‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 45 sur 319 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Suite des écrits de saint Bernard sur la Très-sainte Vierge. — Harmonie de ces écrits avec ceux

des Pères de rÉglise.

Saint Bernard, dans une courte préface ajoutée à ses homélies sur la mission de l'archange auprès de l'Immaculée Vierge de Sion, déclare qu'il n'a point prétendu écrire des choses nouvelles, mais qu'il s'est contenté de reproduire les sentiments des saiuts Pères '.

Ne semble-t-il point que cette déclaration soit dictée par l'Esprit de Dieu pour confondre ceux qui, quelques siècles plus tard, soutien-

1 GloriOiQ dicta sunt de te, civitos Dei» (Psal. Lxxxvi.) t Hom. super Missus est.

dront que le culte de Marie a commencé au moyen-âge, et que l'abbé de Clairvaux en a été le principal promoteur ?

Notre but, dans ce chapitre, est de justifier l'assertion de notre Saint, en montrant l'accord de ses écrits avec ceux des plus anciens et des plus illustres docteurs de l'Église.

Si la critique nous reprochait ici quelques longueurs, nous donnerions pour excuse les

* s. Bem. Scrm. panegyr. in Mabill.

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paroles mêmes de saint Bernard, tirées de la préface que nous Tenons de citer.

« Ceux, dit-il, qui m'accusent d'avoir fait un « travail superflu, sauront que je l'ai entrepris, «t moins pour interpréter l'Évangile que pour « saisir l'occasion de parler de ce que j'aime, et Si je suis coupable de satisfaire en ce point « à ma dévotion particulière, plutôt que de «rechercher l'avantage commun, la douce « Vierge sera assez puisssante auprès de son Fils « miséricordieux pour obtenir mon pardon. »

Sans doute, l'âme pieuse et fidèle, nourrie de la sève de l'Évangile, et instruite au-dedans d'elle-même par l'onction de l'Esprit-Saint, n'a pas besoin qu'on lui démontre la légitimité du culte qu'elle rend à la Mère du Seigneur. Lors même que l'Évangile eût gardé le silence sur ce culte filial, les vrais chrétiens l'eussent deviné : car l'amour de Marie natt au cœur en même temps que la foi en Jésus-Christ ; et cet amour ne s'enseigne point, pas plus qu'on n'enseigne aux enfants à aimer leur mère.

Il ne faut donc pas demander aux figes primitifs de l'Église, un enseignement doctrinal sur la dévotion des fidèles envers l'auguste Marie. On ne se doutait point, aux heureux jours où la religion était dans la vie pratique, plus que dans la polémique et dans les livres, qu'il fût nécessaire de soutenir par des arguments la plus simple de toutes les vérités.

Si le culte de la sainte Vierge n'a point été systématiquement formulé, toujours cependant il a existé ; les monuments de la plus haute antiquité l'attestent ; les plus anciennes liturgies du monde chrétien en font foi ^ ; et il n'est pas un seul Père de l'Église, pas un seul théologien, à quelque siècle qu'on remonte, qui, dans ses enseignements ou ses discours, ne laisse échap* per des aspirations ardentes au souvenir de cette Fille d'Israël, bénie entre toutes les femmes.

Nous lisons, dans les œuvres de saint Denys l'Aréopagite , des choses remarquables sur la beauté de la Vierge pleine de grâce. L'heureux disciple de saint Paul l'avait vue durant qu'elle vivait encore sur la terre : a A son aspect tout « divin, écrit-il, je me sentis comme environné « d'une splendeur étincelante et d'une clarté si a pure, d'un parfum de vertus si exquises, que « ni mon corps ni mon esprit stupéfaits ne pu- « rent soutenir une si vive émotion. Toutes les

1 Dai» toutes les liturgies da premier Age, la Vierge est nommée, invoquée au saint sacrifice. On peut consulter la liturgie attribuée à saint Jacques, celle de saint Jean Chrysostome, celle des Éthiopiens, et celle des Grecs encore en usage auoord'hoi. {Liturg, orientai, coUeetio^ 1. 1.

