‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 44 sur 319 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

Écrits et discoure de saint Bernard sur la Très-sainte Vierge Marie

Parmi les vertus qui abondaient dans le cœur de saint Bernard, il en était une qui surpassait toutes les autres : c'était la piété filiale, premier parfum de l'àme qui s'ouvre à la vie; fleur printanicre éclose sous les baisers maternels et les sourires du berceau. Elle contient des

1 Que tous V09 sentiments soient conformes à ceux de Jéms-Christ, (Ad Phiiip., II.)

* Vivo e^o, jam non ego, vivit vero in me Christus. ^Galat., 11, 20.)

germes de grâce qui s'épanouissent à travers tous les âges, et produit des fruits délicats qui subsistent dans toutes les saisons.

Bernard avait conservé une impression pro* fonde de sa mère; et ce sentiment lui ût mieux comprendre, mieux goûter et apprécier le mystère de la Mère des chrétiens. Sa mère terrestre avait été pour lui comme une révélation de la maternité divine; et, appliquant à celle-ci

1 Canl.i II, 4.

l'amour filial dont il était pénétré, son cœur s'élevait en quelque sorte naturellement et spontanément vers Marie.

La vénération pour Marie, laHère Immaculée, caractérise éminemment la piété chrétienne; elle distingue les vrais serviteurs de Dieu, ceuxlà surtout qui, à l'instar de saint Jean TÉvangéliste, entrent dans une union plus étroite avec Jésus-Christ, et sont admis dans sa vie intime.

Comment, en effet, serait-il possible d'aimer le Seigneur, sans aimer l'auguste Vierge, sa mère? Comment refuser à cette incomparable Fille de David le tribut de la reconnaissance, du respect, de l'amour et de l'admiration, quand on considère ce qu'elle a été, ce qu'elle sera éternellement devant Dieu et devant les hommes ! Oh I que les apôtres durent l'entourer de religieux hommages, quand ils conversèrent avec le divin Rédempteur que cette Vierge sacrée avait conçu, enfanté, allaité de son lait virginal; à laquelle il avait été soumis pendant les trente premières années de sa vie, et qu'il honorait jusqu'à attendre son intercession, en quelque sorte, pour commencer le cours de ses miracles 1

Il n'y a point de mots pour exprimer exactement le culte que l'âme chrétienne rend à Marie. Ce n'est point une adoration ni un culte divin; ce n'est pas la prière et le sacrifice que l'homme offre à son Créateur; car ces actes ne vont qu'à Dieu.

Ce n'est pas non plus de l'amour, de la confiance, des louanges, des bénédictions, de l'enthousiasme : c'est tout cela ensemble; mais c'est plus que tout cela. Le Christianisme a mis deux nouvelles affections dans les entrailles de rhomme régénéré : l'une est l'amour de nos frères, et s'appelle charité ; l'autre est l'amour d'une mère, et n'a pas de nom.

Déjà, au IV' siècle, l'éloquent Augustin se plaignait de ne point trouver d'expressions pour parler de Marie : « Vierge sainte, s'écriait-il, nous ne savons de quels termes nous servir pour vous louer dignement M » Et saint Bernard, qui ne se lassait point de contempler les grâces de la Mère de Dieu, avoue a qu'il ne peut ni se taire sur un tel sujet, ni trouver un langage qui en fût digne *. o

Dans un de ses discours sur l'Assomption, il laisse échapper ces belles paroles :

a Quelle est celle qui, au milieu d'une vallée a où l'on ne rencontre que travail, douleur et

< Quibus ieiaudibus êffèramnesehî (S. Aug. super Magnif. in OIT. B. V.) * In Àssumpt. B. V. Serm. II.

« misère, apparaît sous le soleil avec tant de

a majesté dans l'abondance de ses délices?

a Pourquoi me taire? Je le dirai ; sa prérogative a singulière consiste dans l'honneur de la vira ginité joint à la gloire de la maternité, aux a insignes de son humilité, aux effusions de sa a vertu douce comme du miel, et à la plénitude a de ses grâces... Mais à la pensée de Marie, je a déclare mon insuffisance, et je ne la cache a point.... Rien ne me plaît, mais rien ne a m'épouvante comme un discours sur la a Vierge. Car, sans parler de ses privilèges et a de ses inefTables mérites, il faut considérer a que tous les fidèles lui portent une telle afa fection, tous l'aiment et la vénèrent à tant de a titres, que les choses qu'on peut en dire, par d cela seul qu'on a pu les dire, sont moins « dignes, moins pures, moins élevées que la «réalité. Pourquoi l'esprit de l'homme pos- « sède-t-il à un si faible degré la capacité d'exa primer les mystères delà gloire?... La chasteté a virginale unie à la fécondité maternelle cona stitue une prérogative unique, au-dessus de « toute parole 1 Que serait-ce si, à ce privilège, « vous rattachiez encore la qualité de Celui a dont elle fut la mère? Quelle langue, fût-ce «la langue des anges, pourrait célébrer di- « gnement la Vierge devenue mère, non pas « mère d'un homme, mais la Mère de Dieul

« Double merveille I Et ce n'est pas assez; « car ce n'est point en cela seul que Marie est « sans égale. Les vertus qui l'enrichissent se «trouve peut-être dans d'autres âmes; mais, « en elle, ces vertus ont quelque chose d'ex- « traordinaire et de surprenant. Quelle pureté « sera jamais comparable à celle de la Vierge « qui mérita de devenir le temple de l'Esprit- 0 Saint, le sanctuaire du Fils de Dieu 1 Quelle « innocence fut jamais associée à une grâce « plus parfaite ! Quelle grandeur jointe à une « humilité plus délicate, à une conscience plus « chaste et plus vigilante *? »

La voix de saint Bernard n'est ici qu'un mélodieux retentissementdes concerts de louanges qui, dès l'origine, ont célébré Marie. Le premier de ces hommages frappa les oreilles de Jésus- Christ lui-même, encore vivant sur la terre : Beatus venter qui te portaviti Heureuse la mère qui vous a enfanté! s'écriait la femme de l'Évangile, Ce cri d'admiration, répété par les échos de la terre et du ciel, éclate dans tous les cœurs, à travers les espaces et les temps; et l'Église catholique, depuis dix-neuf siècles, redit avec le même transport : Heureuses les entrailles de la

^ In Àssumpt. B. V. Serm. II.

