CHAPITRE QUATRIÈME
Expédition de Lolhaire en Italie. — Saint Bernard rend la paix aux républiques italiennes et réconcilie
les Hohenstauffen avec Lothaire. — Concile de Pise.
La disposition des esprits en Allemagne était loin de justifier les promesses trop pompeuses de Lothaire. De tous côtés surgissaient des obstacles à la campagne d'Italie ; et les embarras étaient tels, que plus d'une fois Lothaire dut renoncer à ses projets ou les ajourner à d'autres temps. Il avait à combattre à la fois l'inertie des grands vassaux de l'Empire, peu disposés à lui prêter leurs armes, et les griefs personnels qu'il nourrissait secrètement contre le Pontife ro-. main. Son élévation au trône était due sans doute aux suffrages des princes séculiers; mais il n'avait point conquis leur estime ; et, quand il réclama leur concours pour la pacification de l'Italie, tous, enfermés dans leurs villes, et mécontents de la décadence de l'Empire germanique, désapprouvèrent une entreprise qu'ils regardaient comme inopportune et audessus des forces de Lothaire.
c la nfuation des églises et des populations, et donnaient, par « lenr présence, plus de poids et d'autorité aux synodes appelés « à remédier aux maux. » (Feand., Bem, und Zeitaiier, p. 107, note 12,)
L'abbé Fleury, au contraire, dans son Histoire ecclésiastique^ ▼ol. XIV, liv. LXVIil, p. 425, ne craint pas d'énoncer cette mesquine proposition, à propos des voyages d'Innocent 11 : « Le « Pape continua de visiter les églises de France, suppléant à c ses besoins de leur abondance; ce qui leur fut une grande « charge. » Je voudrais lui répondre avec Jésus-Christ : « Pauperes semper babetis vobiscum ; me autem non semper habetis. » (Joan., lUi, 8.)
Ce sont les petites hostilités de ce genre contre les Papes, dont fourmille l'Histoire de Fleury, qui en rendent la lecture si loude et si peu édifiante.
TOMB L
Le plus redoutable de ces princes, Frédéric de Hohenstauffen, frère du même Conrad qui s'était fait couronner roi d'Italie, avait pris une attitude menaçante, à la suite des rigueurs dont il avait été l'objet, et il ne semblait désirer le départ de Lothaire que pour rallier autour de lui ses nombreux partisans.
Cependant, malgré tant de difficultés, Lo^ thaire persista dans sa résolution. II comprit que le prestige de la couronne impériale pouvait seul relever en Allemagne son autorité chancelante, et légitimer aux yeux des princes eux-mêmes la majesté du trône. Or cette couronne, il avait besoin de la recevoir à Rome, de la main du Pape. II poursuivit donc son plan ; et se confiant aux dictées de sa politique, il s'exposa aux chances d'une expédition périlleuse, mais nécessaire.
Ce fut avec des efforts inouïs qu'à défaut du contingent de ses vassaux, il parvint à rassembler une petite armée de quinze cents à deux mille hommes *. Encore son départ s'annonçat-il sous de fâcheux auspices ; car, à peine arrivé dans la ville d'Augsbourg, qui était dévouée à la cause des Hohenstauffen, les bourgeois accueillirent avec mépris les troupes royales. De sanglantes querelles s'ensuivirent, et bientôt cette antique cité devint presque tout
> Plusieurs chroniqueurs, en parlant de cette armée, emploient les mots de parvo exercitu ou manu non magna ; un seul d'entre eux rapporte imyeratorem rtoera duo tantum miiiia iniiitutn secum duxisse, (Voy. Chron. Beneventani ad ann. 1133.)
entière la proie des flammes ^ Lothaire se hâta de quitter avec ses troupes la ville embrasée, et continua sa marche, nonobstant les nouveaux embarras que cette catastrophe lui avait suscités.
Sur ces longues entrefaites, Innocent II et saint Bernard s'étaient rendus, de leur côté, en Italie, où ils attendaient, selon qu'il avait été convenu, l'armée qui devait leur ouvrir le chemin de Rome. Us n'étaient pas restés inactifs dans ces malheureuses contrées depuis si longtemps en butte aux agitations du schisme et de l'anarchie. Leur arrivée soudaine, jointe à la nouvelle de l'expédition de Lothaire, fit une salutaire impression sur les Italiens ; et, tandis que les adhérents de Conrad et d'Anaclet se maintenaient dans une réserve prudente, pour attendre, sans se compromettre, l'issue des événements, ceux d'Innocent et de Lothaire reprirent courage et ranimèrent l'espérance au cœur des fidèles*.
Cet état de choses semblait providentiellement amené pour faciliter le rétablissement de l'union catholique. Bernard fut l'instrument dont Dieu se servit pour accomplir ce grand ouvrage. Dans les principales villes de la haute Italie où il séjourna successivement, il prêcha la paix et s'etTorça de réconcilier les peuples divisés et irrités les uns contre les autres. Pise et Gènes se signalaient principalement par leur implacable inimitié. Aux rivalités anciennes de ces deux puissances maritimes s'étaient ajoutés de nouveaux ressentiments; et presque chaque jour elles s'attaquaient à l'improvisle avec le fer et le feu , ne respectant aucun droit de la guerre, n'épargnant ni les prisonniers ni les propriétés. Milan, Pavie, Crémone, Plaisance, la plupart des villes de la Lombardie, subissaient les funestes ravages des guerres civiles, envenimées par les dissensions religieuses.
Le saint abbé de Clairvaux apparaît, par Tordre du Pontife, au milieu de ces champs de bataille. Il annonce la paix au sein de la guerre ; et sa parole, comme un rayon de lumière, dissipe les nuages les plus ténébreux. A sa voix, les Génois, encore ivres de leurs succès, déposent les armes, afTranchissent leurs esclaves, délivrent les prisonniers, et acceptent un concordat dont saint Bernard dicte les con-
1 Annal.j ann. 1132. — CWitas fere tota cooflagravit, et muUi tam gladiis quam flammis perierunt.
* Murator il annal. fiià. ann. 1132, 1133. Cet annaliste donne les détails les plus circonstanciés des campagnes de Lothaire en Italie, et de la situation des difféients partis. (Voy. t. Vf, p. 437, 448.)
ditions. Pise, nonmoinstouchéedesprédications du serviteur de Dieu, renonce aux représailles et se prête à tous les engagements d'une réconciliation sincère. D'autres villes suivent ces généreux exemples; et, sur les pas de saint Bernard, se réalisent merveilleusement les paroles du prophète Isaïe : Les vallées se cornblent, les montagnes s'abaissent, les voies s'aplanissent, les chemins tortueux s'alignent et se redressent.
L'homme de Dieu avait gagné le cœur de ces peuples; et de tous, il ne voulait faire qu'un seul cœur. Telle était sa constante pensée; dans ses missions, comme dans ses écrits, quel qu'en fût l'objet, il ne songeait qu'à unir les chrétiens par les liens vivants de la charité; appliquant autant que possible, aux relations civiles et politiques des peuples, les lois de l'Évangile sous lesquelles fleurissaient les communautés monacales.
