CHAPITRE QUATORZIÈME
Mort des plus illustres contemporains de Tabbé de Clairvaux. — Le Saint prévoit sa fin prochaine.
L'ère de rénovation se développait largement sous l'action visible de la Providence; mais les hommes qui avaient guidé la marche du siècle disparurent successivement de la scène du monde ; et, en moins de deux années, les personnages les plus éminents achevèrent leur course terrestre. Cette liste funéraire s'ouvre en l'année 1152, par la mort de l'abbé Suger, et finit l'année suivante, à la mort de saint Bernard.
Le fidèle Suger, dans ses vieux jours avait pris à cœur la cause des croisades, et s'en occupait avec une ardeur d'autant plus étonnante, que, dans le principe, il avait cherché à en détourner le roi de France. Chaque jour, dit son biographe, l'âme de l'abbé de Saint- Denis gémissait de voir qu'il ne restait nulle trace glorieuse de cette grande pérégrination. Il craignait que, par suite des infortunes de l'armée, la gloire du nom chrétien ne diminuât en Orient ^ et que les Lieux saints ne fussent foulés aux pieds des ennemis de Jésus- Christ.
Il avait d'ailleurs reçu d'outre-mer de lamentables messages du roi de Jérusalem et du patriarche d'Antioche, qui imploraient l'assistance des chrétiens. Le prince d'Antioche : Raymond, étant mort, la ville assiégée était sur le point de tomber aux mains des infidèles : la ruine était imminente*. Touché de compassion, il n'hésita point, d'accord avec l'abbé de Clairvaux, de provoquer une nouvelle expédition: et le pieux Louis VII, digne ancêtre de saint Louis, se montra prêt à arborer une seconde fois l'étendard de la croix. On convoqua
> Uade satis erat sollicitus ne hujas iofortunii occasione christiaoi nominis in Oriente deperiret gloria, etc.
« Wilh. a S. Dionys. Vita Sugerii, dans le liée, des Hisl, de Fronre, t. XII, p. ItO et sniv. — Le prince d'Antioche, dont il est question ici, fat tué en 1148, selon Guillaume de Tyr. Cest à lui qn'on attribue la complicité des scandales dont U reine Éléonore se rendit coupable en Orient.