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IM

Vierge Marie qui ont porté le Fik de V Éternel/ heureuses les mamelles qui ont nourri le Christ Notre- Seigneur/ C'est ainsi que se réalise magniflqueitientla prédiction deMarie elle-même : Voici que désormais toutes les générations m'appelleront bienheureuse *.

Comment se fait-il donc, 6 mon Dieu! que tant de chrétiens, rachetés par le sang de Jésus - Christ , refusent leurs dévotions à la Vierge dont le cœur a fourni ce sang adorable? Comment se peut-il que des hommes, si attachés en apparence à la lettre de rËcriture sainte, excluent Marie toute seule du précepte de l'Écriture qui commande à tous les enfants des hommes A* honorer leur mère * ?

Pourquoi agissent-ils de la sorte? Ils craignent, disent-ils, d'enlever au Fils ce qu'ils donneraient à la Mère; ils craignent de rendre à Marie les honneurs qu'ils doivent à Jésus- Christ. Mais cette crainte est-elle raisonnable? Est-elle chrétienne? Est-elle naturelle? Voit-on dans la nature humaine qu'un fils soit jaloux de la gloire de sa mère? Le fils se croit-il plus honoré, quand, pour lui rendre à lui seul tout l'honneur, on déshonore sa mère? Jésus-Christ eût-il supporté que ses disciples fussent indifférents et froids à l'égard de cette Mère qu'il chérissait lui-même avec une tendresse toute flliale et toute divine? Refuserez-vous au divin Maître, en ne considérant que son humanité, le premier de tous les sentiments, l'amour filial? Et, en le considérant comme le Verbe de Dieu qui a créé toutes choses, lui contestcrezvous à lui-même les qualités instinctives qu'il a mises dans le cœur de la dernière des créatures?

Toute l'Écriture sainte, dans ses vivants symboles, rend à Marie un perpétuel tribut d'honneur.

L'Ancien Testament nous montre la déférence que Salomon, dans sa gloire, témoigna à sa mère Bethsabée *. L'humble Esther, autre image de Marie, est appelée à partager le trône et le diadème du plus magnifique des rois ^. Judith, victorieuse des ennemis de son peuple, ne donne point d'ombrage aux grands prêtres d'Israël, quand elle reçoit les bénédictions de la piété reconnaissante : Vous êtes la gloire de

* Luc, II.

* Honorem habebls matri tas. — Memor esse debes qus et quanta pericula passa sit propter te. (Tob., iv.)

» m Reg., I.

^ Estb., II. — « Le roi Taima plus que toute autre femme, « dit le texte sacré ; et elle s'acquit dans son esprit et dans « son cœur un crédit plus grand que toutes les autres. 11 lui « mit sur la tète le diadème royal, etc., etc. »

Jérusalem? Vous êtes la joie ^Israël. Vous êtes Vhonneur de votre peuple *.

Or, ces mémorables femmes n'étaient que les ombres prophétiques de celle que la G^sc annonce tout au commencement des siècles,' comme devant écraser la tête du serpent *; de celle que les patriarches attendent comme l'aurore du salut; que le prophète Isaïe désigne au monde en ces termes solennels : Une Vierge concevra, et elle enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel [c'est-à-dire Dieu avec nous] •.

G II me semble voir, dit saint Bernard, une « semence divine, tombée du ciel sur la terre,* cf dans les promesses faites d'en-Haut à no^ anctcêtres, à Abraham, à Isaac, à Jacob. Elle « fleurit dans les prodiges qui éclatèrent à la ce sortie d'Egypte, dans toutes les actions sym- « boliques, sur le chemin du désert jusqu'à la « Terre-Sainte; puis, dans les visions, dans les <t prédictions des prophètes, et enfin dans les a héritiers de la royauté et du sacerdoce, jus- « qu'au Christ.

« Le Sauveur du monde est le fruit de cette « semence, selon la parole de David : Le Sei^ i( gneur a répandu sa bénédiction^ et la terre a a porté son fruit *. »

Rien n'est plus saisissant, plus significatif, que les emblèmes sous lesquels l'Esprit de Dieu nous représente Marie. Elle est, selon Tinterprétation de saint Bernard, le rejeton précieux de la tige de Jessé, d'où naît, comme une fleur divine, le Sauveur des hommes ; elle est la terre promise sur laquelle descend la rosée du ciel, et où germe le Messie; elle est le buisson incombustible où Dieu se révèle au milieu des flammes ardentes •; elle est la verge d'amandier qui fleurit spontanément et produit un fruit miraculeux; elle est la toison de Gédéon qui se couvre d'une mystérieuse rosée au milieu d'une aire desséchée; elle est l'arche sainte qui renferme le gage de l'alliance de Dieu avec les fils d'Adam '; elle est le tabernacle dans lequel Dieu lui-même habite au milieu de son peuple ■'; elle est le vase d'or où se conserve, parmi les enfants d'Israël, la manne du ciel •; elle est la nuée qui répand sur la terre altérée une pluie féconde ; elle est le doux encens qui brûle sur l'autel des parfums sacrés; elle est la porte orientale du Temple, décrite par le prophète Ëzéchiel; elle est la chaste épouse de

• Judith, XV, 10.

• Jpsa conteret caput tuum. (Genes., Ifi, 15.)

• Isaïe, VIT, 14. — * s. Bern. super Miisufest. I Hoffi.

» Exod., III, 2.— • Nombres, x.— ' Exod., XV, 8.— • Id^ XVI, 33.