c( puissances de mon ftme succombèrent à la a vue de cette ineffable beauté. .La Majesté et divine, qui résidait dans la fille de David, « m'est témoin que, si je n'avais été instruit a par l'Évangile, je l'aurais prise pour une di- « vinité; et je ne puis concevoir, même dans a les Bienheureux du ciel, un plus grand bon- <f heur que celui qui m'enivrait à ces moments « fortunés, tout indigne que je suis *. o

Le seul titre de Mère de Dieu, donné à Marie dès l'origine de l'Église, atteste l'honneur et là singulière vénération dont elle était l'objet parmi les chrétiens. Cette étonnante qualification, à laquelle on ne saurait assigner aucune date postérieure aux temps apostoliques, se trouve d'ailleurs dans les écrits de saint Ignace d'Ântioche *, le héros de la foi primitive; dans les œuvres de saint Irénée et dans celles du grand saint Athanase. C'était un des reproches que Julien l'Apostat adressait aux chrétiens, de donner ce titre à Marie; précieux reproche qui fera éternellement la gloire de l'Église *. Au V" siècle, quand les évêques de la catholicité, réunis au grand concile d'Éphèse, sous la présidence de saint Cyrille d'Alexandrie, rendirent d'une voix unanime un solennel témoignage à la maternité divine, les acclamations de joie poussées par le peuple d'Éphèse, et répétées jusqu'aux extrémités du monde, étouffèrent les voix discordantes qui, pour la première fois, avaient élevé un doute sur ce dognîie sacré.

Saint Irénée, l'apôtre des Gaules, enseignait hautement, au second siècle, ce que saint Bernard écrivait au douzième :

a La Vierge qui porta le Créateur dans son sein dut anéantir, par son obéissance parfaite,' au pied de l'arbre de la croix, la sentence de mort que la désobéissance d'È\e avait attirée sur nous, au sujet de l'arbre de la science du bien et du mal. Eve s'était laissée séduire par un ange pour s'éloigner de son Dieu et pécher contre son Verbe, Marie se laissa instruire par un ange et apprit de sa bouche qu'elle s'unirait

^ Voici en quels termes les anciens historiens grecs da yjM^ siècle rapportent les paroles de saint Denys : Unde Dio» nysius cum ad eam videndam introductus fuissetj vidit tan» ium iplendorem, et angelorum multitudinem innumerabi'iiter super eam^ et propriam Virgiium (iptam Virginem) tanta lace fulgere, utdixisse referalur, quodeam, ut Deum^ adorasset prœ magnitudine gloriœ^ quam videdat, niti evangelica fuisset fide coactiis. (In op. sancti Dionys. £d. Venetiis, 1756. Tom. II, p. 118.) Les mêmes paroles sont rapportées dans les Commentaires de Rickelius, cap. m, de divmis Nominibus^ art. xvi.

« Ad Ephes., cap. xviTi.

» Voyez La Bletterie, Vie de Julien l'Apott,^ p. 371, note.

à Dieu, en obéissant à son Verbe... Si donc le genre humain s'est perdu par Eve, encore Tierge, nous le voyons aujourd'hui sauyé par une autre Vierge; la soumission de Tune ayant senri d'antidote et de contre-poids à l'insubordination de l'autre... La prudence du serpent fut vaincue par la simplicité de la colombe; et ainsi tombèrent leschaines qui nous attachaient à la mort par une funeste nécessité ^ »

Les similitudes et les contrastes entre Eve et Marie avaient frappé aussi saint Épiphane, au IV* siècle. U se demande, en expliquant la Genèse, pourquoi Eve, la coupable, est appelée la mère des vivants : a Qu'est-ce à dire? Eve n'avait pas reçu ce titre quand elle habitait le paradis, et on l'appelle mère des vivants après qu'elle est condamnée à n'enfanter que des générations mortes ! C'estqu'elle fut ainsi nommée mystérieusement à cause de Marie, dont elle est la figure; Marie étant véritablement la mère des vivants, puisqu'elle est la Mère de tous les hommes, auxquels son enfantement a donné la vie *. »

Tertullien apporte dans l'interprétation de ce mystère son énergie habituelle : « De même que,dans Eve encore vierge, la parole du démon avait produit des fruits de mort; de même la parole de Dieu, dans une autre Vierge, a produit les fruits de vie ; et ainsi le sexe qui a commencé nos malheurs est appelé à les réparer et à devenir l'instrument de notre salut '. »

