‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 265 sur 319 · LETTRE CCLII · texte numérisé non relu

LETTRE CCLII

(Écrite Tan 1147.)

4C MÊHB, SUR L'ARCHEVÉQUE d'TORK.

n lui demande de fkire enfla ezécnter la sentence rendne depuis longtemps par Innocent contre l'archevêque d'York, de crainte qu'on n'impute à la tolérance da Pape les crimes du prélat.

L'ambition frustrée devient cruelle ; désespérée, elle devient furieuse. Cet honune court au lacet fatal '; il avance l'exécution de la juste sentence de condamnation rendue déjà depuis longtemps contre lui. Les péchés qui ont motivé cette sentence sont maintenant manifestes. Cet arbre maudit et couvert d'épines, appelle à lui la main qui doit l'abattre et il excite contre lui-même la coignée qui hésite encore. Hélas! qu'il eût été plus juste de le faire tomber autrefois, que de le laisser debout contre tout droit et toute loi, pour qu'il renverse ces saints 1 II n'eût pas été maintenu, qu'il

' Le Pape est clairement appelé ici le Vicaire de Jésus- Christ. Ordinairement il était appelé Vicaire de saint Pierre. « Jean, xii, 26. — » Joël, u, U. — * 1 Cor., v, 13. * Allusion à Judas.

ne les eût pas renversés ^ Sans doute ils sont tombés dans leur innocence et pour la justice, et ils sont maintenant dans un état meilleur ; mais on demandera certainement compte de leur sang innocent à ceux qui ont prêté furtivement leur appui à cet arbre si funeste pour l'empêcher de s'abattre. De la terre le sang des sainte crie contre eux, tandis que les âmes de ces sainte sont entre les mains de Dieu à l'abri des persécutions de l'iniquité. Hais ils étaient mes propres entrailles; elles ont été déchirées, et mes discours ne peuvent pas me consoler. Quand bien même d'ailleurs mes paroles pourraient m'apporter quelque secours ou quelque soulagement, la douleur les paralyse , le chagrin les arrête, les sanglote les interrompent. Écoutez cependant, ou plutôt lisez un mot, un dernier mot que je puis encore plutôt écrire que prononcer. Si cet homme reste debout, ô douleur I il est à craindre que sa conservation ne soit votre perte, car .tous les mauvais fruite qu'il continuera de produire, et un mauvais arbre ne peut en donner d'autres *, ne lui seront plus imputés, mais le seront justement, à vous-même.

LETTRE CCLIIL

(Ecrite l'an 1150.)

A l'abbé de prémontré '.

n répond avec tranquillité à mie lettre fort dure qu'il avait reçue des religieux de Prémontré. Il leur rappelle les bienfaits qa*il leur a rendus ; il réfute quelques-uns de leurs grie& et déclare qu'il sera toujours leur ami.

1. J'ai entendu vos plaintes et j'ai tremblé. Vous écrivez, en etTet, contre moi de dur/)s

^ Saint Bernard parle de la mine du monastère de Fontaine en Angleterre, ruine qui fut accomplie par les partisans de Fintras Guillaume. Le moine Serlon raconte éloquemment ce £iit dans son Histoire de ce monastère. (Voyez Mwaiîici anglieaniy 1. 1, p. 747.

« Matth., vir, 18.

s L'abbé de Prémoniré était alors Hugues, autrefois chapelain de l'évéque de Cambrai, devenu ensuite le premier disciple de saint Norbert et son successeur dans le gouvernement de l'ordre. Il est fait de lui un grand éloge, non-seulement dans la Vie de saint Norbert, mais encore dans l'ouvrage de son homonyme, Hugues, chroniqueur de saint Martin d'Auxerre. Le moine Herman de Laon, dans son Histoire dès miracles de sainte Marie, liv. 3, chap. 6, 8 et 10, en parle également d'une bçon très-flatteuse ainsi que de saint Norbert qu'il va jusqu'à mettre au-dessus de saint Bernard, tant parce qu'il était le fondateur de son ordre que parce qu'il avait institué une congrégation de religieuses qui en comptait alors 10,000 .(Voyea DOS notes sur les lettres 35 et 56.) Dans beaucoup de manuscrits à la place de notre lettre sont les lettres 123 et 124, et U nôtre est renvoyée après la lettre 296.