Dieu, saluée par les anges; elle est la mère du Saint des saints et du Roi des rois; reine ellemême dans les splendeurs des saints.

a C'est dans ses entrailles bénies, continue 0 saint Bernard, qu'a été formé le froment des a élus et le vin qui fait germer les vierges. Dans a son sein virginal a commencé le salut de a l'univers; en elle, le Fils de Dieu s'est revêtu a de la beauté humaine, courant au-devant de « l'Église, son épouse, parée de vêtements d'une a éclatante pureté.

a C'est là que le mur d'inimitié, élevé par la « faute de l'homme entre le ciel et la terre, a a été renversé; là, le temps et l'éternité ont fait «alliance; la divinité et l'humanité se sont a réunies dans une seule et même personne, a Là , le prophète Elisée s'est rapetissé à la a taille de l'enfant qu'il voulait ressusciter... A « quoi pourrai-je vous comparer, ô Mère de la a Beauté éternelle l Vous êtes le véritable Éden ; a c'est vous qui nous avez présenté le fruit de «vie; et celui qui mangera de ce fruit vivra « éternellement. La source des eaux vives, « sortie du sein du Très-Haut, a jailli au milieu «de votre cœur; et, se partageant en quatre « fleuves de grâces, elle a coulé pour arroser la « terre et combler de joie la cité de Dieu ^ »

La virginale Mère de Jésus-Christ occupe dans l'histoire du genre humain une place si haute ; son rôle dans le plan providentiel est si manifeste ; sa participation à tous les faits évangéliques est si considérable, qu'on ne saurait comprendre que son culte soit méconnu par des hommes qui cependant se prétendent chrétiens.

Chose inconcevable 1 Ils veulent suivre Jésus- Christ, et, pour le trouver plus sûrement, ils quittent Marie ! Et, pour mieux aimer le Fils, ils cessent d'aimer la Hère! Comme si l'amour de Jésus était incompatible avec l'amour de Marie; comme si Jésus- Christ ne nous commandait pas d'aimer nos frères ; comme si la Vierge, fille de David et mère de Jésus-Christ, n'était pas la sœur et la mère des hommes 1

Selon les protestants les plus modérés, « Marie « n'est qu'une femme ordinaire, qui n'a pu « être la confidente des desseins du Christ; une « femme sur laquelle il faut garder le silence, « comme les auteurs sacrés^ pour prévenir toute « superstition ; une femme enfin dont l'exemple « ne pouvait servir à personne *. »

^ L. Bern. Serm. panegygr.

) Ces paroles sont extraites d*ua article sur Marie, par V. Coqueiel, pasteur protestant. Biographie sacrée , 2« édit. in-8. Paris, 1837.

0 Marie! que notre langue se dessèche si jamais nous nous taisons sur vos bontés, vos bienfaits, vos grandeurs, sur vos titres à notre amour!

Quoi! les auteurs sacrés gardent le silence! Mais au contraire, toute la Bible est pleine de Marie. Si vous craignez que son culte ne porte ombrage au Fils de Dieu, et ne vous égare dans des voies superstitieuses, ne lisez point la salutation de l'archange consignée dans l'Évangile; Salut, pleine de grâce; le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes V N'écoutez pas sainte Elisabeth, quand à son tour elle s'écrie : Vous êtes bénie entre les femmes^ et le fruit de vos entrailles est béni/ et quand elle ajoute ces autres paroles, également inscrites dans l'Évangile : D'où me vient ce bonheur, que la Mère de mon Seigneur vienne me visiter * ? Effacez aussi du Livre sacré le texte qui témoigne la soumission que Jésus-Christ rendait à sa Mère : // leur était soumis '.Et vous, bergers de Bethléem, et vous, rois d'Orient, qui cherchez le Messie, détournez votre tête ! car, selon le texte de l'Évangile, vous trouverez l'Enfant avec Marie sa mère *.

Que les époux de Cana, après avoir invité à leurs noces Marie avec Jésus, se gardent bien d'exposer leur indigence à la Mère; car elle demanderait à son Fils de leur donner du vin! Qu'ils ferment leurs oreilles, de peur d'entendre le conseil de Marie : JF^aites tout ce qu'il vous dira *. Qu'ils ferment aussi leur cœur, pour n'en point laisser échapper une parole d'admiration et de reconnaissance, quand le Seigneur, aux prières de Marie, accomplit son premier miracle. Gardez-vous bien de lire dans l'Écriture la touchante exclamation de cette femme d'Israël qui, pour honorer le divin Messie, bénit sa mère : Bienheureuse la mère qui vous a enfanté/ Bienheureuses les mamelles qui vous ont nourri V Et enfin retranchez du Nouveau Testament le cantique tout entier, où, dans sa divine extase, Marie prophétise ses destinées futures, et annonce qu'elle sera l'objet des bénédictions de tous les siècles \

Ces textes sacrés ne sont pas les seuls qui justifient, encouragent et commandent le culte de Marie; car nous avons beau nous représenter le Sauveur dans sa carrière terrestre, nous le trouvons sans cesse avec sa Mère; elle partage ses souffrances et ses fatigues; elle recueille ses

> Luc, I, 28. — » /6iV/., I. 43.

s EraU subdiius illis. (Luc, IL 51.) ^ Et intrantes domum, invenerunt Puerum cum Maria matreej'ui, (Matth., ii, il.) * Joan., u, 5. — > Luc, x. 27. — i Luc, ii, 48,

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paroles dans son cœur; elle le suit dans la voie laborieuse et douloureuse; elle est debout au pied de la croix 1 Et, quand après la consommation de tous les mystères, l'Esprit-Saint épanche ses flammes divines sur les élus du cénacle, elle est encore là, comme une Reine, au milieu du sénat apostolique.

Donc, il faut déchirer les Livres sacrés, ou tomber aux pieds de Marie.