La charité ! ce mot était le texte intarissable de ses discours; et par la divine magie de ce mot évangélique, il apaisait les colères et cimentait la paix. Les populations se montraient aussi avides de l'entendre qu'il était lui-même pressé de les instruire. Son zèle semblait inaccessible à la fatigue; il ne prenait point de repos; le matin, le soir, et jusque bien avant dans la nuit, sans cesse appliqué à la prédication ou absorbé par des conférences particulières, il se faisait tout à tous, comme l'Apôtre; et tous se donnaient à lui.
Les fruits de cette mission pacifique dépassèrent ce qu'on pourrait en dire. L'admiration qu'il excita parmi les Génois fut telle, que l'archevêque lui-même offrit de se démettre de sa charge pour léguer son siège à saint Bernard; mais l'humble moine ne se laissa fléchir ni par les vœux du peuple ni par les instances du pasteur *. Rien ne sera plus capable de faire apprécier les grâces étonnantes qui transformèrent ces républiques turbulentes, que les témoignages du Saint lui-même, recueillis dans les lettres qu'il écrivit à cette époque.
a Aux consuls, aux magistrats, aux citoyens « de la ville de Gênes.
a Oh I que de consolations j'ai goûtées, leur a dit-il, dans le peu de temps que j'ai demeuré a parmi vousl Peuple fidèle, jamais je ne t'ou- « Mierai * ! Je vous annonçai la parole divine,
^ C^était la seconde fois qu'il refusait rarchcvècbé de Gènes (Voy. Hist. de Cit., vol. HI, liv. IV, ch. viir, p. 357.)
* L'aficction des Génois pour saint Bernard s'est transmise d'âge en âge. Cette belle parole : Peuple fidèle, fumais ;e ne t'o'iblierui, est restée gravée dans leur mémoirr, et s'esi
VIE POUTIQUE.
< et le matiii et le soir vous accouriez pour « l'entendre. J'apportai la paix, et, comme vous a êtes des enfants de paix, la paix s'est reposée « sur TOUS. Je répandais la semence ; et, comme a cette semence est tombée sur une bonne terre, a elle a produit jusqu'au centuple. J'avais peu a de temps, parce que j'étais pressé; mais je a n'ai trouvé ni entraves, ni reiardements. J'ai « eu le bonheur de semer et de moissonner a presque en un même jour; et, pour fruit de o mon travail, je rapporteauxexilésl'espérance, « aux esclaves la liberté, aux ennemis la ter- « reur, aux scbismatiques la confusion , la « gloire à l'Église et la joie aux chrétiens!..» a Que mereste-t-il maintenant, mes bien^imés, a sinon à vous exhorter à la persévérance ? a Cette vertu couronne les autres vertus et ca- « ractérise les héros. Sans elle, le guerrier ne a triomphe point; avec elle, il grandit et rem* a porte la victoire. Elle est sœur de la patience, a et fille de la magnanimité; elle est l'amie de a la paix, la compagne des saintes affections, le « lien de la concorde, le gage et le sceau de la a perfection. En un mot, pour avoir part au a salut, c'est peu de commencer, il faut con* a tinuer, il faut achever, il faut persévérer «jusqu'à la fin M... »
Il répond à Pierre, évêque de Pavie, qui l'avait comblé de louanges :
a Le fruit de la bonne semence qu'on sème a dans une bonne terre appartient à Celui qui « fournit la semence, qui rend la terre féconde, « qui fait croître l'épi et mûrir le fruit. Dans « tout cela, qu'y a-t*il que je puisse m'attri- « buer? Malheur à moi, si j'usurpe la gloire de a Jésus-Christ 1 C'est Lui, et non pas moi, qui a change les cœurs. La beauté d'une écriture « n'est pas l'ouvrage de la plume, mais de la « main qui la conduit. Tout ce que je dois « avouer, c'est que ma langue a servi de plume a à un habile écrivain. . . J'ai ouvert ma bouche ; € mais vous, digne prélat, vous avez ouvert û votre cœur; et, puisque vous avez travaillé
Térifiée dans la suite des temps. L'annaliste de Citeanx (p. 241, B. 6) rapporte qu'en 1625, époque où vivait cet écrivain, la répiÀlique de Gênes fat ravagée par le duc de Savoie, et la ville était sur le point d^ètre prise d'assaut. Dans cette extrémité, les habitants, se rappelant la promesse de saint Bernard, loi firent un voen solennel; et leor confiance ne fiit point déçue. La veille même de 8afètc,une flotte espagnole vint inopinément les délivrer, et sauva la République. C'est pour reconnaître une si visible intervention que Gènes se plaça sous le patronage de aiiit Bernard, et lui voua un culte filial qui s'est perpétué jusqu'à nos jours.
1 Op. S. Bem., in Hab., epist. cxxiXf
a plus et mieux que moi, votre récompense a sera plus grande *. »
11 écrit à Innocent 11 pour lui rendre compte des succès de sa mission en Italie ; et cette lettre, comme les précédentes, exhale le parfum délicat de la vraie humilité.
a Une adversité sans relâche, lui dit-il, nous a jetterait dans l'abattement; une prospérité a toujours égale nous enflerait d'orgueil. Aussi c( la Sagesse divine a bien réglé toutes choses : a elle a fait de notre vie une alternative contia nuelle de biens et de maux; en sorte que les a maux, au lieu de nous abattre, servent à nous « faire apprécier les biens qui succèdent; et les a biensqu'on espèreadoucissentles maux qu*on a subit. Rendons grâces à Dieu d'avoir essuyé a nos larmes et versé de l'huile sur nos plaies * ... a
Nous abrégeons à regret la correspondance précieuse qui contient les documents de cette phase de la vie de notre Saint. Ses travaux apostoliques en Lombardie renversèrent, mieux que ne l'eût fait une nombreuse armée, les obstacles qui arrêtaient Lothairc de l'autre côté des Alpes. Ce ne fut qu'au printemps de l'année 1133 que les troupes germaniques débouchèrent en Italie, étonnées de ne trouver presque plus d'ennemis à combattre.
Néanmoins, l'exiguïté de cette armée contrastait à un tel point avec la grandeur de l'entreprise, qu'elle excita la risée des Italiens; et, bien que les partis se tinssent dans une prudenteinaction,nulneprésageaitle triomphe de Lothaire. Bernard lui-même faillit manquer de confiance. Pendant qu'on délibérait sur les moyens de mener la campagne à terme, il écrivit au roi d'Angleterre pour lui recommander la cause d'Innocent II, et le conjurer d'envoyer des renforts.
Sa lettre est courte, mais énergique :
a Je viens vous dire tout simplement que a nous sommes aux portes de Rome, et sur le (c point d'y entrer. La justice est pour nous; « mais cette justice, vous le savez, n'est pas du <c goût de tout le monde. Sans doute, nous « avons Dieu qui combat avec nous, et déjà a nos troupes font trembler nos ennemis; mais « il nous faut des secours pour subsister. Je a n'en dirai pas davantage pour vous prier de «compléter votre ouvrage et d'affermir le « Pontife auquel vous avez témoigné tant « d'honneur et de respect •. »
* s. Bernard, epist. cxxxv. — • S Bernard, epist cxxxvi. » Epist. cxxxviii. — Cette lettre fut adressée à Henri !«', roi d'Angleterre et duc dç Normandie, (ils de Guillaume le Coq-
il6
Heureusement la pacification des principales yilles de la Haute-Italie avait aplani les voies. Il n'y avait plus que Roger, le nouveau roi de Sicile, quipouvaitinspirer descraintessérieuscs à Lothaire. Ces craintes s'évanouirent à leur tour, et la démarche faite auprès du roi d'Angleterre devint inutile.