choses ; mais il s'en faut que yotre lettre soit aussi raisonnable qu'elle est terrible. Quel a été mon tort? Est-ce d'avoir toujours aimé vos personnes, d'avoir protégé votre Ordre, de l'avoir propagé partout autant que je l'ai pu ? Si vous n'en croyez pas mes paroles, mes œuvres en font foi. Certes, ma conscience m'assure que j'aurais plutôt eu droit à vos éloges. Hais puisqu'il vous plaît de parler et d'écrire d'une façon tout opposée, j'élèverai la voix pour me défendre par le témoignage des faits. Cela sans doute est pénible. J'aurai l'air de reprocher mes bienfaits, ce qui ne me convient au6unement. Je manquerai à la sagesse, c'est vous qui m'y forcez. A qui de vous ou des vôtres, notre appui a-t-il jamais été nécessaire et a-t-il fait défaut? Et d'abord, ce lieu de Prémontré * dans lequel vous habitez, il a été à nous, et c'est de notre générosité que vous le tenez ; car le frère Guy ', c'est le nom du pre-

1 On discute sttri*élyinologie de Prémontré. Quelques auteurs disent que ce nom vient de ce que cet Institut aurait été divinement inspiré et montré à l'avance par une révélation à son fondateur. Mais ce parait être là une fable. On voit dans la Vie de saint Norbert, chap. 17, que le lieu de la fondation portait déjà ce nom avant lui ; car il est dit que saint Norbert avait cboisi un lien solitaire et désert appelé Prémontré par lesanciens; ce fait est également afûrmé par le moine Herman. Ce que saint Bernard dit, que c'était lui qui avait fait aux religieux de saint Norbert la concession du lieu de Prémontré, parait contredit par les lettres de fondation de Prémontré, faites sous le nom de Barthélémy, évèque de Laon : dans ces lettres, le lieu susdit est indiqué comme ayant appartenu aux moines de Saint-Vincent» et comme concédé ,à saint Norbert par Barthélémy qui le tenait d'Adalbéron, abbé de Saint-Vincent, et de Seifrid, son successeur. Ce fait est rapporté par Herman, livre 3^ des Miracles de tainte Marie de Laon, chap. 4. ' Cependant ce qu^affirme saint Bernard mérite considération. Voici la conciliation: Le monastère de Prémontré ne resta pas dans le lieu pAmilif où saint Norbert Tavait établi. Hugues, saceesseor de Norbert, et auquel notre lettre est adressée, le l^nsporta dans une autre partie de la montagne. Le moine Herman raconte ainsi cette translation : « Hugues voyant que cette petite église (sans doute celle qui avait été donnée par les moines de Saint-Vincent) ne pouvait pas suffire pour contenir une si grande multitude qui, par la grâce de Dieu, s'accroissait de jour en jour, et sachant en outre que le seigneur Norbert avait eu la révélation qu'il Êiudrait construire une église plus grande de l'autre c6té de la montagne, tint conseil avec ses religieux, et les pria d'aller trouver Tévèque Bârthé- ' lemy, père et fondateur du monastère, pour qu'il vînt poser la première pierre de la nouvelle église. » Rien ne s'oppose donc à ce que le premier terrain ait été concédé par les moines de Saint-Vincent, tandis que le Second leur aurait été donné par saint Bernard, qui l'aurait obtenu lui-même de Guy.

* Nous lisons dans l'histoire de Vie, près de Valence, qui se trouve au tome xii du Spici/ége, p. 534, que Wido ou Guy, originaire de la Bretagne et prêtre, après avoir cédé sa solitude de Prémontré, s'était retiré à Vie où il avait jeté les fondements d'an monastère qu'il soumit à Walter, abbé de Saint-Martin, près de Laon.

