‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 6 sur 319 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

«téméraires, n'ayant d'autre titre que leur <i fortune, se poussent dans les prélatures et a mettent leur confiance , non point dans les a dons de la sagesse, mais dans les hasards de a l'or et de l'argent qu'ils amassent; et une fois a parvenus à la tête des églises, ils donnent un «libre cours à leur cupidité, seul dieu qui « règne dans leur âme. La piété des évêques « n'est plus qu'un vain nom ; l'austérité des «r abbés se relâche ; le zèle de la discipline mo- « nastique se refroidit, le vieuxLéviathan relève a sa tète et reprend confiance *... »

Saint Grégoire VII entreprend de guérir ces plaies. Quel courage, quelle vigueur n'a-t-il pas fallu à ce grand Pontife pour attaquer de front l'incontinence des clercs, l'avidité des prélats, les prétentions des souverains, et dégager l'autorité du Siège apostolique de ces entraves! Seul, il lutte contre toutes les passions déchaînées; et soutenu par la force d'en haut, il poursuit son œuvre sans redouter ni les sourdes résistances des princes de l'Église, ni les guerres ouvertes des princes du monde. A ceux-ci il arrache le privilège de conférer les dignités ecclésiastiques; et alors commencent ces longues et violentes querelles connues sous le nom de Guerre des investitures, dont le résultat définitif fut l'affranchissement de l'Église. A ceux-là il oppose la loi du célibat, antique prérogative des prêtres catholiques, qu'ilsavaientlaisséetombei en désuétude, mais qui est la condition de leur spiritualité, la sauvegarde de leur vocation, le gage de leur dévouement et de leur haute indépendance.

Le temps du développement de la raison était arrivé. Dans l'humanité comme dans l'homme individuel, elle n'entre en exercice que par l'opposition. Dès le commencement du XII" siècle, et au plus fort des conflits qui divisaient le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, deux faits remarquables se produisent presque au même moment : l'affranchissement de la raison, qui introduit dans les écoles de théologie un esprit de critique et de licence; et l'affranchissement des communes, dans différentes contrées de l'Europe, qui rattache à la liberté politique un funeste esprit d'insubordination. L'idée de la liberté, telle que le nouvel âge de l'Église la comportait, et telle qu'elle dut s'épanouir dans le monde moderne, travaillait la civilisation. Son développement graduel, s'opérant sous l'influence de l'Évangile, et s'adaptant aux besoins des peuples, eût peu à peu modifié les institutions sociales et rendu aux

> Rodolphe le Chauve, Chron,

deux pouvoirs, en ascendant moral, ce qu'elle leur ôtait en puissance matérielle, i Mais telle ne fut point la marche des choses. Soit par la fautedes gouvernants ou des peuples, soit pardéfaut dematurité des uns et des autres, la liberté fit fausse route , en politique comme en religion; elle se heurta contre des écueils qui la firent dévier et retardèrent son exercice régulier.

En effet, toutes les tentatives de la raison émancipée dans l'une et l'autre sphère, outrepassaient les bornes. Si TaiTranchissement des commîmes s'était accompli dans le sens égoïstique des bourgeois libres du XIP siècle, on eût bientôt vu chaque ville, chaque commime, convertie en république indépendante, et le sol de l'Europe morcelé en une infinité de petits États ennemis les uns des autres, sans aucun lien d'union. De môme, dans l'ordre religieux, si l'atTranchissement de la raison s'était opéré dans le sens des libres penseurs de l'école de Jean Érigène, de Roscelin, d'Abeilard, on eût vu chaque église transformée en arène scolastique, et la chrétienté divisée en sectes multiples et discordantes, sans aucun foyer commun.

La réaction dans les deux ordres de choses dut échouer, comme tout ce qui se fait en dehors des voies tracées par la Providence. L'opposition, d'abord dirigée contre les abus de l'autorité, se dressa bientôt contre l'autorité elle-même; et cette digue une fois rompue, les flots de Terreur envahirent impétueusement les écoles; préliminaires des calamités que recueilleront les siècles postérieurs.