Oh I que ceux qui ont prétendu réformer la religion connaissent peu le cœur de Dieu et le cœur de l'homme I Le cœur de l'homme réclamait une mère ; et le cœur de Dieu créa Marie I a En elle, dit saint Bernard, la justice et la paix s'embrassent; en elle se confondent la tendresse d'une mère et la miséricorde d'un Dieu *. »

Et ce nom de mère n'est assurément point une simple figure, une expression allégorique, une exagération pieuse des enfants de l'Église : ce nom exprime un fait, une réalité, une inébranlable vérité. Écoutons l'ange Gabriel et saint Bernard :

« Je vous salue, pleine de grâce; le Seigneur est « avec vous; vous êtes bénie entre les femmes/ Ce a que nous disons à la gloire de la Hère , nous « le disons à la gloire du Fils ; et , quand nous « honorons le Fils, nous honorons la Mère; car a si, d'après l'Écriture, le fils sage est la gloire de o son père *, quelle doit être la gloire de celle «r qui est la mère de la Sagesse même? Or, a continue l'Ange : Ne craignez point, Marie^ car cr vous avez trouvé grâce devant Dieu/ Quelle cr grâce? La destruction de la mort, la rénovaa tion de la vie, la paix entre Dieu et l'homme. « Vous concevrez dans votre sein, et vous enfanterez M un fils â qui vous donnerez le nom de Jésus. Il « sera grand, et sera appelé le Fils du Très-Haut. a Le Fils du Très-Haut, descendu dans vos «t chastes entrailles et joint à votre être, sera « votre fils; Celui qui est engendré avant tous a les siècles sera votre fils ; Celui qui est né du a Père devient votre fils; Celui que vous donnez a au monde est le Fils de Dieu : c'est pourquoi et le fils qui naitra de vous sera appelé le Fils a du Très-Haut '. »

a Oui, reprend le saint dans une autre ho- «mélie; oui, le Seigneur est avec vousl Le flt Père est avec vous : il vous donne son Fils, a Le Fils est avec vous : il forme en vous un flt admirable sacrement. Le Saint-Esprit est avec « vous : il vous confirme avec le Père et le

< Mater UnigeDiti; nil sic potestpoiestatis ejus magnitndiDem commendare, etc. (Senn. in Pentec.) « Prov., X. — » JDe Laud. B. F., ÏV» serm.

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a Fils... Eve était nommée la mère des vivants^ flt quoiqu'elle n'enfantât que des morts; mais (K en Marie se trouve Finterprétationdu mot et flt l'accomplissement du mystère. Car, type et a mère de l'Église, elle est la mère de tous flt ceux qui renaissent à la vie; elle est la mère flt de la Vie même, de la Vie qui fait revivre flt tous ceux qui vivent; son Fils est la vie, la « voie et la vérité; et par ce Fils, nous sommes « tous vivifiés.

a Comme nous étions tous en Adam, dans le a principe, quant à la semence de la génération (K charnelle; nous sommes tous en Jésus-Christ flt par la semence de la génération spirituelle, a Donc, la Mère du Christ est la mère des chréa tiens, non pas seulement à cause de son afa fection, mais à cause du mystère lui-même... flt Par vous, ô Vierge sainte, nous participons a au fruit de vie, au banquet des sacrements; a et, par ce fruit de vie, nous aurons part aux flt joies de l'éternité *. »

Voilà, selon l'exposition lumineuse de saint Bernard, les titres de la maternité de Marie. Elle est notre mère sans doute par la mission sublime qu'elle a reçue du haut de la croix; elle est notre mère par les sentiments de son cœur maternel; elle est notre mère par la tendresse et la sollicitude qu'elle nous porte. Mais elle est mère, bien plus encore, par le mystère de notre génération spirituelle; puisque sa substance, unie à celle du Fils de Dieu, constitue le sacrement de la régénération, sacrement qui nous unit à Jésus-Christ et nous fait participer à sa vie.

Et quand les évangélistes écrivent qu'elle enfanta son fils premier-né ', ils contemplaient les prémices des innombrables enfants de l'Eglise, entés sur le Fils de Marie, grefi'és en Jésus-Christ •, devenus les frères de Jésus- Christ, ses cohéritiers, les membres de son corps^ h c/iair de sa chair, les os de ses os *, participant à son sang, à son esprit, à sa sève divine. Or, si les membres ne font qu'un avec le chef, s'ils sont incorporés à sa substance, comme s'exprime saint Jean Chrysostome; s'ils sont un avec lui, selon l'Évangile, il faut nécessairement qu'ils reconnaissent pour mère la Mère du chef; ils lui sont unis par les liens de la grâce et par les liens du sang, du sang de Jésus-Christ ; liens mille fois plus intimes, plussacrés, plusdurables que les liens de la parenté naturelle.

^ Per te fructum vitœ comtnunicavimus in mensa prœsetttium sacrameniorum, etc. (In Assumpt. B. V. Senn. IV.) « Luc, II, 7. — » Coloss., II, 7.

• Eph., V, 30; I Corinth.,xil, i2, 13, 27.

De là une simple conclusion ; le chrétien est enfant de Marie, ou n'est pas chrétien.

Saint Bernard, le tendilî et pieux serviteur de Marie, lui applique ces paroles du Prophète : Vos enfants habiteront en vous *, « car, dit-il, nous a habitons à l'ombre de ses ailes, et nous nous c< réchauffons aux ardeurs de son âme ". » Et de là encore cette autre exclamation, si souvent répétée, que l'Église emprunte à David : Nous demeurons en vous, 6 sainte Mère de Dieu, comme des enfants pktns de joie •/

La maternité de la Vierge n'est donc pas une conséquence accessoire, une déduction lointaine de la doctrine évangélique; elle a été positivement et formellement instituée; elle est le complément de toute l'économie du Christianisme; elle a été proclamée par le Christ luimême, mourant sur la croix : Ecce Mater tuai Voici votre Mère I parole qui jaillit de la bouche de Jésus, avec la voix de son sang, et que le disciple de l'amour reçoit au nom de tous les enfants de l'Église; parce que seul il avait reposé sur le cœur de Jésus, et que le cœur seul est capable de sentir, de comprendre et de promulguer le mystère des tendresses maternelles.