mier habitant du lieu, nous l'avait donné par l'intermédiaire de l'évêque. Ensuite, c'est surtout grâce à nos soins que les religieux de Beaulieu * se sont associés à vous. Le roi Baudouin, quand il vivait encore, nous a donné à Jérusalem le lieu de Saint-Samuel * et millq écus d'or pour y bâtir; vous occupez le lieu et vous avez reçu l'argent que nous vous avons donnés. Beaucoupde personnes savent combien d'efforts j'ai faits pour vous obtenir l'église de Saint-Paul • auprès de Verdun et vous savez vous-même comment j'ai réussi. Si vous ne le reconnaissez pas, nos lettres au pape Innocent, d'heureuse mémoire, existent encore et sont des juges fidèles et comme des témoins vivante de cette affaire. Nous avons concédé aux religieux de Sept-Fontaines ♦ le lieu qu'ils ont habité d'abord et qui se nommait Francevals. 2. Quel est de tous ces points celui qui vous donne l'envie de rompre avec vos amis? Est-ce afin de nous rendre le mal pour le bien, que vous nous menacez de briser le traité *, de renoncer à la paix, d'abandonner toute relation, de déchirer notre alliance? Mais soit, ce n'est pas pour mes bonnes actions que vous me jetez la pierre, c'est pour l'injure que je tous ai faite, en accueillant le frère Robert qui était de votre Ordres et en lui remettant l'habit monastique. Je ne le nie pas, il est chez nous, mais je croyais vous avoir donné à ce sujet toute satisfaction en vous exposant de vive voix sincèrement, et cela plus d'une fois, les raisons, les circonstances, la nécessité de cette réception. Puisque vous n'êtes pas encore

* Beaulieu de Tordre de Prémontré dans le diocèse de Troycs. Les religieux de Prémontré y succédèrent en 1140, à des chanoines réguliers. La lettre 407 est adressée à Odon, abbé de ce lieu.

« Geoflroy, au livre m de la Vie de saint Bernard, n? 22, s'exprime ainsi au siiyet de ce lieu: « Enfin, saint Bernard comme une yigne très-féconde étendit partout ses rejetons, excepté sur la terre de Jérusalem où il ne consentit pas, bien qu'un lieu lui eût été préparé par le roi, à envoyer ses religieux, à cause des expéditions des infidèles et des rigueurs du climat. » Comparez la lettre 175 au Patriarche de Jérusalem, qui lui ofihtit ce lieu, et la lettre 355 par laquelle il recommande à la reine de Jérusalem les religieux de Prémontré.

* Voyez sur le monastère de Saint-Paul la note de la leître

« Sept-Fontaines, près de Mont-Clair, dans le diocèse de Langres.

» Manriquez parle de ce traité passé l'an 1142, entre les religieux de Citeaux et ceux de Prémontré, dans un but de p^iix. Il devait y avoir au moins deux lieues d'intervalle entre les monastères des deux ordres, au moins une lieue entre leuis granges ou fermes. C'est pour cela que saint Bernard dit que la maison de Basse-Fonts avait été construite en dehors des limites convenues. Cette maison avait été fondée en lU;!, dans le diocèse de Troyes.

LETTRES DE SAIWT BERNARB.

apaisé et que vous aimez à reyenir surce dont je m'étais justifié, je n'hésiterai point à tous répéter ce que je vous ai déjà répondu.

3. Je n'ai jamais sollicité en aucune façon le frère Robert à sortir de chez vous ; tout au contraire il le désirait depuis plusieurs années, et je l'ai retenu non pas une fois, mais souvent. Comment enfin pouvez-vous me soupçonner de vous avoir enlevé ce religieux, quand c'est par mes conseils et mes exhortations que vous avez maître Olhon ? Si vous ne le savez pas, interrogez-le ; autant que je puis le connaître, il ne le niera pas. Je pourrais peut-être vous en citer encore beaucoup d'autres, venus ou rentrés chez vous, et que vous n'auriez pas aujourd'hui, si. nous ne les avions engagés ou contraints à être des vôtres. Je m'arrête, non que la matière me manque, mais, riche' de preuves, je ménage votre confusion. Moi-même j'ai trouvé dans vos cloîtres des religieux qui, touchés de componction et convertis en entendant notre prédication, s'étaient décidés à venir chez nous ; puis, sollicités par les vôtres, ils avaient reculé et avaient été accueillis et retenus dans votre Ordre et sous votre habit. Mais ensuite, tourmentés par leur conscience, ils voulaient en sortir ; et ils en seraient sortis, je croîs, s'ils n'eussent été affermis, non-seulement par notre consentement, mais encore par nos conseils.