Dans les pieuses poésies de saint Ëphrem, le docteur de la Syrie, nous trouvons les mêmes inspirations, les mêmes élévations qui, huit siècles après, se reproduisent dans les homélies de saint Bernard. U contemple avec transport la dignité incomparable de la Vierge élevée au-dessus de toutes les créatures; et, la saluant avec l'archange, il lui dit : a 0 Vierge sainte et immaculée I Marie, mère de mon Dieu I Vous êtes la Reine des cieux et de la terre, l'espérance des affligés, notre protectrice pleine de gloire et de vertus; vous êtes entourée d'une auréole plus radieuse que le soleil; vous êtes couronnée de plus d'honneur que les Chérubins, de plus de sainteté que les Séraphins; vous êtes plus élevée que toutes les Dominations d'en-Haut. Vous avez été la désirée de nos pères, la joie des prophètes, la consolation des apôtres, la gloire des martyrs, l'honneur de tous les saints.... 0 Vierge, qui apportez aux hommes la lumière 1 Puissante consolatrice I la plus sainte et la plus accomplie des créatures I A quoi vous compa-

* s. Iren., lib. V, cap. xix. — 'S. Epiph. Âdverg. hœres., l. VU, xxiviii.— » Teriul. De çarne Jesu Christi, cap. xxi.

rerai-je? C'est vous qui êtes cet encensoir d'or d'où s'exhalaient des nuages de suavité 1 Vous êtes la lampe qui, nuit et jour, brûlait devant le sanctuaire; vous êtes l'urne qui renfermait la manne du ciel; la table sur laquelle était gravée la loi de Dieu; l'arche de la nouvelle alliance; le buisson ardent qui ne se consumait pas. Vous êtes la tige de Jessé qui porte la plus belle de toutes les fleurs; et cette fleur, c'est votre fils, c'est le Sauveur qui est à la fois Dieu et honune ; et, vous, Marie, vous êtes sa mère ! ... »

Éphrem continue : « C'est par vous, ô Vierge sainte, que nous avons été rattachés à notre Dieu. Vous êtes l'espérance des pécheurs et la ressource inépuisable de ceux qui manquent de secours; vous êtes le port où les naufragés abordent avec assurance; vous êtes la consolation du monde, l'asile des orphelins, la rançon des captifs, le soulagement des malades, le baume des infirmes, le salut de tous. En vous le solitaire se recueille; en vous l'homme du monde retrouve la lumière et la paix. Nous accourons donc, ô sainte Mère de Dieu, sous les ailes de votre protection; couvrez-nous de votre miséricorde; ayez pitié de nous! Oui, les yeux baignés de larmes, nous vous supplions d'intercéder pour nous, afin que votre fils, notre clément Sauveur, ne nous rejette pointa cause de nos péchés, et ne nous retranche point de sa vigne comme des branches stériles ^.. »

«La divine Incarnation, dit ailleurs saint Éphrem, a fait du cœur de Marie un paradis où réside la Divinité.... Seule, entre les fenunes, elle a été choisie pour être le véhicule de notre salut... A Marieviennent aboutir tous les oracles des justes et des prophètes. C'est de son sein qu'est sorti le flambeau quia éclairé les hommes plongés dans les ténèbres... Nous pouvons appeler Marie le sanctuaire du Fils de Dieu, nouveau ciel dont parle l'Apocalypse^ où le Roi des rois établit sa demeure ; vigne féconde, d'où s'épanche un suc délicieux; source d'eau vive d'où se répandent les eaux du ciel *... »

Un autre écrivain des premiers siècles, saint Méthodius, nous a laissé des pages admirables sur la Souveraine des anges. 11 la loue, il la bénit, il l'implore avec l'accent d'une âme profondément touchée : a Comment pourrai-je célébrer votre grandeur, ô Mère vierge et Vierge mère? Ah I vous êtes trop élevée au-dessus des hommes pour que la langue des hommes puisse chanter des louanges dignes de vous! 0

* s. Ephrem, Serra, de Land. B. V.