Le don d'une Mère : tel fut le dernier acte du testament de Jésus-Christ. Il avait donné la grâce, la lumière et la parole de vie; il donna encore ses mérites, ses expiations et ses souffrances pour le salut du monde. Et comme il aimait les siens, autant qu'un Dieu peut aimer, il leur légua, dans un ineflfable sacrement, la substance même de son amour et de sa personne. Enfin, mettant le comble aux largesses d'une bonté sans limites, il donna sa Mère : Voici votre Mère/ dernier mot de l'amour, dernier don d'une sollicitude infinie, dernier gage d'une alliance parfaite et d'une indissoluble solidarité 1

Ceux qui, pour leur malheur, sont devenus étrangers à l'Église catholique, ne peuvent s'expliquer les sentiments des vrais disciples. Et cependant ces sentiments sont ceux de Jésus-Christ lui-même; et le culte de Marie n'est autre chose que le culte même que Jésus- Christ a rendu à sa mère; culte filial qu'il a transmis à ses disciples, lesquels ne forment avec lui qu'un corps et qu'un esprit. Les hérétiques, détachés de cette unité, ne participent point à ces sentiments ; leur piété est desséchée ; ils n'éprouvent rien de filial, rien de suave,

i FiViï tui habitabunt in te. (Isaï, Lxn.) « In smu ipsius cortfovebimur. (In Assnmpt. B. V. Scnn. I.) > Stcut lœtantium omnium nostrum habitatio est in te, sancla D:i Gtmirix f (Psal. LXXXVI, et in Off. B. M. V.)

rien d'affectueux pour la mère des chrétiens; parce qu'ils ne sont pas réellement unis à son Fils. Us ne comprennent pas que ce culte est un besoin du cœur chrétien, un instinct en quelque sorte naturel; et que, par notre union vivante avec Jésus-Christ, devenus enfants de Dieu et enfants de Marie , l'esprit de Jésus- Christ nous arrache ces deux cris : Abba Pater/ Aima Mater/

Ceux-là donc qui n'étudient la Religion qu'avec leur froide raison, ne comprennent pas ces choses; le Christianisme pour eux n'est qu'une abstraction. Ils demandent si Marie était nécessaire à l'œuvre de la Rédemption des hommes. Saint Bernard leur répond, avec tous les docteurs de l'Église, que le genre humain, tombé par l'abus de sa liberté, ne pouvait être relevé sans l'acquiescement de cette liberté pervertie; que la volonté de l'homme, dans l'œuvre du salut, devait adhérer à la volonté de Dieu ; qu'ainsi il fallait quq l'humanité présentât à Dieu une capacité pure, une volonté humble et docile, une âme parfaite, où la grâce pût se rendre accessible, où l'alliance pût se rétablir, où l'union pût se renouer. C'est Marie qui est le chaînon de cette harmonie ; elle est l'anneau nuptial qui a rattaché l'homme à son Dieu.

L'univers entier attendait la Vierge Inunaculée comme la créature unique dont le consentement dût amener l'accomplissement des promesses divines. Écoutez saint Bernard, quand il décrit le moment solennel où Marie va répondre au message du Tout-Puissant:

0 0 Vierge bienheureuse ! vous avez entendu «la nouvelle du salut; prononcez donc les a paroles que nous désirons, afin que nos os 0 humiliés tressaillent d'allégresse. L'archange a les attend ; il faut qu'il retourne à Dieu. 0 «Mère des miséricordes! nous les attendons a aussi, nous, malheureux, qui gémissons sous a l'anathème. Le prix de notre rédemption est et entre vos mains ; nous sommes sauvés, si o vous daignez prononcer votre assentiment, a Créatures de la parole de Dieu, nous mou- (X rons ; et une parole de votre bouche nous a rappelle à la vie. Adam et sa triste postérité, a condamnés à l'exil; Abraham, David, le « monde entier, vous supplient de consentir ! a De vous dépend la consolation des affligés, a le rachat des captifs, la délivrance des cou- « pables, le salut des fils d'Adam, vos frères ! a Dites cette parole si désirée, si attendue par la a terre et le ciel, et par les enfers eux-mêmes. « Celui auquel vous avez plu, et devant lequel

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«Totis âYe2 iroUTé grâce, va manifester son é amour. L'entendez-vous du haut des cieux, a qui s'écrie : 0 vous, la plus belle entre toutes les a femmes * / Répondez à l'ange ; et par l'organe « de l'ange, à votre Créateur. Recevez sa parole, « et donnez la vôtre 1 Que la Parole éternelle a descende en vous, et que la vôtre s'élève dans « l'éternité 1 Dilatez votre cœur, ô Vierge pure, a ouvrez votre sein mille fois béni, et recevez il en vous le Verbe de Dieu, la parole de vie. »

Ailleurs, saint Bernard ramène la même pensée et l'exprime avec la même chaleur. Il se réjouit d'apercevoir, au milieu des débris du genre humain bouleversé, une pierre demeurée intacte. Cette pierre sera choisie pour servir de base au nouvel édifice. Mais il faut que la Vierge privilégiée consente à une coopé* ration infiniment douloureuse *.