A. A présent, puisque vous voulez l'entendre une seconde fois, écoutez de quelle façon j'ai reçu à la fin le frère Robert. Le seigneur Pape me l'a ordonné, sur ses sollicitations et sur celles de ses amis. Le Pape ajoutait qu'il avait obtenu par une prière, afin qu'on ne dise pas qu'il l'avait arraché par un ordre,votre consentement et celui de l'abbé. Vous le niez, que nous importe, cela le regarde. S'il vous plaît d'accuser de mensonge le saint et Souverain Pontife, excusez nous; mais pour nous, nous considérons comme un crime de ne pas ajouter foi à une sainteté si grande et de ne pas obéir à une telle majesté. Au surplus, le vénérable abbé Godescale, qui est des vôtres, et qui vous avait été envoyé par le seigneur Pape pour cette affaire, n'a certainement pas nié qu'il ait remporté de chez vous la liberté de ce religieux et votre consentement spontané à ses désirs.

5. Il n'y a pas non plus de quoi nous attaquer au sujet du frère Fromond *, puisque je ne l'ai pas reçu sans le libre consentement de son abbé. Votre lettre si amère montre même que vous le saviez; car vous nous repro-

^ Il est question de lai dans la lettre 14.

chez seulement de n*avoir pa« attendu te coosentement du chapitre, comme si cda avait été exigé par nos mutuelles conventîoiiSr ou que l'émancipation d'un religieux regardât le chapitre et non pas plutôt seulement son ahbé.

6. Vous ajoutez encore que noiis avons abattu une nmison appartenant à vos (rèresde Basse- Fonts, quoiqu'elle fût en dehors des limites que nous avons fixées. Mais plût à Dieu cpi'avant de nous accuser, vous eussiez demandé à ces frères, non-seulement qui avait renversé Ir maison, mais encore pour quelle cause elle avait été détruite. Us ne vous auraient pos caché la vérité de cette aflkire, nous en avons l'assurance. Apprenez-la de nous en ce moment et vous les interrogerez ensuite, si cela vous platt. Ils avaient commencé, pour établir quelques-unes de leurs sœurs, à bâtir en ce lieu, loin de leur abbaye, mais dans le voisinage de deux granges de notre maison et près des pâturages de nos moutons. Nous les avoos priés, comme étant leurs amis et comme ne leur ayant peut-être pas été inutile, de ne pas préparer pour nos religieux et pour les leurs un germe de scandale et un principe de division qui passerait à nos successeurs. Us n'en ont pas moins continué à construire. Voilà queUe a été toute notre violence, et voilà comment nous avons abattu cette maison. Si prier, c'est faire violence, nous sommes inexcusables.

7. A la vérité l'évéque, il ne faut pas le nier, s'est indigné de ce qu'ils eussent osé sans le consulter, non-seulement élever un oratoire dans son évéché, mais encore construire une maison sur le domaine de son égUse et sur la terre de son fief ; il a voulu interrompre l'ouvrage commencé, mais en vain, car sa défense ne les a pas arrêtés. Plus tard, comme je passais par ce pays, le religieux qui était alors abbé de Basse-Fonts, vint au-devant de moi et m'apprit qu'ils avaient interrompu la construction. Mais ils l'avaient interrompue, comme je l'ai vu d'après son récit, moins à cause de nous, qu'à cause de ce chevalier qui, sous prétexte de leur avoir donné la terre, les tourmentait sur plusieurs points, en sorte qu'Us se plaignaient beaucoup de lui. Quand ils auraient cessé volontairement et par seule charité pour nous, cela n'eût point été déplacé pour leur piété et ce n'est peut-être pas sans titre que nous aurions obtenu d'eux ce service. Je m'é-l tonne qu'une discussion ait pu naître de là, puisque cet abbé est mort, plein, si je ne me trompe, de bonne volonté et de dévouement pour nous, et que celui qui lui a succédé vient

iomrent let Camilièremeiit nous troorer dans fes besoins, sans nous aToir jamais fait mention de cette plainte. Enfin, ayant été moi-même reça pins tard arec beaucoup de bieuTeillance dans cette maison, je n'en ai rien entendu dire, ni par l'abbé, ni par aucun autre. Cet abbé a été depuis arec tous à Clainraux, et tout récemment à Bar, où allait se tenir Totre chapitre, c'est de là que nous sont Tenues ces calomnies ; or, je ne me souviens pas que, ni en ce lieu, ni en aucun autre, ni tous, ni personne, m'ayez fait la plus légère allusion à ce sujet.

