AU SEIGNEUR PAPE EUGÈNE, POUR LES FRÈRES DE
MIRATORIUM ^
lia travaillé à arranger le différend, mais en vain, etilfint recourir à l'autorité apostolique.
Nous sommes allé trouver à Cluny les religieux de Gigny dans l'espoir d'un accommodement ; nous y avons beaucoup travaillé, nous n'avons rien obtenu. Après quatre jours d'efforts,toute notre espérance s esttrouvée ruinée. On a demandé, suivant la teneurde votre lettre, la réparation du dommage et la restitution des choses qui avaient été prises; mais inutilement. La demande leur a paru considérable, parce que le préjudice l'avait été. Le compte des choses perdues s'élevait à plus de trente mille sols; une abbaye tout entière, pour ne pas entrer dans le détail, a été détruite. Du reste,nous étions disposé à remettre une partie considérable de la perte, mais ce qu'ils ont offert était si minime, que le vénérable abbé de Cluny qui a travaillé avec plus d'affection que de succès à rétablir la paix, n'a pas jugé convenable d'en faire la proposition. Ainsi l'arrangement n'a pas eu lieu, tant était ridicule la réparation qu'ils offraient. Ils disaient en effet : si quelques-uns des nôtres par méctianceté ont fait tout le mal, en quoi cela nous regarde-t-il?
^ Cette lettre fut écrite pour les religieux de Miratorium contre les religieux de Gigny. Le pape Innocent ayant accordé aux Cisterciens Texemption des dîmes, ce privilège exaspéra les religieux de Cluny,. et suscita particulièrement dans le monastère Clunicien de Gigny une grande irritation contre leurs voisins de Miratorium, Cisterciens, dans le comté de Bourgogne et la province de Lyon. L'effervescence alla au point que des religieux de Gigny se rendirent à Miratorium et ruinèrent Tabbaye.Le pape Eugène ayant appris cet événement, écrivit une lettre très- vive à Pierre le Vénérable pour que le dommage causé aux Cisterciens fût immédiatement réparé, et il conûa à l'archevêque de Lyon, la mission de recourir aux censures de l'Eglise, si l'aiïaire n'était pas arrangée dans les vingt jours. Manrique a publié ces lettres dans l'appendice du lom. ii, des Annales. Saint Bernard et Pierre le Vénérable se réunirent à cet effet à Cluny, discutèrent pendant quatre jours et évaluèrent le dommage au-delà de trente mille sols. Mais les religieux de Cluny tardant à donner satisfaction, saint Bernard écrivit notre lettre pour se plaindre. Après la mort de saint Bernard, l'affaire fut arrangée entre les religieux des deux monastères l'an 1155. Nous ne savons pas quelle fut la satisfaction donnée par les moines de Cluny, mais nous savons d'après Manrique que Pierre le Vénérable se montra extrêmement généreux envers les Gis* terciens.
c'est leur affaire. Mais ce raisonnement est ridicule. Il est évident dans tout le pays, que ce grand crime a été accompli par des gens de l'Église, que quelques moines y ont assisté, que tous l'ont approuvé. Nous n'avons pas appris jusqu'à présent qu'il s'en fût trouvé un seul pour résisteraux malfaiteurs. Enûnle seigneur abbé lui-même réfutait ouvertement et condamnait leurs tergiversations en affirmant qu'il était juste de redemander à leur église ce qui avait été certainement perdu par la faute de leur église. On attend que vous mettiez la dernière main à cette affaire, car il n'est que trop démontré qu'il n'y a qu'un bras puissant qui soit capable de l'arranger.