Le Pape et les souverains, toujours en guerre, se prêtaient vainement un appui mutuel pour corriger ou réprimer la perturbation des esprits. Hais les censures fulminantes du pouvoir spirituel, bien que soutenues par le bras séculier, ne i)urent réduire au silence les clameurs de la raison s'insurgeant contre le principe même de l'autorité; et les exécutions sanglantes par lesquelles les princes, appuyés sur le clergé, prétendaient étoufTer les mouvements populaires, ne réussirent pas mieux à rendre leur joug moins odieux et la rébellion moins générale.

Le clergé cependant, surtout en France et en Italie, semblait mieux comprendre les besoins de cette époque, et secondait autant que possible la liberté politique. On vit un bon nombre d'évêques* aller au-devant des vœux du peuple, présider eux-mêmes l'organisation des commîmes, leur octroyer des chartes et des fran-

^ Voyez Gallia christiana, t. IX, p. 714, 998 scqq.

chises; d'autres résistèrent courageusement aux exigences intempestives, et comprimèrent celles qui dégénéraient en violences. Mais, par une étrange contradiction, une assez grande partie du clergé, qui d'un côté combattait les excès de la liberté, de l'autre embrassait avec engouement les doctrines nouvelles, et favorisait l'introduction du rationalisme dans les écoles de théologie. La vigilance des Souverains Pontifes ne parvint pas à empêcher Tesprit de critique de s'attacher aux faits et aux enseignements.

La grande lutte entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel se répétait en petit dans chaq ue État, dans chaque province , dans chaque, commune; et cette lutte, transportée du champ de bataille dans le monde intellectuel, amena uneautre guerre non moins violente, non moins périlleuse, celle de la raison humaine aux prises avec la foi.

Le désordre semblait irrémédiable. On ne voyait plus rien qui pût arrêter l'explosion du mal; et en effet, si l'esprit d'orgueil avait prévalu, c'en était fait du Catholicisme en Europe, et de la civilisation du monde.

Il fallait le prodige d'une influence surhumaine pour ramener dans les voies de l'unité les esprit^ divisés; pour enchaîner subitement la tendance excentrique du rationalisme; pour captiver, comme par enchantement, peuples, princes, rois, clergé, pontifes.

Une idée nouvelle, semblable à un astre inconnu qui brille d'un éclat extraordinaire au milieu de la nuit, plane sur l'Église et attire tous les regards; sa lumière se projette en un moment sur l'Europe entière et allume partout un enthousiasme sacré ; les discussions cessent, les combats s'arrêtent, les ressentiments s'évanouissent; toutes les classes de la société chrétienne se rassemblent, s'entremêlent, fraternisent; les peuples, qui tout à Theure se démembraient et se fractionnaient pour vivre isolés dans leurs étroites murailles, se lèvent simultanément comme un seul homme; ils ne forment plus qu'une seule nation, qu'une seule armée; ils marchent sous une même bannière, obéissent à une même impulsion, se dévouent à la même cause,

Qu'est-ce donc qui se passe dans le monde? Quelle est la grande nouvelle qui se dit et se répète en Orient et en Occident? Quel est le but de cet universel ébranlement des nations chrétiennes?

11 s'agit de la délivrance de Jérusalem 1

Un humble ermite, un pèlerin que nul ne

INTRODUCTION

eonnati, un pauvre moine descendu des monlagnes de la Judée, raconte à l'Europe les malheurs de la Ville sainte. A sa voix, la chrétienté s'émeut et provoque une croisade ; le Pape Tencourage; les peuples répondent t a Dieu le a veut! Dieu le veutl » Ce cri magique opère des prodiges; les cœurs sont électrisés; les héros surgissent en foule; l'Europe se précipite sur l'Asie : Jérusalem est conquise, et le saint Sépulcre arraché aux mains des infidèles ! Sous le poids de cet événement, la raison humaine reste atterrée.

Mais que signifie cette expédition romanesque? A quoi se réduit le royaume de Godefroy ? C'est le plus mince de tous les royaumes. A peine son territoire embrasse-t-il l'étendue de quelques bourgades; et c'est là cependant le résultat d'une conquête tant vantée par les poètes 1 Encore que de sang, que de bouleversements n'a-t-il pas- fallu pour la conserver ou la répéter pendant deux siècles I

Ainsi parle le rationalisme *.