* Idem, Sonu. de laud. B. V., tom. 111, p. 607 et 629, passim. Ed. Rom. ex typog. Yalic.

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fille de David, mère de mon Seigneur et de mon Dieu, si j'essaye de vous louer dans la langue de vos pères, je n'emploierai dii moins que des pensées empruntées aux Livres sacrés. Bienheureuse tige de Jessé! le Seigneur est avec vous, car en vous il a placé son tabernacle. C'est en vous, ô Marie, que toutes les promesses de Dieu, que toutes les espérances de nos ancêtres ont eu leur accomplissement, c'est en vous que le Seigneur s'est fait Emmanuel, c'està-dire Dieu avec nous,...

a Oui, le Très-Haut, qui se suffit éternellement à lui-même, a néanmoins reçu quelque chose de vous; il a reçu de vous un corps semblable au nôtre; et c'est de vous que le Tout-Puissant, pour accomplir ses desseins, a tiré tout ce qu'il lui fallait pour se faire homme. Quoi de plus sublime I Quoi de plus merveilleux I Oui, c'est vous qui lui avez fourni ce corps sacré, au moyen duquel mes yeux ont pu contempler le Sauveur. Salut, ohî salut, mère et servante de Dieu, la seule créature à qui Dieu ait voulu être en quelque sorte redevable. 11 nous dit : Honorez votre père et votre mère. Et lui-même, qui nous donne ce précepte, ne l'observera-t-il pas envers celle dont il a reçu la naissance; envers celle qu'il a élevée au plus haut des deux par la gloire dont il l'a entourée?

« 0 vous qui êtes le temple du Très-Haut, le sanctuaire vraiment auguste où Dieu lui-même est venu habiter, nous ne vous ofTrons point de vaines louanges, et ce ne sont point des éloges passagers que nous prononçons en votre honneur. Les faits eux-mêmes sont les titres de votre gloire : vous avez nourri notre Sauveur de votre lait virginal, après avoir revêtu sa divinité d'un corps formé de la substance du vôtre. Comment serait-il possible de vous honorer autant que vous le méritez •?...»

Écoutons maintenant l'austère saint Jérôme qui exalte les privilèges de Marie, et se réjouit des fêtes dont elle est l'objet dans toutes les Églises du monde :

« Qui pourrait douter que la Vierge, choisie pour recevoir dans son sein le prix de notre rédemption , ne soit assez puissante pour nous obtenir le bienfaitde notre délivrance.C'estdonc à bien des titres que nous la célébrons dans nos assemblées, puisque nous lui sommes redevables de l'heureux commerce du ciel avec la terre...

a 0 Mère de mon Dieu 1 quelle gloire est la

* s. Mclhodius, in Purif. B. V. — Ce saint évèquc, auteur d'un livre intitulé : Bunt/uei des Vierges, devint un des plus illustres martyrs de la persécution de Diocictien.

vôtre î Vous avez conçu dans votre sein virginal l'Auteur de la vie, vous avez couvert de vos maternels baisers les lèvres de Jésus encore teintes de votre lait; et, quoiqu'il fût votre Créateur et votre maître, vous l'avez vu sous la forme d'un enfant s'attacher à vous en essayant ses premiers pas, et remplir votre cœur d'une joie inexprimable. 0 merveilleux enfantement! tu as fait l'allégresse des anges, la joie des bienheureux. Le genre humain tout entier,: enveloppé dans un même ànathème, avait besoin de toi pour être déchargé du poids de sa réprobation. »

Saint Jérôme , après avoir épuisé les mâles accents de son éloquence pour célébrer la dévotion filiale dont son âme était pleine, cherche, dans les spectacles de la nature des harmonies et des images poétiques pour offrir à la fille d'Abraham un tribut de louanges :