8. Vous TOUS plaignez encore qu'un frère conTers d'Igny ait incendié une petite maison appartenant à tos frères de Braines; mais quelle maison 1 Ce n'était qu'un abri de branchages où se tenait le religieux chargé de garder les moissons qui étaient encore sur pied dans les champs. Ainsi que nous l'aTons appris par un rapport fidèle, le feu n'y a pas été mis par malice, mais parce que cette cabane occupait un espace situé dans les terres des religieux d'Igny et qu'il fallait cultiver. Enfin on l'a éraluée à peine à un écu et, si je ne me trompe, on a si bien indemnisé à ce sujet l'abbé de Braines S qu'il n'a pas élevé de plainte etn'a eu aucune raison d'en élcTer. Au surplus, si cela n'est pas, dès que tous nous l'aurez fait sa- Toir, nous sommes prêt à tous donner toute satisfaction. Il en est de même de Tabbé de Longpont ' ; dès que nous avons appris Totre plainte fondée sur ce qu'il Toulait bâtir en dedans de TOS limites, nous l'en aTons empêché et nous croyons qu'il s'est arrêté. S'il en est autrement, il le fera, dès que nous saurons que cela n'a pas encore eu lieu.

0. Vous TOUS plaignez par dessus tout que notre abbé de Viiliers ' ait fait interdire l'église de Saini-Foillan * qui est de Totre Ordre, mais il serait plus juste de tous irriter contre l'incroyable obstination de Totre confrère et abbé, au sujet de cette maison deSaint-Foillan, que

t Brene ou Brane, petite ville sur TAisne, à quatre lieoes au-dessas de Soissoos. Là était une célèbre abbaye de Prémontré coneacrée à saint Ëvode. Non loin de cette abbaye était celle d'Igny de l'ordre de Citeaoz dans le diocèse de Reims. L'abbé d'Igny était Ilumbert à qui est adressée la

lettre 141.

s L'abbaye de Longpont, de Tordre de Clteauz était à deux lieues de Soissons.

* Viiliers était situé dans le diocèse de Namur, en Brabant. C'était également une abbaye de l'ordre de Citeaux.

* Saint-Foillan, monastère de l'ordre de Prémontré, près de Roye dans le Hainaut. Saint Foillan était un Irlandais qui soudait Ih le martyre.

