‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 257 sur 319 · LETTRE CCXLII · texte numérisé non relu

LETTRE CCXLII

(Écrite l'an 1147.) AUX HABITANTS DE TOULOUSE APRÈS SON RETOUR.

Qu'il fnut fuir avec soia les hérétiques ou plutôt les chasser; qu^il faut exercer l'hospitalité ; qu'il ne faut pas admettre tous les prédicateurs.

1. L'arrivée de notre très-cher frère et collègue, l'abbé Bernard de Grandselve ', nous a comblé de joie, et nous avons été charmé de ce qu'il nous a dit de la constance et de la sincérité de votre dévouement pour nous, de votre zèle et de votre haine contre les hérétiques. Ainsi, chacun de vous peut dire avec raison : N'ai-je pas haï, Stigneur^ ceux qui vous haïssaient^ et n'ai-je pas séché de doukur à la vue de vos ennemis? Je les ai haïs d'une haine parfaite^

> Matth.yYir, 18.

* Albéric, dont il est question dans le livre ni, de la Vie de saint Bernard, par ses successeurs, avait été moine à Cluny. Jl fut en 1138, créé cardinal par Innocent, et envoyé comme légat en Angleterrre, en Syrie, et enfin en France. La lettre 219 lui est adressée.

' L'abbaye de Graadselve de Tordre de Saint-Benoit, dans le diocèse de Toulouse, s'était aflUiée à Tordre de Citeaux.

et ils sont devenus mes propres ennemis * . Nous rendons grâces à Dieu que la visite que nous vous avons faite n'ait pas été inutile. Notre séjour auprès de vous a été de courte durée ; mais il n'a pas été sans fruit. La vérité qui par nous s'est manifestée, non-seulement dans des paroles, mais encore dans des actes *, a convaincu ces loups qui, venant à vous sous des peaux de brebis, dévoraient votre peuple comme un morceau de pain, ou comme des animaux de boucherie; elle a convaincu ces renards qui ravageaient votre ville, très - précieuse vigne du Seigneur; mais s'ils ont été convaincus, ils n'ont pas été pris. C'est pourquoi, mes bienaimés, poursuivez-les, saisissez-les, et ne vous arrêtez pas qu'ils n'aient entièrement péri, ou qu'ils ne se soient enfuis de votre pays, car il n'est pas sûr de dormir dans le voisinage des serpents. Ils se tiennent en embuscade avec les riches dans des lieux sombres pour faire périr les innocents. Ce sont des voleurs et des brigands^ ^ comme ceux que le Seigneur signale dans l'Évangile. Vivant dans le désordre, ils sont toujours prêts à produire le désordre, à flétrir votre réputation et à corrompre votre foi. Les mauvais discours corrompent les bonnes mceurs ^ surtout de la part de ces gens dont là parole^ ainsi que le dit le bienheureux Apôtre,^ se répand comme la gangrène •.

2. Qui me procurera l'occasion d'aller encore une fois vous voir ; j'en ai l'intention, si je puis le faire sans déplaire au Seigneur; tout malade et faible que je suis, je compterai comme rien une fatigue supportée pour votre encouragement et votre salut. En attendant, mes trèschers, soyez fermes dans Je Seigneur, comme vous lavez appris de nous et comme vous avez commencé à l'être ; obéissez à l'évêque et à vos autres supérieurs, maîtres dans l'Église. Pratiquez avec soin l'hospitalité, car beaucoup d'hommes se sont par elle rendus agréables à Dieu. Votre père Abraham, par le saint zèle qu'il avait coutume de mettre à recevoir les étrangers, a mérité de recevoir comme hôtes des anges ' ; de même Lot son neveu, en considération de ce pieux usage et d'un semblable dévouement, a eu également la joie de les accueillir '. Vous aussi, recevez dans la personne des étrangers, non des anges, mais le Seigneur des anges ; nourrissez-le dans les pauvres,

* Ps. cxxxviii, 21. 22.

* tans doute par les miracles éclatants qu'il avait faits à

Toulouse. Ils sont rapportés, libro iii vitœ, cap. 6.

» Jean, x, 8. — * 1 Cor., xv, 33. — » II Tim., u, 17. — • Gcn., xvui. — "ï Gen., xix.

KM

couTrez-Ie dans ceux qui sont nus, visitez-le dans les malades, rachetez-le dans les captifs. C'est par de tels sacrifices qu'on se rend Dieu favorable et il dira au jour du jugement : Ce que vous avez fait à fun de ces petits gui sont miens, c'est à moi que vous l'avez fait ^

3. Je vous rappelle encore, mes trfes-chers, ce que je vous disais quand j'étais avec vous : ne recevez aucun prédicateur étranger ou inconnu, qu'il n'ait été envoyé par le Souverain- Pontife, ou qu'il n'ait la permission de votre évêque. Comment prêcheront-ik, dit l'apôtre, s'ils ne sont envoyés '. Ce sont eux qui, revêtant les apparences de la piété et en rejetant entièrement la vertu, mêlent aux paroles célestes de profanes nouveautés de sens ou d'expression, comme on mêle du poison au miel ; défiezvous d'eux, comme d'empoisonneurs, et reconnaissez sous leurs vêtements de brebis des loups rapaces. Je vous recommande le porteur de cette lettre, le vénérable abbé deCrand-Selve et sa maison qui est à nous, puisque depuis peu il nous l'a transmise, à nous et à notre Ordre, et qu'elle a été spécialement associée à l'Église de Clairvaux. Montrez-nous par votre conduite envers lui et envers les saints qui l'accompagnent, combien nos avis vous ont fait avancer dans les œuvres de miséricorde ; donnez en eux la mesure de la charité et du dévouement que vous avez pour nous. Considérez comme fait à moi-même tout ce que vous leur ferez. Que la grâce et la paix de Dieu soient avec vous. Ainsi soit-il.

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