Roger, qui non-seulement avait pris la couronne de la Sicile, mais qui s'intitulait encore roi d'Italie *, avait à se défendre contre trop d'ennemis personnels pour songer, en cette circonstance, à tenir ses engagements avec l'antipape. De plus, la royauté dont se décorait la maison Normande blessait au vif les maisons princières d'Italie; et leur mécontentement, attisé par la conduite brutale de Roger luimême, soulevait contre lui de formidables adversaires. Il avait maintes fois employé ses forces à étendre son autorité en Italie; mais, à la suite d'un échec, il fut contraint de s'en retourner en Sicile pour réparer ses pertes.
Cette occurrence, si favorable à la cause du Saint-Siège, permit à Lothaire de continuer sa marche, et il vint camper près des portes de Rome. Les Romains, frappés de stupeur et destitués de secours, ne purent songer à se défendre. Dans leur perplexité, ils écoutèrent les conseils de la prudence, qui leur conimandait de gagner du temps et d'entrer en accommodement. A cet effet, ils envoyèrent à Lothaire des négociateurs pacifiques chargés de lui offrir l'entrée de leur ville.
C'était tout ce que Lothaire demandait. Il n'avait pas la prétention, avec une poignée de soldats, de demeurer maître de Rome ; il ne portait pas non plus à Innocentun intérêt assez consciencieux pour l'y rétablir d'une manière solide. Ce qui lui importait, c'était la couronne impériale ; et cette couronne, il l'obtint.
Le 29 août de l'année 1133 ', Lothaire entra dans Rome sans nulle opposition. Il concentra ses troupes sur le mont Aventin, tandis que le Pape prit sa demeure au palais de Latran. Les républiques de Pise et de Gênes lui envoyèrent quelques auxiliaires par mer ; et Rome resta spectatrice tranquille de cette insolite invasion.
quérant. Henri, malgré son attachement sincère au pape Innocent, ne se troava pas en mesure de lui envoyer des troupes.
^ Dès son couronnement, Roger avait mis sur tous ses actes les titres de Rogerius Dei gracia Siciliœ et Itaiiœ Rex.
' Cette date ne coïncide pas avec celle que donne Otton de Frisingen. Il faudrait, d'après cet liistorien, la fixer à la fin du mois de mai. L'erreur est peut-être du fait d'un copiste ; car U y a plusieurs divergences sur ce point chronologique, tandis qu'il n'y en a aucune dans les diverses relations des bislorieoa foncernaal les *^ilt9 eux-mêmes.
Quant à l'antipape, il ne s'était point exposé aux hasards d'une résistance. Retiré dans la forteresse de Saint-Ange avec ses affldés, et maître du quartier de Saint-Pierre, qu'il avait entouré de fortifications et de barricades, il se tenait retranché dans la tour, sans rien entreprendre contre un ennemi d'ailleurs trop faible pour l'attaquer.
Cependant, à cause de ces entraves, le couronnement ne put avoir lieu dans la basilique du Prince des apôtres. Ce fut dans l'antique et auguste métropole de Saint-Jean de Latran que s'efiTectua cette cérémonie si laborieusement recherchée, si visiblement favorisée par la Providence *. Elle se fit sans appareil; mais, une fois accomplie, elle changea la situation de l'Église et de l'Empire.
En effet, par cet acte solennel, les deux
puissances se trouvèrentdenouveauconsolidées à la face du monde. Le Pontife, en posant la couronne sur la tête de Lothaire, consacrait sa prééminence et ses propres prérogatives, par celles qu'il conférait à l'Empereur; et celui-ci, en reparaissant sur le trône germanique avec la double sanction de la religion et de la victoire, rendait à l'Empire son appui, sa force et sa splendeur.
Anaclet comprit toute l'étendue de la défaite qu'il venait d'éprouver. U manifesta l'intention d'entrer en négociation avec l'EiApereur; et celui-ci, d'accord avec le Pape, lui députa saint Bernard et l'archevêque saint Norbert *. Mais ces deux serviteurs de Dieu trouvèrent l'antipape si profondément endurci dans son orgueil, qu'ils ne crurent pas devoir continuer les tentatives de conciliation.
« Lesschismatiques, sans égard pour les faits « accomplis, écrit l'abbé de Clairvaux, deman- « dent qu'on décide dans un concile lequel des « deux estle successeur légitime desaint Pierre, « Innocent ou Anaclet. Ce n'est là qu'un subu terfuge. Dieu lui-même a décide ce qu'ils <c prétendent juger après coup. U n'est pas de tt conseil au-dessus du conseil de Dieu ; sa pa- « rôle court avec vitesse, et c'est elle qui a
^ otton de Frisingen fixe le couronnement à la date du 4 juin 1133. (Voy. CAron., lib. Vif, cap. xviii.) La cérémonie est représentée au palais de Latran sur un tableau où se trouve cette inscription en vers :
Rex Tenit ante fur«>, jorans priai urbis boooret ; Potl bomo fil p«pt| recepii, quo dante, coroaan.
* S. Norbert, en sa qualité d'archevêque de Magdebourg, remplissait les fonctions de chancelier du royaume d'Italie durant la vacance du siège de Cologne, auquel ce titre était attaché. C'est eu cette qualité qu'il dut accompagner LolbaUe à Rome.
VIE POLITIQUÏ.
« réulai les rois et les peuples sous Tobéissance a du pape Innocent. Qui oserait après cela en « appeler de son jugement?... Dieu a manifesté a sa justice ; elle éclate dans un jour si lumia neux, qu'il faut être aveugle pour n'en point « être frappé. Mais pour des aveugles, lumière « et ténèbres sont même chose *... »
Le Saint repoussa donc avec indignation les ouvertures des schismatiques ; et, peu de jours après le couronnement, les conférences étant rompues,Lotbairequitta Rome avec ses troupes, et se hâta de repasser les Alpes pour faire valoir aux yeux des princes de l'Empire les avantages glorieux qu'il venait de conquérir. II se trouva, le 8 septembre, à Wùrtzbourg *, où les • souverains d'Allemagne, étonnés des succès presque miraculeux de sa courageuse expédition, l'environnèrent de leurs hommages. La fortune s'étant attachée à ses armes, tous exaltèrent sa valeur ; et même ses ennemis les plus implacables n'osèrent troubler ce concert de louanges.
Mais, en Italie, les choses se passèrent autrement. La retraite précipitée de Lothaire avait laissé Rome dans la situation la plus alarmante. Les partis, livrés à eux-mêmes, étaient prêts à en venir aux mains ; et Anaclet, plus intraitable qu'auparavant, sortit de la forteresse comme un lion furieux, dit un chroniqueur, ne respirant que menace et vengeance '. Innocent, bien que soutenu par les auxiliaires de Gênes et de Pise, et par la plus saine partie des Romains, ne voulut point que sa présence à Rome fût une occasion de nouveaux troubles ; et, pour éviter des luttes fratricides, il quitta la ville et se retira à Pise, où il fixa provisoirement le Siège apostolique.