« 0 vous qui avez échappé à la malédiction « universelle * I Vierge sage. Vierge pieuse, qui a avez trouvé grâce devant le Seigneur votre « Dieu I Où donc avez-vous appris que Dieu « aimait la chasteté virginale ! Quelle loi, quelle « page de l'Ancien Testament, vous avait ena seigné à vivre de la vie des anges, dans un a corps mortel? Où aviez-vous lu que les vierges a seules chantent le cantique nouveau et quelles a suivent l'Agneau partout ou il va ^7 Pour vous, fit point de commandement, point de conseil, a point d'exemple antérieur. L'onction divine « vous a tout enseigné. La lumière de Dieu «elle-même, vivante, opérante, vous avait « éclairée avant de se revêtir de votre chair et « de s'appeler votre fils... Préparez donc votre « sein ; ouvrez votre cœur 1 Celui qui est tout^ a puissant va accomplir en vous de grandes choses *. « Vous ferez cesser l'anathème qui pèse sur a votre peuple ; et au lieu de tristes gémisse- « ments, on entendra la voix de toutes les gêné- « rations qui vous proclameront bienheureuse*/,,, «Ne craignez point, Marie; n'hésitez point « d'accepter le titre de mère 1 Vous concevrez, a il est vrai ; mais vous concevrez sans péché, « et vous ne connaîtrez point d'homme. Le • Verbe divin sera le fruit de vos entrailles ; a l'amour étemel de Dieu sera le fruit de votre a chasteté. Vierge féconde, Epouse virginale, <i Mère toute pure... Vous êtes bénie entre toutes a les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni^, »

La Vierge a compris le mystère de Tlncar^

* Caût. cânt., I, Tf.— * De Laud, B. M. V. Serm. Vf.

' Ces mots que saint Bernard répète fréquemment, impliquent éYideaunent le mystère de rimmaculée-Conception de Marie.

* Apocal., XIV, 4.

» Luc, I, 48. — • De Laud, B, K., III» serm.

nation de Dieu^^rile y a consenti ; le oui est prononcé : Fiat/ Et ce Fiat, non moins sublime que le Fiat lux qui créa la lumière du monde, fait descendre d'en haut le soleil des esprits, et dissipe les ombres de la mort. Voici la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre parole/ Elle a dit; et les vertus des cieux tressaillent ; les divines miséricordes s'épanchent: Le Verbe s'est fait chair, ila habité en nous. Et les esprits angéliques, célestes amis de l'homme, célèbrent les merveilles de la réconciliation : Gloire à Dieu au plus /mut des cieux, et paix sur la terre aux /lommes de bonne volonté ^ /

Ainsi au Fiat de la création, sorti de la bouche de Dieu, répond le Fiat de la rédemption, qui sort de la bouche de Marie !

Saint Bernard contemple avec ravissement la magnificence de ces mystères :

« La vie éternelle jaillit d'une source qui (x enivre le ciel; ses eaux retombent avec « impétuosité sur le Liban. Quelle est cette « source de vie?C'est le Seigneur Jésus-Christ... a Les eaux sont venues jusqu'à nous ; elles a ont arrosé les places publiques, bien que a l'étranger ne s'y désaltère point. Un canal «nous les amène du ciel; et les grâces en a découlent, selon la mesure de nos besoins, a pour rafraichir nos cœurs blessés...

a Vous avez compris ma pensée ; vous savez a quelle est celle qui a entendu cette parole : a Salut, pleine de grâce/ Si les courants de la a grâce ont manqué trop longtemps au genre a humain, c'est que la Vierge appelée par tant a de vœux n'était pas venue encore, et n'inter^ a cédait point pour nous...

a Comment Marie est-elle arrivée à cette « source? Par la véhémence de ses désirs, par la « ferveur de sa piété, par la pureté de sa prière ; <c car, dit l'Écriture, la prière du juste pénètre a dans les cieux. Or, qui donc est juste, si Marie » ne Test pas ? Marie, du sein de laquelle s'est a levé le Soleil de justice ! Marie, à qui les anges a ont dit : Vous avez trouvé grâce devant DieuL.^ tt Oui, un précieux parfum a été répandu sur <x Marie ; mais avec une telle plénitude, qu'il a déborde de toutes parts avec la plus grande « profusion. Déjà nous le goûtons ; déjà nos a visages se dilatent sous les flots de cette huile c sacrée ; déjà nous nous écrions : Votre nom a s'étend de génération en génération; il est comme ec une huile répandue *.

a 0 hommes, contemplez le dessein de Dieu, le a dessein de la sagesse, le dessein de la bonté. « Voulant arroser l'aire, il verse d'abord la rosée

* Luc, II, 14.—* Gant, cant., i.

€ sur la toison ; et devant racheter le genre huflt main, il dépose le prix de la rédemption entre a les mains de Marie. Pourquoi cela ? Peut-être Cl est-ce pour apaiser la plainte de Thomme ; a et pour que la faute de la promière femme a fût réparée par cette autre femme...

« Ah I considérons attentivement l'honneur <f et Tamour que nous devons à Marie, le Sei- (c gneur ayant placé en elle tout bien, aûnque, a si nous trouvons en nous quelque vertu, quel (c que grâce, nous reconnaissions en être rede- « vables à Celle dont la surabondance est venue «jusqu'à nous... Aussi, du fond le plus intime « de notre cœur, de toutes les atTections de nos a entrailles, de tous nos vœux les plus ardents, a célébrons la gloire de Marie : telle est la voa lontc de Celui qui veut que nous obtenions a tout par Marie. En tout et partout, devenue « notre providence, elle dissipe nos craintes, (C elle excite notre foi, stimule notre confiance, a chasse le désespoir, relève notre courage, a Que toute inquiétude soit bannie I La Vierge a nous a donné Jésus pour médiateur. Redoua teriez-vous d'aller à lui? Il est votre frère, il a est votre chair ; il a passé par toutes les tena tations, excepté par le péché, afin d'exercer a sa miséricorde. Si vous tremblez devant sa a Majesté divine, parce que, tout en se faisant « homme, il est resté Dieu, et si vous cherchez « une protection auprès de lui, recourez à Ma- « rie. Le Fils exaucera la Mère ; le Père exau- «cerale Fils...

a Mes bien-aimés 1 c'est là l'échelle des péa cheurs ; c'est là ma confiance, le fondement « de mon espérance : Vous avez trouvé grâce dea vaut Dieu^ dit l'archange. Oui, voilà le sujet a de notre joie 1 Elle a trouvé grâce, et toujours a elle trouvera grâce, et nous n'avons besoin « que de grâce. La Vierge sage ne demande a point la sagesse comme Salomon, ni les ria chesses, ni la gloire, ni les honneurs, ni la a puissance ; elle demande la grâce, et c'est a la grâce qui nous sauve ^ j>

