‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 243 sur 319 · A LOUIS, ROI DE FRANGE · texte numérisé non relu

A LOUIS, ROI DE FRANGE

n rejette l'injosté demande du roi dans la cause de Raoul, et il rengage à ne pas opprimer les innocents, et à ne pas irriter contre lui le Roi des cieux.

1 . C'est avec plaisir, comme vous daignez le reconnaître vous-même d'après le témoignage de votre propre conscience , que nous avons cherché et que nous chercherons selon notre faible pouvoir, tout ce qui intéresse votre gloire et l'utilité de votre royaume. Mais lorsque vous vous plaignez^ à notre petitesse de l'anathème qui est sur le point d'être renouvelé contre le comte Raoul, lorsque vous voulez que je fasse tous mes efforts pour que cela n'ait pas lieu, à cause des maux nombreux qui doivent, à votre avis, en résulter, je ne vois aucun moyen de satisfaire votre désir et de m'opposer à la volonté apostolique, et, quand je le pourrais, je ne crois pas que raisonnablement je doive le faire. Je déplore sans doute les malheurs qui peuvent survenir; nous ne devons cependant pas faire le mal, pour qu'il en résulte du bien. Il sera préférable et plus sûr de laisser toute cette affaire au jugement et à la volonté du Dieu tout-puissant, qui peut faire que le bien qu'il a décrété s'opère et subsiste, et que le mal médité par les méchants n'arrive pas, ou plutôt qu'il arrive contre ceux mêmes qui l'ont cherché et voulu.

2. Un seul point m'attriste beaucoup dans la lettre de Votre Altesse; c'est que cette affaire doive être un obstacle à la paix que vous avez faite avec le comte Thibauld. Ignorez-vous que vous avez commis une faute grave, lorsque vous avez, par la violence de vos armes, contraint le comte Thibauld de jurer contre Dieu et contre la justice, que non-^seulement il demanderait, mais même qu'il ferait en sorte d'obtenir, en dehors de toute équité et même de toute loi, l'absolution du comte Raoul et de

^ Le roi était mécontent, pour deux raisons, de Tanathème lancé contre le comte Raoul ; parce que ce comte était son parent, et parce qu'il avait épousé la sœur de la reine.

ses terres? Pourquoi voulez-vous encore à cette faute en ajouter une autre et amasser, hélas t la colère de Dieu sur vous? Quel est le crime par lequel le comte Thibauld a mérité d'encourir votre ressentiment, lui qui a obtenu avec tant de peine et d'efforts, vous le savez, l'absolution, imméritée pourtant, du comte Raoul? Ce n'est pas lui qui a demandé, ni qui demande que l'excommunication soit renouvelée, si justement qu'elle doive l'être, puisqu'il est lié par le serment que vous avez par crainte obtenude lui. Gardez-vous donc, je vous prie, gardez-vous d'oser résister si ouvertement dans son propre royaumeetdansses possessions à votre Roi, seigneur mon roi, ou plutôt au Créateur de tous les hommes. N'ayez pas la témérité d'étendre si souvent la main contre un adversaire terrible, qui ôte la vie aux princes et fait trembler les rois de la terre. Je vous parle durement, mais ce que je redoute pour vous est plus dur encore. Ma crainte serait moins vive , si mon affection pour vous l'était moins.

LETTRE CCXXI.

(Ecrite Tan 1142.) AU MÂIIB.

Sor le même sujet.

Il reprend Tivement le roi Louis de ce que, cédant à de mauvaises suggestions, celui-ci repousse les conseils pacifiques. Il ayonte que pour lui il a été jusqu'ici zélé pour la gloire du roi. mais qu'il ne sera désormais que le témoin de ses mébits et le défenseur de la vérité seule.

i. Dieu sait combien, depuis que je vous connais, je vous ai aimé et comme j'ai désiré votre gloire. Vous savez vous-même avec quelle peine, avec quelle sollicitude toute l'année passée je me suis appliqué avec vos autres fidèles à vous procurer la paix; mais je crains que nous n'ayons travaillé en vain pour vous. Il est manifeste, en effet, que vous vous écartez trop légèrement et trop vite du bon et salutaire conseil que vous avez reçu, et que vous vous hâtez de revenir, sous je ne sais quelle inspiration diabolique, à ces anciens méfaits que. non sans raison, vous vous affligiez depuis longtemps d'avoir commis et dont les plaie^ sont encore récentes. De qui, en effet, sinon du démon, pourrait provenir un conseil qui voui fait accumuler incendies sur incendies \ et meurtres sur meurtres? Les cris des pauvres, les gémissements des captifs et le sang des