Jusqu'alors le Souverain-Pontife avait constamment retenu saint Bernard auprès de sa personne. Hais un message l'informa de ce qui se passait en Germanie. Lothaire, à son retour de Rome, tenait sa cour à Bamberg, pour recevoir, en sa qualité d'empereur, le serment de fidélité des grands vassaux d'Allemagne. Dans cette assemblée splendide, un grand acte de réconciliation devait s'accomplir. Les fiers HohenstautTen, dont la rébellion avait causé tant de maux à l'Empire, Frédéric et Conrad, s'étaient rapprochés de Lothaire, et deman-
^ s. Bern., epist. cixvi. — Parmi les aveugles qui fennent TolonUirement les yeux à la vérité, il faut nommer Voltaire, qui, selon sa coutume, s'apitoie en ricanant sur le pnpe jaif, n savait bien cependant qu'Ânaclet n'était ni juif ni pape.
* H. Luden, Geschichte d. deu.chen Volkty b. X. lib. XXI, cap. V, p. 94.— » Ânn. Cist, p. 249.
daient à rentrer en grâce. Lothaire les avait accueillis ; mais il attachait à son pardon des conditions dures. Pour humilier l'orgueil de cette maison souveraine, il exigeait que les deux frères vinssent en habit de pénitents, en présence des princes et des grands de l'Empire, se prosterner au pied du trône. A ce prix, l'empereur promettait de leur rendre, avec son amitié, les domaines qu'il leur avait soustraits.
Les deux princes, issus du sang de l'ancienne dynastie impériale, éprouvèrent une invincible répugnance à donner cette satisfaction à leur ennemi vainqueur. L'un et l'autre reculèrent au moment même où Lothaire, assis sur son trône et environné de tout l'éclat de sa cour, attendait la prestation de l'hommage.
Ce fut en cette circonstance que saint Bernard, envoyé par le Souverain-Pontife à Bamberg, apparut, au nom du Dieu de paix, au milieu de ces princes intraitables. 11 parle, et nul ne résiste à l'éloquence de ses discours ; toute aigreur se dissipe, les ressentiments s'évanouissent, les cœurs se rapprochent sous l'action de la grâce divine; et le saint moine proclame la réconciliation solennelle des Hohenstauffen avec l'empereur *. Celui-ci leur rend les États de la Souabe, et obtient la promesse d'un concours efficace pour une nouvelle campagne d'Italie. En stipulant ces conditions, saint Bernard entrevit les avantages qui en résulteraient pour l'Église ; car, outré l'appréhension que causait aux schismatiques l'expédition projetée, ils perdaient en Conrad leur chef politique; et Anaclet n'avait plus que Roger de Sicile pour protecteur.
Ce dernier, durant l'absence de l'abbé de Clairvaux, avait jugé le moment favorable pour entreprendre quelque chose en faveur de l'antipape, auquel il devait sa couronne. Il essaya d'abord de corrompre les Pisans, et leur fit tour à tour des menaces et des prévenances. Mais à la nouvelle de ces tentatives , Bernard se hâte de revenir en Italie; sa sollicitude alarmée le devance; et peu de jours avant son arrivée, les Pisans reçoivent une épître toute brûlante de zèle apostolique :
a Aux consuls, aux sénateurs, à tous les ci- « toyens de la ville de Pise... Vous avez été par- « ticulièrement choisis de Dieu pour être son « héritage. Le Seigneur a fait de Pise une nonce velle Rome, le siège du Chef de la catholi- « cité. Ce choix n'est pas l'efTet du hasard ou « de la politique: c'est un ordre du ciel, une « faveur spéciale de Dieu. Comme il aime ceux
> Voy. Otton Fridingen, in (ht on., lib. VII, cap. xix.
tilSTOÎRÈ DE SAINT BERNARD.
a dont il est aimé, il a inspiré à Innocent, son « Vicaire, de résider au milieu de vous, afin de «vous combler de bénédictions... Vous êtes , c( aussi intrépides que le tyran de Sicile est vio- ■ c( lent : vous demeurez inflexibles à ses me- « naces, insensibles à ses présents, inaccessibles « à ses artifices. Peuple heureux î je vous cona gratule des grâces dont le Seigneur vous fa- « vorise. Quelle ville ne serait jalouse de votre « bonheur ? Veillez donc avec soin sur le dépôt a qui vous est confié. Respectez votre Père et a le Père commun des chrétiens... J'en dis a assez pour un peuple sage et clairvoyant *. » Ces paroles fortifièrent les Pisans dans leur constance. Peu de temps après, ils virent arriver le Saint lui-même, qui revenait auprès du Pape, au commencement de Tannée 1134. Un nouveau concile très-nombreux, avait été fixé à Pise pour cette époque.
Ce n'était pas sans peine que l'homme de Dieu avait pu s'y rendre. Sur sa route, les populations accouraient pour contempler ses nobles traits amaigris par la souffrance, pour entendre sa voix toujours pleine de suavité et d'énergie, pour recueillir les bénédictions de sa présence. Les Milanais surtout réclamaient son intervention et ses conseils. Abandonnés de Conrad, qu'ils avaient reconnu pour roi, et encouragés par l'exemple des républiques voisines, ils aspiraientà se réconcilier avec le Pape, et à se soumettre à Lothaire. C'est à saint Bernard qu'ils confièrent leur cause. Mais la proximité du concile le força d'ajourner son voyage à Milan, et il leur écrivit la lettre suivante :
a Vous m'exprimez par votre message les Ci sentiments d'estime que vous me portez. c< Comme je n'ai rien qui me les fasse mériter, « je m'assure que c'est la charité qui vous les « inspire. Je suis touché des avances d'une cité c( puissante et illustre, et je les apprécie d'au- « tant plus, qu'elle manifeste le vœu de re- « noncer au schisme pour rentrer dans le sein « de l'Église mère. Après tout, s'il m'est hono- « rable, à moi vil et abject, d'être choisi par « une ville fameuse pour être l'arbitre de la « paix qu'elle recherche, j'ose dire aussi qu'il c( est de son avantage de profiter de cette mé- « diation... Je vais donc en toute hâte assister a au concile ; puis je reviendrai au milieu de a vous, pour m'assurer si je possède auprès de a vous le crédit que vous m'attribuez. Et s'il a est tel, je prie Dieu, qui en est l'auteur, de « bénir mes efforts et de leur donner une issue a favorable '. »
1 Mab.» in 0^. À', ^ern., epist. cxxx.— ^ ic/e/?}, eiiibl.cxxxiti.
Cependant Fouverturc du concile fut retardée pour des raisons que l'histoire n'a point éclaircies. Une mésintelligence éclata entre Innocent II et le roi de France ; et ce dernier empêcha les évêques du royaume de se rendre à Pise. Des intérêts opposés accumulèrent les obstacles ; il fallut que saint Bernard levât le conflit.
