld de Bresce, dont la conversation est tout miel, la doctrine tout poison ; qui a la tête d'une colombe et la queue d'un scorpion, que Bresce a vomi, que Rome a vu avec horreur, que la France a chassé, que l'Allemagne déteste, que l'Italie ne veut pas recevoir. Prenez; garde, je vous prie, que votre autorité n'aug-{ mente le mal qu'il fait. Il a la volonté et l'ard de nuire ; si votre protection vient à s'y joindre,'; ce sera un triple lien difficile à rompre etqui^ je le crains, sera funeste au delà de toute me-î sure. Si toutefois il est vrai que vous ayez cet[ homme avec vous, je suppose de deux choses l'une : ou qu'il vous est entièrement inconnu,, ou, ce qui est plus vraisemblable, que vous comptez sur sa conversion. Plût à Dieu que ce ne fût point en vain 1 Mais qui vous donnera de faire sortir de cette pierre un fils d'Abraham?, Que l'Église notre mère recevrait avec joie de vos mains un tel présent : celui qu'elle a si longtemps supporté comme un vase d'igno-J minic devenu un vase d'honneur 1 II est permis de le tenter, mais un homme prudent aura la' précaution de ne pas dépasser le nombre fixé par l'Apôtre, quand il dit: Évitez l'hérétique, après un premier et un second avertissement; et sachez qu'un homme qui est dans cet état est pervertijCt qu'il pèche ^ étant condamné par son propre, jugement ^ En user autrement, l'avoir pour ami, l'admettre souvent à vos entretiens, pour ne pas dire à votre table, c'est vous faire soupçonner de le protéger, et c'est donner de puissantes armes à un ennemi. L'hôte et le familier d'un légat du Siège Apostolique, annoncera en toute assurance et fera croire aisément ce qu'il voudra. Qui en effet pourrait soupçonner
* Tit., lU, 10.
quelque chose de mauvais aux côtés du seigneur Pape ? Et s'il répand en public ses doctrines perverses, qui osera combattre unhomme qui est auprès de vous ?
2. Vous voyez en outre les traces qu'il a laissées derrière lui partout où il a résidé ; ce n'est pas sans motif que la vigueur apostolique a contraint cet homme né en Italie^ de passer les Alpes, et ne le laisse point revenir dans sa patrie. Quelle est la nation étrangère auprès de laquelle il ait été exilé, et qui ne désire à tout prix le rendre à son pays? Certes, en se conduisant vis-à-vis de tous, de façon à être pour tous un objet de haine, il justifie le jugement porté contre lui, et personne ne peut plus dire que le seigneur Pape a été surpris. Pourquoi donc attaquer la décision duSouverain-Pontife? La vie de celui qu'elle atteint, proclame l'équité de cette décision, si sa langue la conteste. Ainsi favoriser cet homme, c'est contredire le Pape et le Seigneur notre Dieu. Car de quelque part que vienne une sentence juste, elle émane certainement de celui qui dit imr le Prophète : C^est moi qui parle la justice ^ Je compte sur votre prudence et sur votre honnêteté pour que, convaincu de la vérité à la lecture de cette lettre, vous ne vous laissiez plus entraîner désormais à rien faire dans cette circonstance, qui ne soit digne de vous, et utile à l'Église de Dieu dans laquelle vous exercez les fonctions de légat. Nous vous aimons et nous vous sonunes tout dévoué.