^ 11 veut parler de l'incendie de Vitry-sur-Mame dont il est déjà question plus ha^t.

morts finiront par se faire entendre du Père des orphelins et du Juge des yeuTes. Certes, Fantique ennemi de notre race se réjouit à la Tue de ces victimes, parce qu'il est homicide dès le commencement ^ Ne cherchez pas vainement à prendre prétexte du comte Thibauld, pour trouver des excuses à vos fautes, car celuici se déclare prêt, et il demande même avec instance à exécuter les conventions qui sont intervenues entre vous et lui, quand la paix a été faite. Il désire vous donner satisfaction en toute chose, conformément à la décision de ceux qui aiment votre gloire et qui ont servi de médiateurs entre vous; si par hasard il peut être convaincu par eux d'avoir manqué à la convention, ce qu'il ne croit pas, il n'hésitera pas à réparer sur-le-champ sa faute, conune votre honneur le demandera.

2. Mais vous n'acceptez pasdes paroles de paix, vous ne gardez point vos engagements, vous ne vous rendez pas à de sages conseils. Par je ne sais quel châtiment de Dieu, il arrive que vous tournez tout en mal ; vous estimez comme honorable ce qui est honteux, comme honteux ce qui est honorable. Vous craignez ce qui est rassurant, vous dédaignez ce qui est à craindre, et, comme Joab le reprochait autrefois au glorieux et saint roi David *, vous aimez ceux qui vous haïssent et vous haïssez ceux qui ne songent qu'à vous aimer. Ceux qui vous poussent à renouveler vos anciennes violences contre un prince qui ne les mérite pas, ne cherchent pas en cela votre gloire, mais leur propre avantage. Ce n'est pas même à leur propre avantage, mais à la volonté du démon qu'ils s'attachent. Ennemis de votre couronne, perturbateurs déclarés de votre royaume, ils veulent avoir pour instrument de leur fureur, qu'ils savent ne pas pouvoir satisfaire par leurs propres forces, la puissance même du roi. Puissent-ils ne pas l'obtenir 1

3. Mais, quoiqu'il vous plaise de faire de votre royaume, de votre couronne ou de votre ftme, nous ne pouvons pas, nous, enfants de l'Église, ne pas voir les outrages, le mépris, la persécution qu'endure notre mère. Tandis que nous pleurons les maux qui l'ont si tristement affligée, nous sentons ceux qui l'accablent de nouveau ou qui la menacent. Certainement, nous résisterons et, s'il le faut, nous combattrons pour notre mère jusqu'à la mort, avec les armes dont il nous est permis de nous servir et qui ne sont ni des glaives, ni des bou-

• Jean, viii, 44. — * Il Roi?, xix, 6.

cliers, mais des larmes et des prières à Dieu. Cependant, je me souviens, et Dieu même est témoin des supplications que je lui adressais chaque jour pour la paix, pour votre salut, pour votre royaume. J'ai en outre par mes lettres et par mes envoyés plaidé votre cause au-, près du Siège apostolique, presque, je l'avoue, jusqu'à attirer sur moi, à juste titre, je n'en dois pas disconvenir, l'indignation du Souverain-Pontife. Mais je vous le déclare, irrité de vos excès constants et chaque jour renouvelés,' je commence à me repentir de cette faiblesse insensée, avec laquelle j'avais eu jusqu'ici pour votre jeunesse plus d'indulgence qu'il ne convenait, et désormais je ne manquerai point de mettre mon faible pouvoir au service de la' vérité.

4. Je ne tairai pas que vous vous efforcez d'entrer en relations et de faire alliance avec des hommes excommuniés pour la seconde fois ; que vous vous unissez aux ravisseurs et aux brigands pour massacrer les hommes, embraser les maisons, détruire les églises, disperser les pauvres, conformément à cette parole du Prophète : Quand vous voyiez un voleur, vous couriez avec lui et vous vous unissiez aux^ adultères^ /comme si vous ne pouviez pas assez flaire le mal par vous-même. Je ne tairai pas, qu'après ce serment inique et maudit, que vous avez si inconsidérément formé contre l'Église de Bourges et qui a, hélas I amené justement aujourd'hui tant et de si grands malheurs, loin d'y porter remède, vous ne permettez pas même qu'à Châlons on donne un pasteur aux brebis du Christ ; que, tout au contraire, vous souffrez, contre tout droit et toute justice, que votre frère ', ses soldats, ses archers et ses balistes occupent insolemment les maisons épiscopales et profanent les biens de l'Église par ces usages criminels. Je vous le dis, si vous continuez à agir ainsi, votre conduite ne demeurera pas longtemps impunie. C'est pourquoi, seigneur mon roi, je vous avertis amicalement, je vous donne le fidèle conseil de mettre fin au plus vite à ces actes criminels, afin, si vous le pouvez encore, d'arrêter par l'humilité et par la pénitence, à l'exemple du roi de Ninive, la main qui est prête à vous frapper : je vous parle durement ; mais ce que je crains pour vous est plus dur encore ; souvenez-vous de cette parole du Sage : Les coups d*un ami valent mieux que les baisers trompeurs d'un ennemi '•