(f Les empires et les souverains qui les goua vernent, écrivit-il à Louis le Gros, ne prospè- (( rent qu'autant qu'ils se tiennent subordonnés « à la puissance de Dieu. Pourquoi donc Votre c( Excellence résiste-t-elle à l'élu du Seigneur, à c< celui qu'elle a reconnu pour son père, àcelui c(* qui est le Samuel de son flls* ? A l'heure qu'il « est, souffrez que le dernier de vos sujets par 0 sa condition, et non point par sa fidélité, vous cf déclare qu'il ne vous est point avantageux de « mettre des entraves à un bien nécessaire. « J'ai de fortes raisons pour le dire à Votre Ex- « cellence ; et je les rapporterais ici, si je ne G savais qu'un simple avertissement suffit à « l'homme sage. Du reste, si vous êtes mal a satisfait de la conduite inflexible du Saint- « Siège, les députés français qui assisteront au « concile travailleront à faire révoquer ce qui « est révocable... De mon côté, je ne m'y épara gneraipas,si on veut bien m'accorder quelque « influence*. »
Ce simple avertissement produisit son effet. Les évêques français vinrent se réunir à un grand nombre de prélats de tout l'Occident ; et la vénérable assemblée s'ouvrit en l'année i 134, sous la présidence du Pontife lui-même '. L'objet principal du concile était d'affermir l'autorité du Saint-Siège et d'extirper des abus qui, après tant de réformes, renaissaient toujours sur les terres visitées par l'ennemi. Les organes de l'Église, comme autrefois les prophètes de Jérusalen , ne se lassaient pointde faire entendre aux rois et aux peuples des remontrances graves. A force de répéter les mêmes vérités, de renouveler les mêmes actes, ils finissaient par assurer le triomphe de la religion surles dérèglements des passions humaines ; et c'est ainsi que les principes de la morale évangélique passaient peu à peu dans les lois et les mœurs de la société.
Le concile de Pise ajouta un nouveau poids
^ Allusion an sacre de Loais le Jenne, fils de Loois VI, qui reçut Tonction royale des mains d'Innocent II.
' Mab., in Op, S. Bern.^ epist. CCLV.
> Quant à la date précise de ce concile, nons ne la trouvons mentionnée dans aucun auteur du temps. — T. X, Conc, p. 900.
VIE POLITIQUE
HO
aux canons qui avaient été promulgués l'année précédente à Reiras; et ce fut le troisième sans compter celui de Troyes, où prévalurent les conseils de saint Bernard, ce Le saint assistait à toutes les délibérations, rapporte un moine qui lui-môme avait été présent au concile. Il était révéré de tout le monde; et sans cesse la porte de son logis était assiégée d'ecclésiastiques qui attendaient pour lui parler. Non pas, continue l'annaliste, que le faste et la vanité le rendissent de difficile accès; mais la multitude de ceux qui voulaient lui parler, empêchait qu'on ne le pût aisément. Lorsque les uns sortaient, d'autres entraient , de manière que cet homme humble, qui ne s'attribuait aucun honneur, semblait n'être pas seulement appelé à une partie du soin des affaires, mais à la plénitude de la puissance.
a Les divers actes du concile seraient trop longs à détailler: le plus important fut Texcommunication de Pierre de Léon, et la dégradation perpétuelle et irrévocable des prélats de son parti ; décret qui a été exécuté et qui est demeuré en vigueur Jusqu'à ce jour ^ »
Après la clôture du concile, le Pape envoya Bernard à Milan pour ramener la ville rebelle à Tobéissance du Saint - Siège et de TEmpereur.
Mais comment suivre l'infatigable apôtre dans cette nouvelle carrière qu'il va parcourir? Comment raconter tous les faits étonnants, tous les prodiges, et les triomphes de la grâce qui signalèrent son apparition dans la capitale de la Lombardie ?
0 puissance de la parole des saints 1 Partout où elle retentit, elle touche, elle pénètre, elle ouvre les cœurs; les larmes coulent, les inimitiés s'apaisent, les injustices se réparent, la piété renaît; et avec la piété, refleurissent les sentiments nobles et magnanimes. Tordre, la paix, la prospérité I Rien ne résiste à cette force d'en-Haut ; tout plie, tout cède, tout s'abaisse devant l'homme extraordinaire qui souffle sur la terre le feu du ciel.
Laissons parler les contemporains, témoins de ces merveilles. Nous craindrions d'altérer la vérité en corrigeant leur pieux langage*
CHAPITEE CINQUIÈME
Apostolat de saint Bernard à Milan. — Miracles. — Ëpanchements de son &me.
L'antique Église de Milan avait, comme Tune des sept églises dont parle l'Apocalyse, des reproches graves à se faire ; elle se croyait vivante, et elle était marte * ; car, en se détournant de Rome, elle cessait de recevoir la vie du foyer central de l'Église, et se desséchait comme une branche qui n'a plus de rapports avec le tronc de l'arbre. Séduite par les suggestions d'un orgueilleux prélat, elle visait à l'indépendance, convoitait la primauté et sacrifiait à son ambi-* tion les saintes lois de la hiérarchie catholique. Un premier égarement l'avait éloignée du Pape légitime; et cette déviation, fruit de l'insubordination, la précipitant plusbasà mesure qu'elle
i Rrnald., lib, II, eap. U.
s Moinea babês quod vivas, et morUius es. (Apoc, m, 1.)
s'enfiait davantage, l'engagea dans les voies da la politique humaine dont elle dut épouser les intérêts et subir les vicissitudes.
L'archevêque Anselme n'avait tenu aucun compte de l'excommunication que deux Papes avaient fulminée contre lui. Au contraire, il soutenait opiniâtrement la cause de l'antipape; et, stimulé par les ovations que Conrad avait obtenues en Italie, il poussait les Milanais à rester sous le drapeau de Conrad et d'Anaclet, c'est-à-dire à combattre dans les intérêts de l'usurpation et du schisme. De là était résultée une situation, à la fois politique et religieuse, qui avait fait de Milan le rempart le plus puissant de la discorde. Tous les mécontents, tous les adversaires d'Innocent II et de Lothaire, trouvaient auprès d'Anselme une protection
assurée, et augmentaient de leur nombre les forces dont il disposait.
Cependant le schisme, parvenu à son plus haut degré d'exaltation, commença rapidement à décroître. Les adhérents de l'antipape se virent successivement dépouillés de leurs ressources et de leurs espérances ; et, quand ils apprirent le succès des armées germaniques, le couronnement de Lothaire, la soumission de Conrad lui-même, et surtout la pacification que saint Bernard avait opérée dans les villes voisines, ils se tournèrent contre Anselme et lui reprochèrent avec amertume les maux qu'il avait provoqués. L'infidèle archevêque eut à peine le temps de se soustraire par la fuite aux ressentiments de son propre clergé. Il résigna lés insignesde la juridiction pastorale entre les mains d'un évêque de la métropole, et celui-ci disposa les esprits à la mission de saint Bernard.
Ce fut dans ces circonstances favorables que le saint moine, accompagné de deux cardinaux et du vénérable évêque de Chartres, arriva en Lombardie.
et Us étaient à peine descendus des Apennins, rapportent les auteurs du temps, que tout Milan se leva pour les recevoir. Les nobles, les bourgeois, les uns à cheval, les autres à pied ; les riches aussi bien que les pauvres, quittèrent leurs habitations en masse, comme s'ils eussent déserté la ville; et, marchant par troupes, ils allaient à la rencontre du serviteur de Jésus- Christ avec une incroyable révérence *. Tous, transportés de joie à son aspect, s'estimaient heureux d'entendre le son de sa voix. Ils lui baisaient les pieds ; et, bien qu'il s'en défendit autant que possible, il ne put les empêcher en aucune façon de se jeter à ses genoux et de se prosterner. Ils arrachaient les fils de ses vêtements pour s'en servir comme de remèdes, persuadés que toutes les choses qu'il avait touchées étaientsaintes, etpouvaientcontribuer à guérir toute espèce d'infirmités.