a C'est vous. Reine des grâces, qui faîtes ac-; courir les chœurs des vierges auprès de lasource des eaux vives, à travers les chemins semés de lis blancs comme la neige, et parés de toutes les richesses du printemps. Dans les régions sublimes, vous êtes assise à la première place, au milieu de fleurs humectées d'une rosée divine, comblée des ineffables délices du paradis, où vos mains se plaisent à cueillir ces fleurs qui ne se flétriront jamais. Votre voix, unie aux chants des anges et aux hymnes des archanges, ne cesse de répéter avec eux : Saint, Saint, Saint 1 Mais, que dis-je? Comment louer Marie?... Si je vous appelle la mère des nations, ce n'est pas assez; si je vous appelle la vive image de Dieu, je n'énonce qu'un fait; si je vous appelle la nourrice d'un Dieu, je ne dis rien que la simple vérité. 0 bienheureuse mèrel nourrissez donc Celui qui est notre nourriture ; nourrissez Celui qui fait les délices des anges... Ahl souvenons-nous qu'en mettant au monde Celui qui est notre frère, Marie est devenue véritablement notre mère ; et qu'ainsi, plus elle est élevée en pouissance et en majesté, plus nous devons ressentir les sollicitudes de sa maternité *. »

Les sollicitudes de ce cœur de mère se montrent, en effet, dans toute l'histoire de l'Église; et, comme le répète fréquemment saint Bernard, la grâce qui a jailli dans son sein déborde dans tous les siècles. Elle est le canal de la divine miséricorde qui, selon ses propres expressions, se répand de race en race, et de génération en génération, élevant les petits et les humbles, abaissant les grands et les superbes, ras*

> s. Hieron., in Assnmpt. D. y.fjossim.

sasiant ceux qui sont affamés, et renvoyant vides ceux qui sont dans tabondance, ainsi que k Seigneur l'avait annoncé à Abraham et à sa postérité *.

Le grand saiat Athanase s'exprime avec la même ardeur :

a L'Esprit-Saint, dit-il, en pénétrant dans le a cœur de la Vierge, y dépose toutes les vertus « inséparables de sa divine essence, et la rem** a pIit,riraprègne,pour ainsi dire, tout entière, fi de sa grâce, gratia plena; ce qui est signifié « par ces mots ; La vertu du Très-Haut vous a couvrira de son ombre. Que cette vertu toute* a puissante soit demeurée unie à elle, depuis « sa conception et après son enfantement, et a tout le temps de sa vie, c'est de quoi nous ff sommes persuadés; car je ne saurais croire « que cette plénitude de grâces n'ait été que « passagère dans la sainte Vierge; non, mais la « grâce lui a été communiquée pour tous les « temps. De même, ce n'est pas seulement pour « une seule fois que la vertu du Très-Haut Ta « couverte de son ombre vivifiante ; mais cette « vertu l'environne encore maintenant et toua jours; en sorte que, par la présence du Saint- «Esprit, elle est éternellement pleine dô « grâces •. »

Saint Cyrille, patriarche d'Alexandrie, qui, en

rannée43i,alléguaitrautoritédesaintAtbanase en faveur du culte de la Mère de Dieu, termine unde ses discours par cette sublime invocation :

a Je vous salue, Marie, mère de Dieu, trésor « de l'univers! Je vous salue, vous qui, dans « votre sein virginal, avez renfermé Tlncom- « prében8iblG;.vous, par qui la Divinité a été « glorifiée et adorée; vous, par qui le nom saa cré du Sauveur est exalté dans le monde ; « vous, par qui le ciel triomphe, les anges se réa jouissent, les démons reculent; vous, par qui « le tentateur est vaincu, et la créature repen* (( tante élevée jusqu'au ciel; vous, par qui les « fidèles obtiennent le baptême et sont oints « d'une huile de joie; vous, par qui toutes les « églises de l'univers ont été fondées; vou8,enif fin, par qui le Fils unique de Dieu, vraie lu* « micre du monde, a éclairé ceux qui étaient « ensevelis dans les ombres de la mort... Est-il « possible de louer dignement l'incomparable « Marie '?»

Tels étaient les hommages, tels sont les fer-* vents témoignages que les docteurs des temps primitifs rendaient à Marie l Encore n'avons* nous pu qu'effleurer les archives des siècles; car il faudrait des volumes pour transcrire les

i Lue., i,«^ < 6. Atban., de Sanctigt», JHipara^ va op. i69S. s S. CyiUl., in opéra, tom. III,

invocations, les instantes supplications, les actions de grâces, les panégyriques, les homélies pleines de douceur, les traités lumi* neux, qui se trouvent dans saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Jean Chrysostome, saint Ambroise, saint Augustin, saint Jean Damascène, saint Fulgence, dans toutes les œuvres des théologiens, des orateurs et des poètes catholiques.