11 faut saisir dans ces belles pages une pensée profondément consolante. Marie, dépositaire de la grâce divine, la répand sur tous ceux qui l'invoquent. Elle en possède la plénitude; car, dit l'Évangile, elle est pleine de grâce. Or, cette plénitude n'est point pour la Vierge toute seule ; mais de son cœur elle afflue et se déverse sur ses enfants. C'est ce que saint Docteur ne se lasse point de redire. Nous ne pouvons résister à le citer encore :

a Qu'on ne parle plus de votre bonté miséri-

In B. y, Det))Qr.

a cordieuse, ô Marie, si un seul homme peut « se souvenir de vous avoir invoquée dans ses a afflictions, sans avoir été exaucé ^ I Nous nous (( réjouissons de toutes vos perfections ; mais « votre extrême tendresse est ce qui touche « le plus nos cœurs. Nous célébrons votre vir- (c ginité ; nous exaltons votre humilité : mais a votre charité compatissante a quelque chose a de plus consolant pour ceux qui souffrent ; «nous y pensons avec plus d'amour, nous « l'implorons avec plus de confiance. C'est elle « qui a obtenu la rédemption du monde, le « salut des hommes.

a Qui donc, ô Vierge bénie, pourra jamais a sonder l'étendue, la latitude, la sublimité, « la profondeur de cette tendresse compatis- « santé ? Son étendue : elle s'étend sur tous « ceux qui l'invoquent ; sa latitude : elle rem- « plit l'univers ; sa sublimité : elle monte dans « la cité de Dieu ; sa profondeur: elle descend « parmi ceux qui dorment dans les ténèbres. « Par votre charité, ô femme incomparable, le « ciel se peuple, l'enfer se vide, les ruines de « Jérusalem se relèvent, la vie est rendue aux « morts...

a Que notre âme dévorée de soif, se hâte « donc de puiser à cette source ! Que notre « misère s'adresse à <;ptte grande miséricorde... « 0 Marie, daignez faire connaître au monde » la grâce que vous avez trouvée devant Dieu, « en obtenant par vos saintes prières le pardon « des coupables et la délivrance de ceux qui « luttent au milieu des périls. Qu'en ce jour de « solennité et de joie, vos humbles serviteurs, « invoquant votre doux nom de Marie, ô Reine « clémente, reçoivent par votre entremise la « grâce de Jésus-Christ, votre fils, notre Soi- « gneur, béni dans tous les siècles V »

La royale Vierge de Sion, devenue l'objet des amours de Dieu et des hommes, a dû représenter, dans sa forme terrestre, le type d'une beauté parfaite *. En elle ne se trouvait aucune des causes qui flétrissent la nature humaine et la rendent difTorme. Elle possédait, au contraire, avec la pureté, les grâces du visage et les reflets du ciel. L'auréole qui rayonnait sur son f ront,la douceur pénétrante de ses regards, la bonté, la bienveillance maternelle et suave

1 Sileat misericordiam tuam, Virgo beata, si qufs est gui invocatam te in neeessitaitbus mt>, sibi meminerit de» fuisse^ etc. C'est dans cette homélie que se troovent éparses les paroles dont on a composé la salutaire invocation de saint Bernard, devenue célèbre et à jamais mémorable sous le titre de Memorare.

* s. Bern. in Assumpt. B. M. Serm. V.

* Tota pulchra es, dit le Cantique des cant., iv, 7.

VIE SCIEiNTIFIQUE.

répandue sur sa physionomie ; la candeur, la sainte humilité, la majesté, les perfections surhumaines qui respiraient dans toute sa personne ; et jusqu'à l'expression de ses mains vivifiantes qui distillaient la grâce et la lumière; tous ces traits, tous ces aspects ravissent l'âme qui contemple Marie. A la vue d'une beauté si pure, la terre n'a plus de charmes, les scènes du monde s'évanouissent, et toutes les autres beautés s'effacent, comme les astres de la nuit disparaissent à l'apparition de l'aurore et au lever du soleil, roi des astres.

Les témoignages de ceux qui ont eu recours à Marie proclament les miséricordes qui leur ont été faites; d'autres témoignages, non moins irrécusables, racontent les effets surprenants de l'intervention visible de la Mère des chrétiens. Mais les uns n'ont point de termes pour exprimer leur gratitude ; les autres n'ont point de mots pour dire leur admiration. Saint Bernard, à qui la Vierge s'était révélée dans une vision extatique, en conserva une émotion si forte, qu'il y revient dans tous ses discours. Pour en donner une idée, il faudrait transcrire ses méditations sur le Salve Regina \ si onctueuses et si belles : il faudrait traduire encore les jjanégyriques et les louanges inépuisables prononcés en l'honneur de la Mère de Dieu. Nous nous bornerons à quelques extraits de ses homélies sur la fête de l'Assomption.

« Aujourd'hui la glorieuse Vierge, quittant a la terre, comble de joie les heureux habitants « du ciel. Ah 1 si l'âme d'un enfant qui n'avait a point encore paru au jour, s'est dilatée « d'allégresse à la voix de Marie, quel dut être « le tressaillement des esprits célestes quand ils « purent entendre ses accents, contempler son a visage, jouir de sa présence I l'aspect de « Marie enchante l'univers ; et la divine patrie « elle-même brille d'un nouvel éclat, à la lu- « mière de ce flambeau virginal... Notre reine a nous a précédés ; elle est montée pour pré- « parer notre demeure... Elle est notre avocate : a comme mère de notre Juge, et mère de la 0 miséricorde, elle plaidera avec une irrésis- 0 tible puissance les intérêts de notre salut...

a Aujourd'hui nous présentons au Seigneur «un don précieux, afin que par ce gage « d'alliance, offert et accepté, l'humanité soit «unie à la Divinité, la terre au ciel, la fai-

* L'antcor a igonté k cette nouvelle édition la traduction des nièliUtions sur le Salve Regina, et des fragments de quelques autres opuscules. Mais pour ne pas tenir trop longtemps en suspens la partie historique de Touvrage, il a inséré ces pages à la Un du volume. [Note de l Éditeur.)