« La foule qui le précédait, comme celle qui le suivait, faisait retentir l'air de vives et continuelles acclamations, jusqu'à son entrée dans la ville où, après avoir été longtemps retenu par la presse, il atteignit enfin la demeure honorable qu'on lui avait préparée.
« Quand on en vint à traiter publiquement la grande affaire pour laquelle il avait accompagné les cardinaux à Milan, la ville entière, oubliant ses rancunes et sa longue opposition,
^ Incredibili reverentia wnm Dei suscipiunt. — Nous laissons à la traduction sa teinte originale, et, sauf quelques abréviations de peu d'importance, nous n'ôtons rien à la fidélité du tex/è.
se soumit de telle sorte à Tabbé de Clairvaux, qu'on pouvait à juste titre évoquer ces vers d'un poète :
Il parle; on obéit; et tout cède à sa voix; Nul mortel n'oserait s'opposer à ses lois ^
a La paix bientôt est cimentée; l'Église est réconciliée; et par un traité solennel, la concorde est rétablie entre les peuples divisés.
« Or , continue le narrateur , ces affaires n'étaient pas terminées encore, quand il en survint d'autres d'un autre genre, mais non moins admirables.
« Le démon exerçant sa rage dans quelques énergumènes, on déploya l'étendard de Jésus- Christ; et au commandement de l'homme de Dieu, efTrayés et tremblants, les mauvais esprits s'enfuirent des personnes qu'ils possédaient, étant chassés par une force supérieure. C'était un nouvel emploi de ce saint légat, qui n'avait point reçu d'ordre de la Cour romaine à cet égard ; mais, d'après les lois divines et les règles de la foi, il produisait, en témoignage de sa mission, des lettres écrites avec le sang de Jésus-Christ et scellés du sceau de la croix, dont la figure et le caractère font fléchir toutes les puissances du ciel, de la terre et des enfers.
«f On n'a point ouï parler de nos jours d'une foi pareille à celle de ce grand peuple, ni d'une vertu comparable à celle de ce grand Saint. Entre eux il n'y avait qu'une humble et généreuse contestation, le Saint attribuant la gloire des miracles à la foi vive du peuple ; et le peuple reportant cette gloire à l'éminente sainteté du serviteur de Dieu ; tousavaientla ferme créance qu'il obtenait de Dieu tout ce qu'il demandait.
a Dans cette persuasion, ils lui présentèrent, entre autres, une femme bien connue de la ville, et qu'un esprit impur tourmentait depuis sept ans. Ils le supplièrent de délivrer cette malheureuse, et de commander au démon de sortir de son corps. Le saint homme se met en prière; il reçoit une vertu du ciel, commande au nom de Jésus-Christ; et cette femme, subitement guérie, rend grâces à Dieu *.
« Une autre fois, on lui amena, en présence d'un grand nombre de témoins, à l'église de Saint-Âmbroise, une dame d'un âge avancé et d'une haute naissance. Le démon qui. la possédait l'avait tellement sufi'oquée, qu'ayant perdu l'usage de la vue, de l'ouïe et de la parole, grinçant les dents et dressant sa langue
> Jussa s**qHi\ iam velle m t'Ai, guani passe neceste est, * Ernald., iib. II, cap. ir, n. 8, 9, 10 et seq
VIE POUTIQUE.
comme la trompe d'un éléphant, elle semblait plutôt un monstre qu'une femme. Ses traits hideux, son aspect effrayant, son haleine épou- Tantable, attestaient l'impureté de l'esprit infernal qui obsédait son corps ^
« Après que le serviteur de Dieu l'eut considérée, il reconnut que le diable lui était profondément attaché et incorporé ■, et qu'il ne sortirait pas facilement d'une demeure dont il était depuis si longtemps le maître.
a C'est pourquoi, se tournant vers le peuple qui remplissait l'église, il recommanda qu'on priât Dieu avec ferveur; puis, environné des ecclésiastiques et des religieux qui se tenaient près de lui au bas de l'autel, il ordonna de faire avancer cette femme et de la tenir d'une main ferme. La misérable résistait; animée d'une force suhumaine et diabolique, elle se débattait convulsivement au milieu de ceux qui la gardaient, leur donnant des coups, et frappant du pied le serviteur de Dieu lui-même qui demeura calme et doux, sans s'inquiéter de l'audace du démon'. 11 monta humblement lesdegrés de l'autel et commença la célébration des saints mystères.
a Or, à chaque fois qu'il faisait le signe de la croix sur l'Hostie sacrée, il se tournait vers la femme et lui appliquait la vertu du même signe ; et à ces moments, l'esprit infernal témoignait par un redoublement de fureur qu'il ressentait l'aiguillon de cette arme toute-puissante.
« L'oraison dominicale étant achevée, Bernard descend les marches du sanctuaire pour apostropher directement l'ennemi de Dieu. Il lient entre ses mains vénérables, le calice et la patène sur laquelle reposait la sainte Hostie ; il les élève sur la tète de la fenune ; puis il parle en ces termes :
« Esprit malin, voici ton Juge, voici leToutflt Puissant 1 Résiste maintenant, si tu le peux ; « résiste, si tu l'oses, à Celui qui, devant mourir a pour notre salut, a dit à haute voix : Le temps « est venu où le prince de ce monde sera chassé cf de son empire! Voici le corps sacré qui a été « formé dans le sein de la Vierge, étendu sur le a bois de la croix, déposé dans le sépulcre ; qui « est ressuscité des morts et monté au ciel en a présence de ses disciples I C'est au nom et par a la puissance de cette adorable Majesté que je a t'ordonne, esprit immonde, de sortir du corps
1 lobabitatoris Sataïue collavia testabantur. * Novii inbarentem ei et invisceratum diabolum. s nia... ipsam abbatem pede percussit, quem diaboli ausum mansnete ille contempsit.
a de cette chrétienne et de ne jamais y rena trer * 1 »
a Le démon, forcé malgré lui d*obéir, manifesta dans les courts instants qui lui restaient, toute la violence de sa rage, et tourmenta sa victime avec une nouvelle atrocité *. Mais le saint prêtre, remontant à l'autel, acheva la fraction de l'hostie salutaire, donna la paix au diacre pour qu'il la transmit au peuple ; et soudain la femme délivrée recouvra tout à la fois sa raison et la santé du corps ! C'est ainsi que les esprits de ténèbres se virent contraints, non par un témoignage volontaire, mais par leur expulsion forcée, de publier la vertu et l'efficacité des divins sacrements.