De nos jours, le point de vue de ces Croisades s'est élargi ; et des appréciations plus graves, plus éclairées, déposent en faveur des avantages politiques de cette grande épopée.

Tous les esprits sérieux, en comparant l'état général de l'Europe, à la fin des, Croisades, avec ce qu'était la société avant cette époque, ont constaté les bienfaits de tous genres que la civilisation en a retirés. En effet, sans parler ici des progrès de la navigation, du commerce, de l'industrie, de la discipline militaire dont des ordres religieux ont fourni le modèle; ni des perfectionnements qui ont été la conséquence du rapprochement des peuples occidentaux et de leur contact avec la civilisation orientale; il s'est accompli des faits plus généraux, des révolutions plus décisives que l'histoire ne peut attribuer qu'à l'influence des Croisades. Car, ainsi que nous l'avons remarqué, le mouvement de décomposition et de dissolution qui menaçait l'existence de la société européenne, a été arrêté par un mouvement opposé. Les foyers individuels, que la féodalité avait enracinés dans le sol, s'absorbèrent les uns les autres dans une sphère plus vaste; et la liberté politique, dégagée de son esprit hostile, put s'é-

*■ Voyei Fleury, Histoire ecclénastiquê, 6« discours. Voyez aussi Gibbon : c C'est avec autant de surprise que de corn-

« passion, dit ce dernier, qu'on voit des hommes de toutes

• les conditions risquant leur fortune et leur existence contre c le fol esftoir d'acquérir ou de conserver une tombe de pierre, c pUcée à deux mille milles de leur pays. » {Histoire de la décadence de t Empire romain^ t. XI, ch. Lix, p. 397.)

tendre sans secousses et se constituer sans violence.

Ce sont là quelques-uns des grands et incontestables résultats dont le monde est redevable aux Croisades; et la sagesse humaine, Jugeant de la cause parles effets visibles, est elle-même forcée de leur rendre témoignage, bien qu'elle fasse peu de caswde l'idée qui les domine.

C'est cette idée cependant qu'il importe de saisir; autrement l'explication des réalités qui en ressortent ne sera jamais complète ni satisfaisante. Quand nous contemplons la pensée religieuse des Croisades dans leur rapport avec le développement spirituel de l'humanité, nous y voyons autre chose que des avantages politiques, qu'un remaniement social, qu'une voie de civilisation matérielle.

Nous reconnaissons d'abord qu'une idée qui, durant plusieurs siècles, a mis en mouvement toutes les nations chrétiennes, dans un but qui n'avaitriend'humain,n'apuvenirde l'homme :

elle est venue d'en haut; et le cri de guerre : Dieu le veutl était le cri de la vérité.

Cette idée, disons-nous, n'a point été comprise par la raison ; elle ne le pouvait, car elle était précisément dirigée contre la raison : elle dut l'étonner, la maîtriser, la paralyser par sa subite apparition et par l'action vive et profonde qu'elle exerça sur la foi. Or, c'était là, nous le croyons, le véritable objet des Croisades, leur but moral. Le réveil de la foi et son triomphe sur la raison turbulente, dans le temps même où le rationalisme desséchait les cœurs et entravait les voies de l'esprit; telle a été la conséquence directe, immédiate, et la plus frappante, à nos yeux, que les guerres saintes aient produite dans le monde chrétien *. C'est ce qui explique les accents chaleureux des prédicateurs des Croisades. Tous les apôtres de la foi, et les hommes habituellement les plus pacifiques, soutenaient cette cause avec une irrésistible énergie; tandis qu'Abeilard et les hommes de l'école rationaliste en signalaient froidement les inconvénients et la combattaient avec opiniâtreté.

La science du rationalisme chrétien, comme autrefois la sagesse de la raison païenne, dut être confondue par la folie de la croix.