« blesse humaine à la force toute-puissante, a Du fond de notre vallée un fruit excellent a a été porté dans les cieux, d'où descendent les « dons parfaits: arrivée au port, la Vierge réa pandra ces dons sur les hommes...

« Comment supposer un refus? Le pouvoir « ne saurait lui manquer, ni la volonté. Elle et est la Reine desanges; elle est compatissante : « elle est la Mère du Fils de Dieu: elle est puiser santé. Rien ne peut donner une plus haute a idée des avantages de son intercession, que a ce dernier titre : car on ne peut douter des a égards du Fils pour la Mère, ni de la dilection « tendre d'une mère au sein de laquelle l'A- « mour lui-même s'est personnellement incor- «poré...

a Oui, Celui qu'elle avait reçu à son entrée a dans le monde, la reçoit aujourd'hui à son et arrivée au ciel. Mais avec quel honneur ! « avec quelle magnificence! Sur la terre, aucun « lieu n'était plus digne du Fils de Dieu que « le temple du sein virginal ; au ciel, aucune « place n'est plus digne de la Vierge sacrée que 0 le trône où le Fils de Dieu l'a fait asseoir en « ce jour... Comment nous serait-il possible de « nous représenter la gloire splendide où s'est « élevée la Mère du Sauveur des hommes ?a Comment parler des allégresses et de lajubi- « lation des légions angéliques venant à sa a rencontre et la conduisant, au milieu des acélestQS concerts, jusqu'au trône de la «Royauté? Qui comprendra les hommages, a les embrassements avec lesquels elle fui « accueillie par son Fils, et comment elle a a été exaltée au-dessus de toutes les créatures, (( selon qu'il convenait à la distinction d'une a telle Mère et à la majesté d'un tel Fils!...

(( Plus les grâces dont elle avait été comblée (( étaient abondantes, plus sa grandeur au ciel a est sublime. Si l'œil n'a point vu, si l'oreille « na point entendu, si l'esprit de l'homme ne peut « comprendre ce que Dieu a préparé à ceux qui (( l'aiment, comment dire ce qu'il a préparé à a Marie, sa mère, qui l'aima plus que tous? « Oui, bienheureuse, éternellement bienheu- « reuse la Vierge Marie, soit qu'elle conçoive « le Fils de Dieu sur la terre, soit que le Fils « de Dieu la reçoive au ciel *. »

Ces contemplations, si vivement exprimées, remplissaient saint Bernard d'une confiance sans bornes dans la protection de Marie. Au seul nom de Marie, son cœur s'émeut, son espérance vole vers le ciel ; il invoque, il supplie, il expose tous ses vœux et les besoins de

^ In Àssumpt. D. V, Sir.u. 1.

tous les hommes. Encore une citation, et nous terminerons ce chapitre,

« Glorieuses sont les choses qui ont été dites de c( vous, à cité de Dieu */ ô Mère de Dieul... Non, « il n'est point de langue, point de paroles chez « aucune des nations qui vivent sous le soleil, a qui puissent raconter les merveilles de votre « élévation. 0 pieuse, ô majestueuse, ô tout « aimahlc Marie 1 Vous ne pouvez être nommée « sans exciter l'amour. On ne peut penser à (( vous, sans que le cœur qui vous aime « éprouve un rcdouhlement de confiance.

c< Jamais vous ne venez à notre mémoire sans « nous communiquer une étincelle des grâces a divines dont vous possédez la plénitude..,

« Et maintenant, ô notre Souveraine î nous « crions vers vous de toutes les forces de notre «âme: Aidez notre faiblesse! enlevez notre « opprobre I Voyez celte tunique qui nous « enveloppe ; c'est la robe d'Eve, notre mère ; « elle nous Ta transmise pour notre malheur ; a elle a recouvert de sa confusion la chair de a ses ûls, comme d'un vêtement. Elle a fait a germer ici-bas la semence d'un double mal : a elle a déposé l'injustice dans notre âme et a l'iniquité dans notre corps, et la mort para tout, 0 funeste héritage I déplorable misère a de la nature humaine I... Qui donc nous a délivrera de la corruption de ce vêtement ? « La grâce de notre Sauveur Jésu^-Cbrist, votre

a fils, ô Marie I Jésus-Christ qui, pour guérir « nos infirmités, s'est fait infirme; qui, pour « donner la mort à notre mort, s'est livré pour^ 0 nous pécheurs, et nous a donné sa vie inno- « cente 1

0 C'est vous, ô bienheureuse Vierge, qui c( parlerez au cœur de Jésus-Christ, vous qui « reposez au milieu des secrets embrassements « de ce Fils bien-aimé, et qui jouissez si plei- «nement de ses entretiens intimes l Parlez, « votre fils écoute ; il exaucera toutes vos de-^ « mandes. Invoquez son saint nom sur nous, (( afin que nous soyons guéris de l'ancienne a lèpre du corps et de l'âme. Qu'à votre prière,' (( notre jeunesse se renouvelle comme la jeu- « nesse de l'aigle ; et que d'une voix nouvelle, « mêlés à de nouveaux frères dans ces lieux où «tout est nouveau, nous chantions sur les c( cymbales de la jubilation le cantique noua veau, le cantique de l'immortalité,..

a Oh 1 que le voile tombe de nos yeux, et ((que nous contemplions, dans l'immense a océan de la lumière divine, la gloire de notre « Sauveur ; et que, par les liens de l'amour, (( nous ne fassions qu'un avec lui I

«0 Marie 1 obtenez-nous cette grâce par a votre intercession auprès de votre ûls Jésusa Christ Notre-Soigueur, à qui louanges, a gloire, actions de grâces, dans les siècles des a siècles ^ 1 ))

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