A CONRAD, ROI DES ROMAINS
H engage ce roi à défendre l'autorité du Pape contre les Romains révoltés.
i. La royauté et le sacerdoce ne pouvaient pas être unis, ni être entés l'un sur l'autre d'une façon plus douce, plus heureuse, ni plus étroite, qu'en se trouvant rassemblés dans la
personne du Seigneur; c'est pourquoi, descendant selon la chair de l'une et de l'autre tribu, il est devenu notre pontife et notre roi suprême. De plus, il a associé et mêlé ces deux titres dans son corps qui est le peuple chrétien, corps dont il est la tête, en sorte quelle genre humain est appelé par l'Apôtre, une race élue, un sacerdoce royal K Dans un autre passage de l'Écriture, ceux qui sont prédestinés à la vie, ne sont-ils pas tous appelés rois et prêtres *? Que l'homme donc ne sépare pas ce que Dieu a réuni, mais que la volonté de l'homme s'applique plutôt à remplir ce que l'autorité divine a sanctionné, et que ceux qui sont unis par leurs institutions, s'unissent par leurs affections. Qu'ils se soutiennent mutuellement, qu'ils se défendent, qu'ils portent les fardeaux les uns des autres. Si le frère aide le frère, dit le Sage, ils seront tous deux consolés^. Si, ce qu'à Dieu ne plaise I ils se mordent et se déchirent, ne seront-ils pas désolés tous deux? Que mon" âme n'en arrive jamais à partager la pensée de ceux qui disent que la paix et la liberté des églises nuiront à l'empire, ou que la prospérité et l'exaltation de l'empire nuiront aux églises; car Dieu qui les a institués tous deux, ne les a point unis pour leur destruction mutuelle, mais pour leur édification.
2. Si vous savez cela, jusqu'à quand tolèrerezvous un outrage qui vous est commun avec l'Église, une injure qui vous atteint comme elle? Rome n'est-elle pas la capitale de l'empire, comme elle est le Siège apostolique 1 Or, pour ne rien dire de l'Église, est-ce un honneur pour un roi d'avoir sous sa main un empire mutilé? Certes, j'ignore les conseils que vos sages et les princes de votre royaume vous donnent à cet égard ; mais moi, parlant selon mes faibles lumières, je ne tairai pas ce que je pense. L'Église de Dieu, depuis sa naissance jusqu'à nos jours, a été plusieurs fois persécutée et plusieurs fois délivrée. Enfin, écoutez ce qu'elle dit d'ellemême dans le psaume, car voici ses propres paroles : Ils m'ont souvent attaquée depuis ma jeunesse^ mais ils n'ont rien pu contre moi. Les pécheurs ont frappé sur mon dos, ils ont prolongé leur mtquité *. Soyez certain, ô roi, qu'aujourd'hui encore le Seigneur ne laissera pas la verge des pécheurs s'étendre sur l'héritage des justes. Le bras du Seigneur ne s'est pas raccourci et n'est pas devenu impuissant pour sauver. En ce temps-ci encore, il délivrera sans nul doute son épouse, qu'il a rachetée de son sang, qu'il a
* I Pierre, ii, 9, — « Apoc, i, 6, et v, 10.— » Prov.xviii, 19. — * Ps. cxxviii, 2, 3.
dotée de son esprit, qu'il a ornée des dons du ciel et enrichie en outre de ceux de la terre. Il la délivrera, dis-je, il la délivrera; mais qu'il le fasse par la main d'un autre, et les grands du royaume verront si le roi y trouvera son honneur et le royaume son avantage. Non, certainement I
3. C'est pourquoi ceignez votre glaive sur votre cuisse, prince très-puissant, et que César fasse rendre à César ce qui lui appartient et à Dieu ce qui est à Dieu. 11 est certain que César a un double intérêt à défendre sa propre couronne et à protéger l'Église. Le premier de ces devoirs convient au roi, le second au défenseur de l'Église. La victoire, le Seigneur m'en donne la confiance, est entre vos mains. Il y a plus d'orgueil et d'arrogance que de courage chez les Romains. Quoi donc 1 est-ce quelqu'un de grand ou de puissant, comme un empereur ou un roi, qui ose entreprendre cette honteuse tentative à la fois, contre l'empire et contre le sacerdoce? C'est ce peuple tumultueux et maudit qui ne sait pas mesurer ses forces, réfléchir à son but, considérer les conséquences dé ses actes; c'est lui qui dans sa fureur et dans sa folie a eu l'audace de tenter ce grand sacrilège. À Dieu ne plaise, que la main de cette populace, la témérité de cette foule puissent tenir, même un moment, devant la face du roi. Je suis fou d'oser, malgré mon indignité et ma bassesse, me mêler comme quelqu'un de grand, à des conseils d'une telle grandeur et d'une telle sagesse et pour une affaire si importante. Mais plus je suis indigne et bas, plus j'ai de liberté pour dire ce que la charité me suggère. C'est pourquoi j'ajoute encore avec la même folie : Si quelqu'un, ce que je ne crois pas, s'efforce de vous conseiller autre chose que ce que je vous ai dit, assurément cet homme, ou n'aime pas le roi, ou comprend peu ce qui convient à la majesté royale : il cherche son propre avantage, et il est convaincu par là de se soucier peu des intérêts de Dieu ou de ceux du roi.