‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 263 sur 319 · A BERNARD, PRIEUR DE PORTES · texte numérisé non relu

A BERNARD, PRIEUR DE PORTES

Que des religieux ne doivent pas supporter avec tant d'impatience le refus de confirmation fait à l'élection du frèro Natalis comme évèque ; que ce refus n'est pas l'œuvre de saint Bernard ; que le pape aura craint sans doute qno les défauts de la jeunesse ne donnassent prise à la calomnie.

A ses très-révérends et très-tendres pères et seigneurs, à Bernard, prieur de Portes, et aux Saints qui sont avec lui, Bernard, dit abbé de Clairvaux : le salut dans le Seigneur.

1. J'ai vu par la réponse de Votre Béatitude que je vous avais écrit en vpus montrant quelr qu'émotion, ce dont vous vous êtes grandement alarmés ; mais votre crainte était vaine. Vouai n'avez, très- révérends Pères, rietn à redouter de votre serviteur , qui vous chérit en vérité comme des amis, et qui vous regarde comme des saints. Peut-être dans votre affection pa^. ternelle avez-vous eu peur, non de moi, ipaip, pour moi ; vous avez craint de me trouver irrité contre vous sans raison, ou avec r^isQu, mais plus qu'il ne convenait. J'avoue que j'ai été ému, non contre vous, mais pour vous, et encore assez légèrement. Si c'est là de là présomption, je n'en mettrai pas à confesser mon tort et vous me remettrez ma faute. Pardonnez moi, je suis aiqsi : le zèle de votre maison me dévore. Je ne supporie pas, autant qu'il dépend de moi, que l'éclat d'une si grande sainteté pâlisse, car je suis bien loin de redouter qu'il se perde. Dans un corps plein de beauté, nonseulement la maladie, mais une simple fâche déplait. Or, il n'est pas d'un bon aspect qu'un saint supporte avec inquiétude l'humiliation, puisqu'il est même imparfait de ne pas s'en

^ Bernard de Portes, le deuiième du nom, le même qui ajant i^uilté en 1142 le siège de Belley, revint à la Cbartrieusa de Portes, et y fut nommé prieur en 1 147, pour remplacer un autrejernard qui i*^iâxi,iiéipi» de ce tfe, dignité. (Voyez la note dé la lettre i53.)

glorifier et s'en réjouir. Dans la yie parfaite une imperfection qui apparaît est une tache. C'est cette tache qui m'a déplu dans le frère Natalis. Quoi donc I même s'il a été pur devant Dieu ? Oui, car il faut veiller à faire le bien également devant les hommes.

2. Mais, direz-vous, ce n'est pas lui qui a supporté ce refus avec peine, c'est nous. Cela revient au même. Je vous redirai ce que je pense. Je ne vois pas pourquoi cet événement vous aurait été pénible, sinon parce que vous avez cru qu'il en avait été peiné. Jugez s'il convenait qu'il le fût, surtout dans la vie nouvelle qu'il mène. Car, soit dit sans le blesser, il n'était pas autrefois à l'abri du soupçon. Était-il coupable? il faut laisser ce point à sa conscience. Et peut-être le seigneur Pape a-t-il pensé à cela quand il a, comme vous le dites, refusé d'approuver son élection? 11 a craint, je suppose, la langue des envieux, il a redouté la promotion prématurée d'un religieux si nouveau, aûn, je le répète, que les méchantes langues ne pussent pas dire qu'on donnait à ce religieux le fruit qu'il avait toujours désiré. Mais queUe qu'ait été l'intention du seigneur Pape, sachez que j'ai ignoré son dessein, et que personne ne dise qu'il a agi en cela d'après mes inspirations. En ce qui me concerne, je suis résolu, dès que j'en trouverai l'occasioà, nonseulement à ne pas empêcher, mais encore à aider de toutes mes forces et des deux mains, comme on dit, la grâce qui est en ce religieux à porter des fruits pour Dieu. Qui me donnera de voir des hommes instruits et saints, placés comme pasteurs à la tête des Églises de Dieu, ou sinon dans toutes ces Églises, dans le plus grand nombre d'entre elles, ou au moins dans quelques-unes? Qu'importe que ce jeune homme ait fait autrefois quelque trait de jeunesse, comme on le rappelle ? Ce vieux temps est passé et tout est renouvelé. Il a été enseveli une seconde fois avec le Christ par le baptême de sa profession religieuse ^ Est-ce moi qui rappellerai des vices depuis longtemps oubliés?

3. Que si l'abbé de Chésy' ou celui de Troyes • vous ont écrit durement, comme on le rapporte, j'en ai éprouvé de la peine dès que je Tai appris et quand j'en trouverai l'occasion je ne le leur cacherai pas, autant que me le permettront la charité et l'intimité qui m'attachent à eux à raison de leur piété. Je rends grâces à

1 Saint Bernard ayec d'autres Pères de TËglise, considérait li profession religieuse comme un second baptême.

* Est-ce cet abbé Simon auquel est adressée la lettre 273?

* Pierre de Celle.

Dieu qui vous a donné de ne pas vous laisser vaincre par le mal, mais de vaincre le mal par le bien et de ne pas leur répondre injure pour injure et malédiction pour malédiction. Quant aux lettres que vous m'aviez écrites auparavant contre ces deux abbés, sachez bien que ce n'est ni par ma volonté, ni par mes soins qu'ils en ont eu connaissance. En voilà assez sur ce sujet.

4. Il est temps que je pense à moi. Ma vie monstrueuse, ma conscience alarmée crient^ vers vous, car je suis en quelque sorte la chimère de mon siècle. Je ne vis ni comme un clerc ni comme un laïque ; depuis longtemps j'ai mis de côté la règle du moine en en gardant l'habit. Je ne veux pas vous écrire à mon^ sujet ce que vous avez appris par d'autres, je suppose : ce que je fais, à quoi je m'applique, au milieu de quels périls je me trouve en ce monde, ou plutôt dans quel précipice je suis jeté. Si vous n'en savez rien, informez-vous-en, je vous prie, et d'après ce que vous apprendrez, donnez-moi vos conseils et l'appui de vos prières.

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