contre la très-équitable sérérité du SouTcrain- Pontife. J'ai appris, en effet, que l'animosité de ce même abbé est TiTcment désapprouTée par un grand nombre des TÔtres, et U serait bien surprenant qu'elle ne le fût pas par tous. Cest pourquoi, je tous le dis, indignez-Tous contre lui, car c'est lui qui, par sa cupidité ou par son obstination, a fait interdire à tos frères les offices diTins. Cette affaire est longue, et il serait difficile d'énumérer tous ces artifices dans une courte lettre ; cependant je raconterai, aussi laconiquement que possible, la cause de l'interdit. Après deux traités d'acconunodement ou plus, après une sentence définitiTC rendue par TOS abbés et par les nôtres, conformément à l'ordre de Totre chapitre, on est allé à la fin trouTer TéTêque de Cambrai au diocèse duquel appartient l'église de Saint-Foillan. L'éirêque, Toyant que l'abbé, s'obstinant dans sa résolution, Tiolait tous les traités, a TOulu,conmie il le dit, le contraindre par une sentence ecclésiastique. Celui-ci. pour gagner du temps, en a appelé au SouTcrain Pontife. On est arrivé de- Tant le Pape. Ce dernier ayant reconnu d'une façon indubitable et par le témoignage de tos abbés et par celui des autres religieux, que l'abbé de Saint-Foillan, non-seulement Tiolait les conTentions, mais résistait même au jugement, fit interdire son église jusqu'à ce qu'il eût donné satisfaction. Enfin cet abbé et Tous-méme, TOUS aTez eu recours à nous, au seigneur de Citeaux et à moi, et par tos instantes prières, TOUS avez obtenu, en présence même de l'é- Têque qui avait reçu ordre de promulguer la sentence d'interdit, qu'on chercherait encore quelque moyen d'accommodement. En l'absence de l'abbé de Viiliers, l'arrangement fut discuté et l'évêque promit que, si l'abbé de Saint-Foillan s'y conformait, l'interdit serait retiré. Mais cet abbé, dès qu'il se fut éloigné, ne tint pas sa promesse ; la maison dont le jugement et les conventions avaient arrêté la destruction et qui, après avoir été une première fois détruite, avait été rebâtie malgré jugement et conventions, cette maison, dis-je, n'a pas cessé d'être occupée par lui ; il l'occupe encore et il en a en outre bâti une autre. Pourquoi donc l'évêque n'aurait-il pas exécuté l'ordre qu'il avait reçu du Saint-Siège de promulguer la sentence d'interdit, surtout en présence de ces prévarications multipliées ? Pour moi cependant, espérant vaincre à la fin le mal par le bien, j'ai fait retarder cette sentence jusqu'à l'octave de l'Epiphanie, pour Toir si cet homme ne ferait pas quelque réflexion et ne se déci-

derait pas, soit à exécuter la lettre du jugement, soit à se conformer à quelque arrangement. Puisse-t-il en être ainsi ! et fasse le Dieu de paix que notre paix s'arrête sur lui I

10. Puisque les choses sont ainsi, tous n'avez donc aucun sujet de tous plaindre de nous, et, selon les apparences, nous pourrions nous plaindre de tous à plus juste titre. Il vous reste à aimer ceux qui vous aiment et surtout à vous appliquer à conserver l'unité de l'esprit dans le lien de la paix ; dans ce lien, dis-je, que l'intérêt de la paix et de la charité a consolidé entre nous pour notre utilité et non moins peutêtre pour la vôtre. 11 ne vous serait pas utile, il ne vous serait même pas permis, je crois, d'entreprendre de le rompre, car lorsqu'une cause est commune à plusieurs personnes, la faute de l'une d'elles ne devrait pas nuire à cette cause, et il en est ainsi dans la situation présente, quand bien même ce que vous dites contre nous serait vrai. J'ai résolu, quoi que vous fassiez, de vous aimer toigours, même si vous ne m'aimez pas. Que celui qui veut rompre avec mon amitié cherche pour cela des prétextes, je m'applique et je m'appliquerai à ne donner à aucun de mes amis de juste cause de rupture avec moi et à n'en point chercher dans les autres, car cela n'est bon que pour une amitié indifférente ou feinte. Comme d'après le prophète, le ciment est unechoseexcellente \vous pourrez vous dégager ou plutôt vous arracher de ces liens qui nous unissent, mais non pas m'en arracher moi-même. Je m'attacherai à vous malgré vous, je m'y attacherai malgré moimême ; je m'y suis uni autrefois par un lien solide, par une charité sincère, par cette charité qui ne périt jamais. Quand vous vous troubleriez, je demeurerais clans la paix; je céderais même à votre colère pour ne pas céder au démon. On m'accablera d'injures, j'accablerai de services ; je vous donnerai malgré vous, je multiplierai mes bienfaits devant votre ingratitude, je vous honorerai jusque dans vos mépris envers moi. Et maintenant mon âme est triste de vous avoir blessé par quelque cause que ce soit et elle sera triste jusqu'à ce que votre pardon Tait consolée. Si vous tardez, j'irai, je me coucherai à votre porte, je frapperai, j'insisterai à temps et à contre-temps jusqu'à ce que je mérite ou que j'arrache votre bénédiction. Plus de la moitié de l'hiver est déjà passée et j'attends encore ma tunique * dont j'ai été privé jusqu'ici.

1 Isa!e, ZLI, 7.

* Expression symbolique poar exprimer la cbarité.

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