Rien n'était assurément plus capable de ranimer l'esprit religieux du moyen âge que le spectacle de la désolation de Jérusalem et le souvenir des lieux où le divin Sauveur expia

^ Le rationaliste GiMwn en &it Taven. « A la voix dei « saints orateurs, dit-il, le zèle s'enflammait, la raison deveoai' « muette. » (T. XI, ch. ux.)

les péchéd du monde par ses sou<n*ances et sa mort. Ces réminiscences sacrées et les hautes espérances qui s'y rattachent, provoquèrent partout la réaction de la foi; et la foi, à son tour, toujours active et féconde, quand elle est vivante, se manifesta par une grande œuvre héroïque. Elle souleva les chrétiens en dilatant leur cœur, au-dessus des intérêts de ce monde, et les poussa généreusement au secours de leurs frères opprimés; Tégoïsmo rationnel fut brisé; et un mouvement universel d'expansion succéda au mouvement de concentration qui comprimait la chrétienté. C'est ainsi que la foi catholique reprit son empire sur le siècle.

Qu'après cela, l'enthousiasme des Croisades ait parfois dégénéré en fureur et en passions désordonnées; que des armées innombrables aient péri dans tes déserts; que des torrents de sang aient inondé la Terre sainte : ce sont des faits historiques que nous ne contestons pas, mais qui ne ressortent pas de la sphère de l'idée principale. 11 importait sans doute que Jérusalem fût conquise. Mais les succès des armes ont leur valeur dans l'amour-propre national et dans une mesure d'appréciation dont nous ne discutons pas ici les fondements. Nous voulons seulement établir que les résultats des Croisades, dans le plan providentiel, ne dépendaient pas du sort des batailles; et que les desseins de Dieu s'accomplirent, malgré les passions et les déviations des hommes. Disons plus : les armées chrétiennes ne valaient guère mieux, dans maintes occasions, que les armées des infidèles. C'étaient de l'un et de l'autre côté des peuples sensuels, des masses d'honmies corrompus, qui envoyaient de nombreuses .victimes sur la terre' des expiations; car c'est une remarque que l'histoire ancienne et moderne nous permet de faire, il n'y a peut-être pas une seule race d'hommes, passant sur la route des siècles, qui n'ait fait une oblation de son sang sur la terre même où le sang d'Abel cria vengeance, et où le sang de Jésus-Christ iproclama la grâce, la miséricorde et la paix.

Les guerres saintes, à ce point de vue, se {rattachent par un long enchaînement de mas- ^cres aux guerres des Romains, dont les armées, comme celles des Croisés, étaient composées de tous les peuples du monde; et les expéditions romaines, par une autre trace de sang, se relient aux guerres des Grecs, des Perses, des Mèdes, des Assyriens, lesquelles, 'remontant à leur tour l'échelle des âges, aboutissentàl'exterminationdes peuples deChanaan. Et c'est ainsi que la Terre sainte, véritable autel

des holocaustes de l'humanité, terre perpétuellement arrosée de sang, remplit sa mystérieuse destinée.

Non, cette destinée n'est point définitivement accomplie I Jérusalem, la ville de la justice et de la paix, n'a point achevé sa mission sublime. On la verra au dénouement de l'histoire humaine, comme on l'a vue à son commencement ; etc'estdans son enceinte, sur la montagne sacrée, que le genre humain fera retentir le grand Consummatum est/

La question des Croisades, si pleine d'intérêt, se lie trop à l'histoire de saint Rernard, pour ne pas trouver une grande place dans cet ouvrage. Nous en avons posé ici les prémices; les développements historiques n'en seront que les conséquences. Nous constaterons, au milieu des désastres de la guerre, la vérité de cette parole de saint Paul: «L'homme intérieur se renouvelle progressivement, à mesure que l'homme extérieur se corrompt et se détruit* »; vérité qui ne s'applique pas seulement à l'homme individuel ; elle s'applique aussi à ta société et à l'Église.

En effet, pendant que l'ordre social s'épurait par une abondante effusion de sang, le principe religieux préparait au sein de la chrétienté un nouvel épanchement de grâces. La manifestation de ce principe était toujours en France.