^ Pb. XLIX, 18.

> Robert. (Voy. lettres 824 et 304.)

• ProT., XXVII, 6.

LETTRE CCXXII.

(Écrite Tan 1143.)

A lOSLAIN S ÉYÊQUB DE 80I8SONS, ET A 8U6ER, ABBÉ DE SAINT-DElf 18.

Il se plaint à eux comme aux conseillen dn roi des iqnstes entreprises de celui-ci contre Thibauld, malgré la paix et le traité conclus.

1. J'avais écrit au roi pour lui reprocher les maux qui se commettent dans son royaume, avec son assentiment, à ce que Ton dit. Je crois devoir vous communiquer, à vous qui faites partie de son conseil, ce qu'il m'a répondu. Je m'étonnerais en vérité qu'il fût convaincu de ce qu'il me dit, et, s'il ne l'est pas, comment s'efforce-t-il de me le faire croire, à moi qui suis, vous le savez, parfaitement au courant de tout ce qui s'est fait pour rétablir la paix. Pour s'efTorcer, en effet, de démontrer que le traité a été mal observé de la part du comte, il dit, comme vous pourrez le voir par sa lettre : o Nos évéques sont encore frappés de suspense, et notre royaume d'interdit » ; comme s'il appartenait au comte Tbibauld de faire lever des condamnations ecclésiastiques, ou qu'il se fût engagé de quelque façon à en obtenir la révocation. « On s'est joué du comte Raoul, dit-il encore, et il a été de nouveau excommunié, d Hais en quoi cela regarde-Ml le comte Tbibaud? N'a-t-il pas travaillé de bonne foi pour accomplir tout ce qu'il avait promis au sujet de cette affaire, et n'y a-t-il pas heureusement réussi ? Raoul a été pris dans ses propres artifices ; il est tombé dans la fosse qu'il avait creusée. Y a-t-il là une raison suffisante pour que le roi manque à ses engagements, à des engagements que vos propres lèvres ont exprimés ? Convenait-il pour cela que la colère de ce prince s'allumât contre Dieu et contre son Église, contre lui-même et contre son propre royaume? Enfin devait-il pour cette cause oublier sa gloire jusqu'à combattre un de ses sujets, non seulement sans lui avoir déclaré la guerre, mais encore sans l'avoir averti, ni même lui avoir exposé ses griefs ? Devait-il envoyer son frère et commencer l'agression par Châlons, ville sur laquelle le traité du roi et du comte Tbibaud avait, vous le savee, spécialement porté?

S. Le roi ajoute encore que le comte s'efforce, au mépris de ses devoirs de fidélité, de

< Orderic l'appelle Joslain le Roux ; les lettres 223, 825, 227 et 342 loi sont adressées.

8'unir aux comtes de Flandres et de Soissons * par des mariages. On a peut-être contre cette fidélité des soupçons : on n'a point de preuves certaines; à vous de juger ce que c'est que de manquer sur de vains soupçons à des engagements formels. D'ailleurs, on ne peut point attribuer à un tel homme de pareilles intentions. Ceux auxquels le comte s'allie sontrils donc les ennemis du roi et ne sont-ils pas plutôt ses vassaux et ses amis ? Le comte de Flandres n'est-il pas son parent, et, comme il en convient lui-même, le soutien de son royaume? En quoi donc un homme, dévoué lui-même, manque-t-il de fidélité envers le roi, lorsqu'il s'unit à ses amis par des mariages? Si l'on regardait avec simplicité cette affaire telle qu*elle est, n'y verrait-on pas plutôt de grandes garanties de paix, de force et de sécurité pour le royaume ?

