‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 42 sur 319 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Le Z^vre de la Considération'

La force de saint Bernard croissait en proportion de son zèle apostolique ; et au milieu des luttes incessantes qui absorbaient sa vie, il trouva le temps d'adresser au Pape Eugène des méditations d'une haute spiritualité.

Le recueil de ces instructions compose le célèbre livre connu sous le titre de Livre de la Considération^ ouvrage sublime qui, du sommet de la contemplation, envisage sous tous les aspects le plan immense et les vastes perspectives de l'Église.

Bernard envoyait successivement à Eugène ces pages ardentes, à mesure qu'il les écrivait. Commencées en 1149, elles ne furent complétées qu'en 1152, alors que le Pape était rentré à Rome.

Il est évident que ce précieux opuscule n'était destiné à aucune publicité. Eugène, devenu Souverain-Pontife, avait conservé à l'égard de son père sprirituel le cœur d'un enfant; et saint Bernard lui parlait avec une noble hardiesse, en mêlant le respect religieux aux expressions des plus tendres sympathies. Dès les premiers mots, on reconnaît qu'il cède à une inspiration spontanée.

« Une pensée me vientà l'esprit, dit-il ; c'est, a ô saint Père, de vous communiquer quelques « pièces écrites pour vous édifier, vous récréer c et vous consoler. »

Puis il ajoute :

« La charité ne s'épuise jamais. Pour moi « je l'avoue en toute vérité, si je suis déchargé a vis-à-vis de vous des devoirs d'une mère, je « n'en ai pas abdiqué l'amour. Autrefois vous a teniez à mes entrailles; il ne vous sera pas a facile de vous en détacher. Montez au ciel, a descendez dans les abîmes, vous ne vous sé- 0 parerez pas de moi ; car je vous suivrai para tout où vous irez. Je vous aimais quand a vous étiez pauvre; je vous aime encore mainci tenant que vous êtes le père des pauvres et c( des riches*. »

Ce préambule nous autorise à croire qu'en prenant la plume, saint Bernard continuait à remplir son ministère de directeur spirituel, et qu'il n'avait en vue que la sanctification de celui qui fut son disciple à l'école de Jésus- Christ.

Le but principal du livre est de montrer au Pape la fécondation et la dilatation du Christianisme par le développement des forces vivifiantes de la Papauté. Saint Bernard comprenait ce que cette haute paternité renferme de ressources pour guérir, pour réparer, pour restaurer foncièrement les sociétés défaillantes ; et, sousla corruption des formes, au sein même de la mort, il apercevait dans cette divine in-

^ De Consid,^ lib. I. Prolog.

VIE SaENTIFIQUE.

tion le principe indestructible de la vie nouyelle et immortelle.

Aussi, selon saint Bernard, la céleste cure de l'Église doit tout à la fois commencer et finir par le Pape.

« 11 faut, dit-il, que votre considération com- « mence par vous et se termine par vous. Vous a devez premièrement vous considérer vousa même ; ensuite ce qui est au-dessous de vous ; a puis, ce qui est alentour de vous ; enfin ce « qui est au-dessus de vous ^ »

Ces quatre grands horizons embrassent, comme on le voit, l'univers tout entier. Ils indiquent aussi les principales divisions du livre dignes d'une sérieuse attention.

Dans la première partie, saint Bernard, examinant la personne du Pape, distingue nettement l'homme et le Pontife, « Qu'êtes-vous ! a Vous êtes ce que vous étiez naguère ; et la a dignité dont vous êtes revêtu ne vous a pas « dépouillé de votre nature humaine. Vous « êtes homme ; et, bien qu'on vous ait fait évêa que, vous êtes toujours homme. Otez le voile a qui vous enveloppe, et vous vous trouverez « homme nu, pauvre, misérable, né pour le « travail et non pour les honneurs ; né d'une « femme et conçu dans le péché *.

«Mais, devenu Pape, qui êtes-vous? Quel a est votre rang dans l'Église de Dieu ?

a Vous êtes, répond Bernard, le grand prêtre a et le Souverain-Pontife, le prince des évê- « ques et le successeur des apôtres ; vous avez a la primauté d'Abel , le gouvernement de «Noé, le patriarcat d'Abraham, l'ordre de a Melchisédech, la dignité d'Aaron, l'autorité a de Moïse, la juridiction de Samuel, la puisasance de Pierre, l'onction de Jésus-Christ; a Vous êtes celui à qui les clefs ont été données, a à qui les brebis ont été confiées. 11 y en a a d'autres qui sont portiers du ciel, d'autres a qui sont pasteurs de troupeaux ; mais vous a êtes à la fois pasteur et portier, avec d'autant « plus de distinction, que vous avez reçu ce a double titre d'une manière différente des 0 autres. Chacun d'eux n'a qu'une portion du a troupeau, tandis que tous les troupeaux en- « semble ont été commis à votre garde. Vous a êtes pasteur, non-seulement des brebis, mais a des pasteurs eux-mêmes. Les autres partaa gent vos soins ; à vous appartient la sollici-

atude universelle Leur pouvoir est res-

atreint dans certaines limites; le vôtre do-

& A te tua coDsideratio inchoet, sed et in te finiatar, etc. (Lib. il, cap. IV, p. 418.) t En quis es?... (Cap. ix, p. 422.)

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