La France, dès l'origine de sa monarchie, s'était distinguée par son attachement au Saint- Siège et par son inviolable fidélité à la foi catholique ; c'est à ce double avantage, plus qu'à ses qualités naturelles, qu'elle dut sa noble supériorité. C'est elle qui a le mieux compris et réalisé le principe d'unité proclamé par Jésus-Christ; et aussi, malgré le partage féodal des États de la Gaule, l'unité a constamment été le but politique des rois de la troisième race. En outre, il a toujours existé entre ces divers États une communauté de sentiments et d'intérêts qui les rendait en quelque sorte solidaires et homogènes: l'esprit des Français, le caractère français, l'honneur français, et surtout sa foi et sa bonne foi, étaient autant de mobiles communs qui poussaient à l'unité nationale. Cette unité a été le commencement de l'unité européenne : l'unité européenne, qui se dilate de nos jours, est le commencement de l'unité universelle et catholique. Déjà la France avait signalé sa prépondérance d'une manière éclatante, en donnant l'impul-

1 Sed licct is qni foris est, nosUr homo corrumpatnr: tamcn is qui intus est, renovatur de die in diem. (II Cor., iv, 16.)

INTRODUCTION

ai

sion aux Croisades : le nom de Franc demeura commun à toutes les armées chrétiennes ; c'est la France qui forme leur avant-garde ; elle commande, elle triomphe, elle règne à Jérusalem. Toutefois ce n'est pas seulement par ses exploits et par les progrès de sa civilisation que notre généreuse nation marche à la tête de la chrétienté. En même temps qu'elle étonne le monde par les grands hommes et les héros qu'elle enfante, elle édifie toute la catholicité par les milices sacrées qui se forment dans son sein.

Les eaux vives de la piété, longtemps entravées, reprennent leurs cours en France dès le XII* siècle; et de leur source jaillissent plusieurs fleuves qui arrosent le champ de l'Église. Saint Bruno pose sur la cime des rochers de Grenoble le berceau de l'ordre des Chartreux, dont la devise était: Stat crtix, dum volvitur orbis * ; les esprits sérieux et les âmes contemplatives s'unissent dans ce saint asile. Etienne d'Auvergne donne naissance, presque à la même époque, à Tordre de Grammont qui, du temps de saint Bernard, comptait déjà plus de soixante maisons dont la plupart étaient des écoles de science et de hautes vertus. Saint Norbert offre à l'Église, dans la congrégation de Prémontré, de nouvelles compagnies d'ouvriers évangéliques, dignes modèles de la régularité sacerdotale.

Enfin saint Robert de Molesme et l'anglais saint Etienne, après avoir visité le tombeau des Apôtres, défrichent les déserts de la Bourgogne, et instituent le fameux ordre de Citeaux qui enfante saint Bernard, et devient une immense pépinière d'hommes de Dieu et de saints pasteurs. Ces Ordres religieux, renou-

1 La Croix reste immobile, tandis que le globe roale dans les €ipaceiW

vêlant l'esprit du christianisme, répondaient aux besoins fonciers de l'Église, en opposant la prière et les œuvres évangéliques aux fléaiu que la guerre, l'hérésie et le schisme avaient déversés dans le monde.

Cependant il fallait, en ces temps de crises et d'efTervescence universelle, une influence forte, centrale, complètement indépendante des intérêts qui divisaient les hommes, pour maîtriser et diriger le torrent du siècle. Cette influence ne put être exercée ostensiblement ni par les rois, dont l'autorité s'était émoussée, ni par les Pontifes, trop occupés à se défendre eux-mêmes: elle échut à un simple moine; et il fallut un Bernard, nouveau Moïse, pour servir de guide au peuple de Dieu, pour reprocher aux Aarons leurs faiblesses, et vaincre les résistances criminelles des Pharaons.' Le moment était venu où Jésus-Christ, indigné des scandales du sanctuaire, chassa du feniple, une verge à la main, ceux qui trafiquaient dans la maison de Dieu: la mission de saint Bernard va reproduire tout à la fois la miséricorde et la justice du Dieu dont il fut le serviteur fidèle.

Ici finit notre étude préliminaire, qui avait un double but: d'abord de poser l'idée historique de l'Église et de la saisir dans la multiplicité des faits qui se déroulent avec les siècles; puis de caractériser les temps qui précédèrent l'époque de saint Bernard pour y rattacher le fil des événements que nous avons à raconter.

Cette rapide esquisse ne saurait être que fort incomplète, et nous avons hâte d'aborder notre sujet spécial, de peur, comme dit le Livre des Macchabées, «de nous trop étendre avant c( d'entrer en matière, tandisque nous voulons « être court dans la matière elle-même ».

PBEMIÈRE ÉPOQUE

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