3. Le roi n'a pas craint d'ajouter, et je m'en étonne, qu'à sa connaissance j'étais instruit des tentatives du comte Tbibauld pour attirer dans son parti contre le roi le comte Raoul. Le roi en a dit de vive voix à notre messager plus qu'à nous dans sa lettre. Il a prétendu que j'avais très-souvent écrit à Raoul que je prendrais sur moi la plus grande partie de ses péchés, s'il voulait s'attacher au comte Tbibauld. S'il se trouve un homme auquel j'aie confié ce message, qu'il vienne et qu'il m'en convainque publiquement; et si j'ai écrit quelques lettres, qu'on les produise. Que le prince voie en qui il a ajouté foi ; pour moi je suis certain de n'avoir jamais eu connaissance de ce dont il m'accuse. Je crois la même chose du comte Tbibauld qui se disculpe lui-même de toutes ses forces. Que Dier donc examine et juge conunent le comte Tbibauld est, sur un simple soupçon, accusé par celui-là même qui, contre sa promesse, a manifestement attiré à lui le comte Raoul, et qui a conomuniqué avec un adultère et un excommunié, malgré les préceptes de Dieu, malgré la sentence du Souverain-Pontife.

4. Le roi dit encore : « Nous avons été sur le point d'être attaqué par deux redoutables adversaires » ; mais le Prophète lui répond en raillant : Ils ont tremblé là oU il ny avait rien à craindre '. Voilà, dit-il, qu'on nous attaque,

^ Voy. lettre 224. Le comte Tbibauld projetait de donner sa fille au comte de Soissons, et de marier son fils Henri i la fille de Tbierry, comte de Flandres. Le roi de France cbercbait à rompre cette union et allé^t un empêchement pour raison de parenté.

' Ps. II I, 5,

nous qui n'ayons point attaqué, et que nous souffrons persécution, nous qui n'avons persécuté personne. Qui vous attaque, je vous le demande? Qui vous attaque et qui vous persécute? Le comte n'estil pas là, humilié et suppliant, prêt à vous honorer comme son roi, à vous écouteret à vous servir comme son maftre, vous demandant instamment la paix et s'efforçant autant qu'il est en lui de se concilier votre bon vouloir ? Admettons que cela ne soit pas, mais qu'au contraire le comte machine contre le roi des maux de toute sorte. Ne fallait-il pas recourir à ce que vous savez avoir été convenu ? Tous deux, en effet, s'étaient promis, que si quelques difficultés ou si quelques discussions venaient à naître relativement à ces conventions, ils ne se feraient et ne chercheraient à se faire l'un à l'autre aucun mal, jusqu'à ce que l'affaire eût été pesée et discutée devant révoque d'Auxerre * et devant nous trois qui avions été les médiateurs de l'accommodement. Que si nous trouvions alors quelque cause de division , nous devrions amener la réconciliation. Voilà ce que le comte demande à tout prix; et le roi s'y refuse.

5. Enfin, admettons que le comte ait entièrement démérité du roi, mais quel est le tort de l'Église de Dieu? Oui, quel est le tort, non plus seulement de l'Église de Bourges, mais de celle de Châlons, mais de celle de Reims, mais de celle de Paris '? Que le roi ait raison contre le comte, sur quel droit, je vous le demande, se fonde-t-il, pour dévaster les terres et les possessions des églises, pour empêcher qu'on ne donne des pasteurs aux brebis du Christ, pour s'opposer à l'installation de ceux qui ont été élus, enfin, ce qui est jusqu'ici sans exemple, pour retarder l'élection des autres jusqu'à ce qu'ilait tout détruit, qu'il ait dissipé les biens des pauvres et achevé de plonger cette terre dans la désolation? Est-ce vous qui lui conseillez d'agir ainsi? Il serait bien étonnant que cela se fit sans votre conseil; mais il serait bien plus étonnant encore et très-malheureux que cela se fit d'après votre avis. En effet, conseiller de telles choses, c'est fomenter ouvertement le schisme, c'est résister à Dieu, asservir l'Église, et réduire la liberté ecclésiastique à une nouvelle servitude. S'il se trouve quelque fidèle serviteur de Dieu, quelque enfant de l'Église, il se lèvera et, autant qu'il le pourra, il s'opposera comme un mur pour défendre la maison

1 Hugues, qui a écrit avec saint Bernard la lettre 226. s L'affaire de TEglise de Bourges a été expliquée dans la lettre 215; pour les autres voyez la lettre 224.

du Seigneur. Et vous-même, si vous désirez la paix de l'Église, comme il convient à des enfants de la paix, comment pouvez-vous, je ne dirai pas débattre ces questions, mais même assister à de si détestables conseils? Ce n'est point, en effet, à un jeune roi, mais à ses vieux conseillers qu'on imputera avec raison tout le mal qui sera commis.

