‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 301 sur 319 · LETTRE CCC · texte numérisé non relu

LETTRE CCC

(Écrite Ters l'an 1152.) A LA COMTESSE DE BLOIS ^.

n console la comtesse des fautes de son fils qu'il exense en raison de Tàge de ce jeune homme; il fait espérer à la mère un ayenir meilleur pour son fils et il lui conseille de le traiter plutôt avec douceur et tendresse qu'avec sévérité.

Si votre fils a paru s'être laissé emporter contre tous, nous en sommes peiné et nous déplorons non moins l'emportement du fils, que l'outrage fait à la mère; cependant cela même est excusable dans un enfant aussi jeune. Les entraînements de son âge excusent les fautes qu'il a commises. Ignorez-vous que les sens et les pensées de l'homme sont portés au mal dès sa jeunesse V 11 faut espérer qu'il ira en s'améliorant, grâce aux mérites et aux aumônes de son père '. C'est pourquoi il faut redoubler de prières et d'instances auprès de Dieu pour lui. Bien qu'il n'ait pas montré les sentiments filiaux qu'il devait avoir, la mère cependant ne peut ni ne doit arracher de ses entrailles sa tendresse maternelle. La mère peut-elk oublier l'enfant de son sein? Mais quand bienmême elle l'aurait oublié^ moi^ je ne vous oublierai pas *. Prions donc et pleurons devant le Seigneur, pour que, dans sa bonlé, il fasse que ce jeune homme si bien doué, imite l'honnêteté de son père, ce dont nous ne désespérons pas. Il faut agir vis à vis de lui avec un esprit de douceur et par de tendres caresses : on l'amènera mieux au bien par là qu'en l'aigrissant par des réprimandes ou par des reproches. Nous avons confiance que si vous agissez ainsi, votre cœur et le nôtre auront bientôt à se réjouk de son heureuse

1 L'espérance donnée par saint Bernard ou plutôt sa prophétie, ne parait pas avoir été yaine. La comtesse de Blois donna à son mari Thibauld, le grand comte de Champagne, quatre fils : Henri, comte de Blois, qui succéda à son père en 1151 ; Thibauld, sénéchal de Louis le Jeune et ensuite de Philippe-Auguste, auprès duquel il remplit cette charge comme successeur de Raoul, comte de Vermandois : Etienne Saint- Césairequi lut chartreux; et enfin, Guillaume, qui était encore enfant et que pour cette raison saint Bernard refusait de pousser aux dignités ecclésiastiques. (Voyez la lettre 271 ci-dessus.) Notre lettre parait relatiTC à l'alné, qui, revenu de Syrie et fier de la succession de son père, s'était laissé emporter par son âge à certains excès. Saint Bernard y fait allusion dans la lettre 376. Mais bientôt il fut converti par les avertissements de saint Bernard et par les prières de sa mère, et il est compté au nombre des personnages illustres de ce siècle.

« Gen., VIII, 2.

> Le comte Thibauld, célèbre par ses aumônes et ses bientkits envers TÉglise. (Voyez la Vie de saint Bernard, la Vie de saint Norbeit, les lettres 37 et 48.)

^ Isale, XLix, 15

conversion.Commentnedésîrerais-jepasdetout mon cœur qu'il devienne chaque jour meilleur qu'il n'est. Puissé-je le trouver toujours vis à vis de tous, ce que je l'ai trouvé vis à vis de moi 1 En effet, en ce qui nous concerne, qu'ai-je jamais désiré qu'il n'ait fait? Que le Seigneur le lui rende ! Du reste, relativement à vous, je vous ai souvent conseillée, comme vous me demandiez de le faire, et je vous conseillerai encore.

LETTRE ceci.

(Écrite yen Tan 1U9.] A SANGIE, SOBUR DE l'eHPEREUR d'eSPAGNE ^

n désire qu'elle apaise par son intervention un différend qui s'était élevé entre ses religieux et d'autres pour la réception d'un monastère.

1. Sachez que je ne suis pas l'auteur de ce qui s'est passé pour la réception du monastère de Toldanos; car j'étais absent et je n'ai pas su ce qui se faisait. Je ne nie pas que cela ait été fait par nos frères, d'après le conseil d'un grand nombre de religieux, avec le consentement et la participation de l'évéque, sur la demande et conformément aux désirs d'une noble dame qui a fondé cette maison dans ses propres possessions ; tout s'est passé publiquement et nullement en cachette, comme nous l'avons appris. Nos religieux pensaient pouvoir accepter

