‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 264 sur 319 · LETTRE CCLI · texte numérisé non relu

LETTRE CCLI

AU SEIGNEUR PAPE EUGÈNE

Il le prie de pardonner aux religieux de Baume * qu'il avait justement punis et de les réconcilier avec ceux d'Autnn.

A son très-tendre père et seigneur, à Eugène, pai la grâce de Dieu Souverain-Pontife, frère Bernard, dit abbé de Clairvaux : le peu qu*il est.

. Les religieux de Baume ont commis une faute grave, mais elle n'est pas restée impunie. Toute l'Église vous doit à ce sujet des éloges et des actions de grâces, parce que vous n'avez pas gardé le silence, que vous n'avez pas dissimulé, que vous ne vous êtes pas endormi. Vous vous êtes irrité comme vous le deviez; vous avez frappé, mais pour guérir. Maintenant, si mon seigneur oublie de pardonner et qu'il contienne ses miséricordes dans sa colère, d'où viendra la guérison? Aussi nous attendons avec

^ Ce crime des religieux de Baume, monastère du diocèse de Besançon, est relaté dans deux lettres du pape Eugène, Tune à Humbert, archevêque de Besançon, l'autre à Guillaume de Guy, comte de Mâcon. L'abbaye de Baume fut réduite au rang de simple prieuré « à cause de ce forfait horrible et exécrable, de ce mépris inouï envers la Cour de Rome, et envers Osbert son maître bien-aimé ». Le rang d'abbaye fut plus tard rends au monastère de Baume.

confiance que la pitié succédera au jugement, afin que nous puissions chanter devant le Seigneur la miséricorde et la justice. Nous le savons, oui, nous le savons, le Vicaire * ne s'écartera pas des traces de Celui qu'il représente, puisque ce dernier dit : Si quelquun me sert, qu'il me suive * . Or le Prophète dit de lui : Qui sait si Dieu ne se retournera pas^ ne pardonnera pas^ et ne laissera pas après lui la bénédiction ' ? C'est cette bénédiction que nous avons la hardiesse de réclamer de vous, en nous appuyant sur votre dernière lettre. Il ne convient pas que vous perdiez l'innocent avec l'impie. Or ceux qui ont fait le mal ont été chassés. Que reste-il donc à faire, sinon à sauver les autres? Pourquoi ne sauverait-on pas ceux qui vous ont obéi et qui ont obéi à votre prédécesseur, à Paul qui disait : Otez le mal du milieu de vous ^. Ainsi, ayez pitié d'eux, et que l'iniquité des pécheurs ne nuise pas à la justice des innocents. Je vous dis cela, parce que le procès qu'ils ont avec les religieux d'Autun est soumis à Votre Majesté et qu'ils craignent de pâtir pour l'iniquité de leurs frères. Nous vous supplions surtout de donner vos soins à rétablir entre eux la concorde et la paix. Nous leur voulons du bien aux uns et aux autres et nous croyons qu'un accommodement leur convient à tous.

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