Comment les prédicateurs de l'Évangile aU"raient-ils pu garder le silence sur Marie, quand ils prêchaient la naissance de Jésus-Christ? Comment leur eût-il été possible de contempler le divin Agneau, expirant pour les péchés du monde, sans parler de la Vierge vénérable qui était là, comme Abraham, sacrifiant son fils unique? Elle était debout, au pied de la croix, dans l'attitude du Pontife qui ofTre la victime, obéissant comn^e son fils, et obéissant jusqu'à la morti Comment exposer ces douloureux mystères sans donner une larme à ce cœur maternel? Comment se peut-il qu'il y ait des églises, portant le nom d'églises chrétiennes, ou Marie est oubliée? Peut*on oublier une mère?

Cependant, ce que nous avons cité semble suffire au but que nous nous sommes proposé : le culte de la Mère de Dieu n'est point une dé-< votion née au moyen âge ; il a existé dans tous les âgeB chrétiens; il existera jusqu'à la fin des temps et au delà, dans les siècles des siècles. Saint Bernard n'a rien ajouté au culte, aux enseignements, à la dévotion de l'Église,

Mais ce que nous ne voulons point contester à notre Saint, c'est sa tendre piété. Jamais, ni avant ni après lui, personne n'a dit de Mario des choses plus aimables, plus gracieuses, plus exquises; nul mieux que lui ne célébra les nobles prérogatives de la Vierge et les tendresses intimes de la Mère.

Nous terminerons par un fragment d'une homélie de saint Bernard, qui est comme le bouquet de son ardente dévotion. Ce n'est point un discours; c'est une prière, une hymne, un chant, un concert de soupirs; c'est une poésie pleine d'onction et de vérité.

a Le nom de la Vierge était Marie *, Quelques 0 mots sur ce nom de Marie, dont la significaa tion désigne l'étoile de la mer... Elle est, en «elTet, la célèbre étoile de Jacob qui brille a dans les cieux, darde au fond des enfers, « illumine le monde, échauffe les âmes plus a que les corps, consume les vices et enflamme « les vertus.

« Elle est belle, admirable, cette étoile qui

* Super Minsu* e^t. 2' Hom.

rm SCIENTIFIQUE.

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« domine rOcéan, qui èiineeJte de rerius, qui « nous instruit par ses clartés. 0 vous qui na- 0 viguez au milieu du flux et du reflux de la « vaste mer, et qui ramez, plutôt que vous ne « marchez, au milieu des orages et des tem- « pêtes, regardez cette étoile, flxez-la pour ne « pas sombrer sous les flots. Si les fureurs de a la tentation se déchaînent contre vous, si a vous êtes environné de tribulations et d'é- « cueils, regardez Marie, appelez Marie l Si vous « êtes en butte aux tourments de Torgueil, de « la médisance, de la jalousie, criez Mariel..., < Si, accablé par Ténormité de vos crimes, « confus des plaies hideuses de votre cœur, « épouvanté par la crainte des châtiments, vous « vous sentez enveloppé dans les nuages de la

« tristesse, prêt à tomber dans TaMme du dé»* « espoir qui s'ouvre à vos pieds, appelez Marie, « regardez Marie. Dans tes périls, dans les an*' 0 goisses, dans les perplexités, appelez Marie; « dites : Marie I Que ce doux nom ne soit jamais et loin de votre bouche, jamais loin de votre « cœur; et, pour obtenir une part à la grâce «qu'il renferme, n'oubliez pas les exemples 0 qu'il vous rappelle. En suivant Marie, cm ne « s'égare pas, on ne tombe pas. Si vous lui «tendez la main, elle vous soutiendra, elle « vous protégera, et vous ne chancellerez point. « Sous sa conduite, point de fatigue; sous ses « auspices, point de naufrage. Comprenez 0 Marie, et vous saurez pourquoi il est écrit : 0 Le nom de la Vierge était Marie, n

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