1 Alphonse, surnommé le Bon, empereur ou roi de Castille el de Léon ; les rois de ce temps aimaient à prendre le titre d'empereur. Cette Sancie, qui était si bien disposée pour saint Bernard, fonda en 1147, dans le diocèse de Palencia, un mo-' nastère de l'ordre de Clteaux, appelé Saint-Pierre de Spina ; une colonie de religieux y fut envoyée par saint Bernard sons la direction de son frère Nivard. Peu de temps après des moines noirs du monastère de Toldanos dans le royaume de Léon, récemment fondé par l'infante Elvire, quittèrent la règle de Carraccedo à laquelle ils étaient soumis et s'agrégèrent à l'ordre de Clteaux. Les religieux de Carraccedo réclamèrent l'intervention de Sancie. Qu'advint-il de ce différend ÎManrique le rapporte dans ses Annales, année 1148, d'après un acte très-ancien où on lit ce qui suit : « Après le décès de l'abbé Florent, Ferdinand, abbé de Toldanos, prit en aversion sans motif l'église de Carraccedo, et, conduit par l'esprit de révolte, il se rendit à l'église de Clairvaux. La reine Sancie, qui avait une grande affection pour le monastère de Carraccedo, ne put supporter cet événement, et elle écrivit à l'abbé et aux religieux de Clairvaux pour qu'ils ne reçussent point cet abbé. L'abbé de Clairvaux se rendit aux prières de la reine et refusa de recevoir l'abbé Ferdinand, tant que celui-ci n'aurait pas obtenu l'autorisation de l'église de Carraccedo; Ferdinand n'ayant pu l'obtenir, refusa d'obéir pendant quelque temps à l'église de Clairvaux et k celle de Carraccedo. » Cependant, plusieurs années après, cette église de Toldanos était tombée sous la juridiction de Clteaux.

librement un lieu qui jouissait de la liberté de Dieu et n'était soumis à aucune autre église; ainsi l'affirmait la fondatrice qui en avait, dit-on, le privilège entre les mains. Cependant les religieux de Carraccedo se sont plaints, comme vous l'écrivez, qu'une injustice leur eût été faite en cela, et n'écoutant pas cette parole de Salomon : N'arrêtez pas celui qui veut faire bien, et^ si vous le pouvez^ faites bien vous-même* ^ ils nous ont été contraires dans une si sainte entreprise. Or, comme il ne faut pas que. des serviteurs de Dieu plaident entre eux, nous avons résolu de remettre l'affaire à votre très-puissante décision, afin que par votre autorité et par vos soins toute cette querelle qu'on dit injuste et sotte, s'apaise, et qu'un Ordre, reçu dans la maison du Seigneur pour sa gloire et pour votre salut à vous-même, demeure dans la paix.

2. Au surplus, mon frère Nivard, qui se loue beaucoup de vous', nous a conseillé d'avoir làdessus toute confiance en vous, tant à cause de votre dévouement particulier pour nous , qu'à cause de la bonne promesse que vous lui avez faite à ce sujet. Si , dans leur esprit de contradiction, ces gens ne veulent pas se rendre à vos avis et à vos conseils salutaires , qu'alors toute la discussion soit terminée par le jugement des deux évéques, qu'on connaît comme ayant ces deux monastères sous leur autorité paroissiale. Ce sera ensuite à vous à ratifier et à faire exécuter fermement ce qu'ils auront décidé et établi. Si vous craignez Dieu, ne souffrez pas qu'on empêchel'accomplissementd'un si grand bien, que cette vertueuse femme soit frustrée dans son désir, que ces religieux soient privés du fruit de leur piété, que Dieu enfin se voie enlever le sacrifice agréable de la réforme de

» ProY., m, 27.

* Oa a conclu de là avec raison que Nivard, le plus jeune frère de saint Bernard, avait été envoyé en Espagne par son frère, pour y fonder le monastère de Spina. (Voyez les lettres 372 et 373.) Auparavant il avait été envoyé dans le diocèse de Bayeux pour y organiser un nouveau monastère à Soleuvre. près de Vire. Vers 1146, Robert, fils d'Hernesius, donna sa maison k Bernard^ abbé de Clairvanx, et à Téglise de Sainte- Marie de Soleuvre. Algare, évèque de Coutances, confirma vers la même époque « une donation faite par un certain Guillaume Sylvain k Dieu, à Sainte-Marie de Soleuvre, et aux religieux qui servent Dieu en ce lieu, donation faite entre les mains de Nivard, frère du seigneur Bernard, abbé de Clairvaux ». On a conclu de ce passage que Nivard avait été abbé de ce monastère. En 1150,1e monastère, à cause de Texiguité et des inconvénients de son emplacement, fut transporté dans le Val- Richer, qui relevait du fief de l'église de Bayeux, et Soleuvre retourna entre les mains de l'évèque de Bayeux à qui elle appartenait auparavant. Il y eut à cet eflct un acte d'échange qui fut confirmé par Hugues, archevêque de Rouen. L'abbé du Val-Richer était alors Thomas, auquel succéda Roger.

cet Ordre. Nous vous prions encore pour votre nouvelle fondation, je veux parler des religieux de Spina : ayez pour eux des entrailles de miséricorde ; que, soutenus par vos bienfaits, ils persévèrent dans le service de Dieu et dans leur Ordre.

LETTRE CCCIL

(Écrite l'an 1153.)

Page 1