« La femme qui venait de retrouver l'usage de ses sens, rendit à Dieu de publiques actions de grâces; et regardant l'abbé de Clairvaux comme son libérateur, elle se jeta à ses pieds... - Grande était la clameur qui retentissait dans l'église ; les fidèles de tout âge, de tout sexe, exprimaient leur admiration par des cris et des cantiques; les cloches sonnaient, mille voix bénissaient le Seigneur; la ville entière, transportée d'amour pour saint Bernard, lui prodiguait, s'il est permis de le dire, des honneurs qui étaient au-dessus de la condition d'un^ mortel ".
a Le bruit de ce qui se passait à Milan se ré^ pandit au loin, et le nom de l'homme de Dieu courait de bouche en bouche par toute l'Italie; partouton annonçait qu'il s'étaitélevé un grand prophète, puissant en œuvres et en paroles, qui. guérissait les malades et délivrait les possédés' par la vertu de Jésus-Christ.
« Or, la foule qui se tenait depuis le matin jusqu'au soir devant sa porte, l'incommodant fort, à cause des agitations tumultueuses de la rue, il se mettait aux fenêtres, et de là, étendant ses mains, il bénissait le peuple.
« On voyait accourir beaucoup de monde des villes et des bourgades voisines ; tous, les étrangers aussi bien que les habitants, se pressaient sur les pas du serviteur de Dieu, le suivant partout, avides de l'entendre, de le voir, de connaître les œuvres et les actes surprenants de sa puissance ^.
a Un jour, se trouvant dans une vaste cam-
^ Adest, inique spiritos, Jadex tiras; adest summa potestas. Jam résiste, si potes... etc.
* ... Ut eam alrocius alllictaret, tam magnam iram, quam modicum tempus habcns.
> ... Et servnm Dei supra bominem, si dici fas est, liquefacta caritate civitas yeneratur. (Ernald., /oc. sup., n. 13, 14 p. 1112.)
• Ernald., loc, sup.^ n. 5, p. 1113.
pagne, remplie d'une multitude de gens qui se groupaient autour de lui, un homme d'un extérieur honorable fit de singuliers efforts pour l'approcher, sans pouvoir y réussir. Alors, se mettant sur ses pieds et ses mains, tantôt rampant à terre, tantôt grimpant par-dessus les épaules de ceux qui étaient devant lui, il parvint à fendre la foule, tomba aux genoux du Saint, et les couvrit de baisers. Le vénérable Rainald, qui se trouvait là (et c'est de luimême que je tiens le fait), sachant la peine que de pareilles démonstrations causaient à l'abbé de Clairvaux, voulut mettre fin à cette scène ; mais l'importun, d'un air inspiré, se tourna vers lui, et lui dit à haute voix: « Laissez-moi, « laissez-moi contempler et toucher cet homme «vraiment apostolique; car je vous le dis et « vous l'atteste dans la foi chrétienne, j'ai vu (c cet apôtre au milieu des apôtres de Jésus- <r Christ *. » Rainald, saisi d'admiration, eût désiré de connaître plus à fond le mystère de cette vision; mais le respect que lui imposait la présence de saint Bernard ne lui permit pas d'en demander davantage. On conçoit quelle vive émotion cet incident dut exciter dans la multitude *,
c Le saint homme, dit un autre chroniqueur, ne trouvait plus de repos, parce que tous ceux qui avaient besoin de lui cherchaient leur repos dans sa lassitude. Ceux qui le quittaient rencontraient d'autres visiteurs qui le venaient trouver; et c'était une succession non interrompue de gens qui lui demandaient des faveurs. Il rendit la santé à une quantité de monde : aux uns, en leur donnant à boire de Teau bénite ; aux autres, par son seul toucher. Et dans la môme ville, en présence de plusieurs témoins, il obtint du Père des lumières le don miraculeux de rendre la vue à des aveugles, en faisant sur eux le signe de la croix '.
« Parmi le grand nombre de personnes qui arrivaient de diverses contrées à Milan, un noble chevalier vint présenter au senlteur de Dieu une petite fille qu'il tenait entre ses bras, laquelle avait tellement en horreur la clarté du jour, qu'encore qu'elle avait constamment ses paupières fermées, elle ne laissait pas de mettre les mains sur ses yeux, de peur que la moindre lueur ne la troublât. La lumière la blessait comme si on lui ouvrait le cerveau, et lui arra-
< Dimitte me, dimitlc me videre et tangere hominem prozimum Deo, et vere apostolicum vinim, guia vidi illum intcr apostolos Christi. (Ernald., loc, cit.)
2 Herbert, lib. II, cap. xviii.
>Lib. II, Ernald., n^ 18, p. 1411. — Excerpius ex mag. Exord. Cisl., lib. VU.
chait des cris. Bernard bénît cette petite fllle; en la marquant du signe de la croix ; puis il la renvoya tranquille. Mais pendant qu'on la ramenait à la maison, elle ouvrit d'elle-même les yeux, et s'en alla à pied, sans avoir besoin de guide *, »
Cependant, au milieu des honneurs inouïs dont il était comblé, ce grand homme, objet d'une vénération peut-être sans exemple, cet homme qui commandait aux rois et aux peuples, et qui portait à lui seul le poids de tout son siècle, ne s'éleva jamais au-dessus de la simplicité de sa condition ; il était comme mort et immobile sur la mouvante scène du monde.
Certes, si quelque chose pouvait être plus admirable que ses œuvres, c'était l'humilité profonde avec laquelle il exerça cette sorte de toute-puissance que Dieu lui avait conférée pour rédiflcation de l'Église. Il semblait complètement insensible à la gloire, aux louanges, aux respects mérités dont les témoignages lui arrivaient avec tant d'éclat; sourd et indifférent au bruit des applaudissements enthousiastes ; calme et toujours serein, comme ces fleuves qui, au milieu des eaux amères de l'Océan qu'ils traversent, conservent leur limpidité, leur inaltérable douceur.
Il n'était d'ailleurs jamais sans souffrances corporelles ; il les chérissait, parce que sans cesse elles lui rappelaient la commune destinée des hommes; et il les appréciait comme le grand Apôtre, puisque la vertu se perfectionne dans les infirmités*. Mais son âme, encore plus que son corps, souffrait de l'étrange existence que les circonstances lui avaient faite. Il soupirait après le cloître ; et son plus grand sacrifice était l'obligation de vivre en dehors de l'asile de paix qu'il s'était formé dans le désert. « Ma « vie, dit-il dans une de ses lettres, a quelque (( chose de monstrueux; ma conscience est « perpétuellement aWrmée. Je suis je ne sais « quelle chimère de mon siècle, ni clerc, ni « laïque, portant l'habit de moine, et n'en gar- « dant pas les observances '. »
Du reste, pour donner une idée moins imparfaite de l'intérieur de cette belle âme, nous citerons ici la lettre qu'il écrivit aux religieux de Clairvaux, ses bien-aimés compagnons. C'est dans ces intimes épanchements de la charité fraternelle, dans cette effusion spontanée des plus suaves et des plus tendres sentiments, que
» Idem, n» 20, p. 1115.
rev.rtit.T.
' II Dr., XII, 9.
' In Mab. epist. ccL.