LETTRE CCXXra.

(Écrite Pan 1148.) A JOSLAllf, ÉVÉQUB DB SOISSOIIS.

Il se justifie auprès de cet évéque qui lui avait écrit en mettant en tète de sa lettre cette saluUtion: « Le salut dus le Seigneur et non l'esprit de blasphème. » n lui demande néanmoins plus de sèle pour venger les injures Ciites au Christ etàrÉglise.

1. Je ne crois avoir nullement l'esprit de blasphème, et je suis sûr de n'avoir jamais maudit, ni voulu maudire personne, surtout le prince de mon peuple. Au reste, de quelque façon que Votre Dignité se juge offensée, je lui en demande pardon ; je sais en effet qui a dit : On nous injurie et nous répondons par des prières ^ Je dis donc avec le bienheureux Job : Plût à Dieu que je n eusse point proféré les paroles que j'ai dites, mais je n'ajouterai plus rien *. Déjà en écrivant au seigneur abbé de Saint- Denis au sujet de cette plainte qui vous est commune, j'avais répondu à chacun de vous, et je croyais vous avoir donné satisfaction à tous deux. Hais puisque vous n'avez pas encore, à ce que je vois, calmé votre ressentinient qui peut-être se fût plus justementenQammé contre les oppresseurs de l'Église, je vous déclare encore et je vous déclare en toute assurance, que je n'ai ni dit, ni écrit, ni pensé que vous fussiez des schismatiques ou un foyer de scandales, et je ne crains pas qu'aucune lettre de moi me convainque de mensonge. Examinez si vous le voulez, et si vous en trouvez une pareille, je me reconnaîtrai coupable d'un grand sacrilège et j'avouerai que je l'ai écrite, agité, comme vous le dites, par l'esprit de blasphème.

â. Cependant, ne croyez pas que cette humble satisfaction que je vous donne m'enlève l'esprit de liberté. J'ai déploré, je l'avoue, et je déplore de ne pas vous avoir vu encore venger les injures du Christ, ni défendre l'indépendance de l'Église avec cette liberté que vous auriez dû y mettre. Cette douleur m'a déterminé à vous écrire des paroles dures, non pas celles pour-

* I Cor.. IV, 13. — > Job., XXXIX, 35.

tant que vous me reprochez. Je troyais et je croirais encore, si je ne craignais par là de vous blesser, qu'il ne vous suffit pas de n'être pas les auteurs du schisme, si vous ne réprimez de toutes vos forces et avec une entière liberté ceux qui le sont, quelle que soit leur dignité, et si vous ne détestez leurs desseins et leurd complots; oui, je croyais qu'il serait glorieux pour vous de pouvoir dire, vous aussi : J'ai haï i^ assemblée des méchants et je ne m'assiérai pas au milieu des impies ' . Est-ce seulement au Prophète que ce zèle convenait et ne demande-ton pas également aiyourd'hui au prêtre du Seigneur qu'il dise avec le même esprit : JVai-je pas haï. Seigneur, ceux qui vous haïssaient, et nai-je pas séché de douleur à la vue de vos ennemis * ? J'aurais souhaité certainement, je puis le dire sans blesser Votre Sérénité*, que vous eussiez montre ce zèle vis-à-vis de ce roi enfant qui, agissant avec moins d'enfantillage que de cruauté, a, sans motifs, rendu vains les conseils que vous avez dû lui donner et ses propres engagements; il trouble son royaume sans raison ; il remplit de ses guerres la terre et les deux ; il ravage les églises, il profane les choses saintes, il exalte les méchants, il persécute les bons, il massacre les innocents. Oui, je voudrais que vous gémissiez de cette conduite, que vous y résistiez et que vous y mettiez obstacle, autant qu'il est en vous. Mais ce n'est point à moi à donner des leçons à maître Joslain et bien moins encore à reprendre un évêque chargé au contraire de me corriger, moi et les autres pécheurs, et de ramener ceux qui s'égarent. Voyez combien je vous redoute. Je vous envoie cette lettre scellée, puisque vous avez eu des soupçons en recevant la précédente ouverte. Hais je n'avais point eu en cela d'autre pensée que de me conformer à l'usage d'après lequel, en écrivant à plusieurs personnes, on ne doit pas fermer la lettre à la cire. Je vous demande encore pardon de ce fait.

LETTRE CCXXIV.

(Écrite Tan 1143.)

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