— Et pedes sine vectore ipsa
VIE POLITIQUE
le cœur se révèle tout entier et se montre à découvert.
a Je gémis d'être séparé de vous, et je ne û serai consolé que lorsque je me retrouverai - q au milieu de vous. N'êtcs-vous pas, en effet, a la seule consolation que j'aie ici-bas, pendant <i les tristes jours de mon pèlerinage ? En « quelque endroit que j'aille, j'y porte le soua venir de mes enfants ; mais plus le souvenir* « me touche, plus l'absence me pèse. Hélas o faut-il que mon exil soit si long M Je ne parle « pas de l'exil qui nous retient tous loin de la c( vraie patrie, mais de l'exil qui me sépare de « vous.
« Oh î que c'est une chose triste et rude d'être (c si longtemps assujetti à la vanité qui s'étend « sur toute créature ; d'être enfermé dans « l'obscure prison d'un corps de boue, dans les « liens de la mort et du péché ; privé de la vue ce de Jésus-Christ ; en proie à une infinité de « misères I Dieu m'avait donné la consolation <( de contempler en vous son temple vivant ; « et j'espérais y demeurer jusqu'à ce que lui- « même se manifestât plus pleinement dans sa « gloire. 11 me semblait que de ce temple il me « serait plus aisé de passer à celui qui est « l'objet des soupirs du Psalmiste : Je ne demande « qu'une grâce au Seigneur, qui est de passer ma a vie dans sa sainte maison, de voir son temple et a de jouir des délices qu on y goûte *.
« Que dirai-je, hélas I Combien de fois cette « consolation m'a-t-elle été ravie? C'est la troi- « siëme fois, si je ne me trompe, qu'on m'ara rache à mes entrailles. Mes enfants ont été « sevrés avant le temps ; je n'ai pu les nourrir a après leur avoir donné naissance. Forcé a d'abandonner mes plus chers intérêts pour «soigner ceux d'autrui, je ne sais ce qui a m'afflige davantage, ou d'être enlevé aux a uns, ou d'être livré aux autres.
a 0 bon Jésus 1 mes jours se consumerontfc ils donc ainsi dans la langueur ! 11 m'est plus a utile de mourir que de vivre ; mais je voudrais <( mourir dans les bras de mes frères, de mes € compagnons, de mes bien-aimés amis ; j'y a trouverais plus de douceur, plus de secours, a plus de sûreté. J'ose même dire. Seigneur, « que votre bonté devrait me laisser un peu « respirer avant ma sortie de ce monde. Per- « mettez à nies enfants de fermer les yeux de 0 leur père, quelque indigne que je sois de
! 1 Psal. LXii.
' > Unam petit a Domino, hancrequirain,ut inhabitem indomo Domini, omnibus diebus vitœ me», ut videam voluptatem Domini, et visitem templum cjns. (P?al. xxvi.)
(c porter ce nom ; qu'ils l'assistent à sa mort, « qu'ils recueillent ses derniers soupirs ; qu'il? a le fortifient en ce redoutable passage, que par « leurs prières ils élèvent son âme, si vous lui « faites miséricorde, jusqu'au séjour des bien- «heureux; qu'ils enterrent enfin un pauvre « au milieu de ses frères pauvres. Ah'l je vou8 <;< en conjure, accordez- moi cette grâce, accora dez-la en faveur et aux mérites de ces mêmes « frères, à qui je désire être réuni dans le « tombeau. Cependant, mon Dieu, que votre a volonté s'accomplisse, et non pas la mienne I « Car je ne veux ni vivre ni mourir pour moi...
a Mais, ô mes bien-aimés, puisque je vous a ai fait part de mes peines, il faut aussi que jo « vous dise mes réjouissances.
(( En premier lieu, j'ose présumer que mes a travaux n'ont point eu d'autre mobile que a Celui qui est le principe et la fin de toutes « choses. Soit que je le veuille ou non, je dois 0 ma vie à Celui qui a donné la sienne pour « moi, et je l'ai vouée au Juge miséricordieux « qui saura me dédommager de ce que je «r souffre pour lui. Si je le sers malgré moi, «j'aurais beau exécuter ses ordres, je n'en « serais pas moins un serviteur infidèle ; mais « si je le sers Ide bon cœur, j'en aurai de la « gloire. Voilà, mes chers frères, la première^ « considération qui adoucit mes amertumes. « Le second sujet de joie, c'est que Dieu favo- « rise mes efforts d'un heureux succès; en sorte « que je ne suis pas tout à fait inutile à son « Eglise. Je l'ai éprouvé dans plus d'une chose. « Je conviendrais même pour votre édifica- « tion, si je ne craignais quelque rencontre, « et vous en avez appris quelque présomption «dans cet aveu, que cette fois -ci l'Église « a été efficacement servie par un instrument « aussi pauvre que je le suis. Mais il vaut « mieux que ces nouvelles parviennent à votre « connaissance par une autre bouche.
« A, l'heure qu'il est, les pressantes soUicita- « tions de l'empereur, un ordre exprès du « Pape, les instances des évêqueset des princes «chrétiens, m'entraînent dans la Pouille, « malgré moi, contre mon inclination, tout « malade et languissant que je suis, portant en « tous lieux, même sur mon visage, les indices « d'une mort prochaine. Priez pour la paix de « rÉglise ; priez aussi pour ma santé ; priez « pour que j'obtienne la consolation de vous « revoir, de vivre et de mourir au milieu de « vous ; et méritez pour moi cette grâce par la a sainteté de votre vie. Mes infirmités m'ont à « peine laissé un moment de relâche pour die*
« ter cette lettre, et je la baigne de mes larmes.
« C'est Baudouin, notre très-cher frère, qui « m'a prêté sa main pour vous écrire... Priez a pour le Pape qui me témoigne, ainsi qu'à (c toute notre congrégation, une tendresse cf vraiment paternelle ; priez pour son chancea lier, qyi a pour moi des entrailles de mère ; « priez pour ceux qui sont avec lui, Luc, « Chrysogone et Yves, dont la charité est telce lement délicate qu'ils me traitent comme a leur propre frère. Les religieux Bruno et a Gérard, qui sont avec moi, vous saluent, et se a recommandent instamment à vos prières *. »
Chose admirable I ce grand Saint, depuis son entrée dans la carrière monastique, était toujours à la veille de mourir, et chacune de ses actions semblait épuiser le dernier souffle d'une vie expirante. Affaibli par les fatigues et la maladie, et presque éteint, c'est pourtant ce corps fragile que la Providence employait à son gré ; une force surnaturelle le soutenait et le faisait mouvoir, miraculeusement en
quelque sorte, pour coopérer aux destînccs de l'Ëgiise et des empires I
Parmi tant de sollicitudes, saint Bernard eut encore à se défendre à Milan, comme à Gènes, comme à Reims, contre les instances d'une population qui lui décernait unanimement le titre d'archevêque.
Un jour, tous les fldèles, les magistrats et le clergé en tête, vinrent processionnellement jusqu'à sa demeure, pour le contraindre d'accepter le siège archiépiscopal. Dans cette conjoncture, la résistance n'était presque pas possible. Il cherche un expédient. « Demain, leur dit-il, je monterai à cheval et m'abandonnerai à la Providence. Si le cheval me porte hors de vos murailles, je me regarderai comme libre de tout engagement ; mais s'il reste dans l'enceinte de la ville, j'accepterai la charge, et je serai votre pasteur. »
Le lendemain, en effet, il monte à cheval; et partant au galop, il s'éloigne en toute hâte des murs de Milan ^