‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 67 sur 319 · TÉMOIGNAGES DES SOUVERAINS-PONTIFES · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGES DES SOUVERAINS-PONTIFES

Innocent II (année 1140), dans son épitre à saint Bernard, s'exprime en ces termes : « La ferme et inébranlable constance avec laquelle vous avez entrepris de défendre la cause de saint Pierre et de notre sainte mère l'Église romaine, durant le schisme de Pierre de Léon, vous posant comme un mur devant la maison de Dieu, a ramené à l'unité de l'Église catholique les esprits des rois et des princes, et une multitude d'autres personnes, tant ecclésiastiques que séculières ; et les efforts que vous avez faits pour prêcher l'obéissance qui est due à saint Pierre et à Nous, se sont justifiées par la grande utilité qui en est résultée pour l'Église, etc. »

Alexandre III (ann. 1170), ainsi que nous l'avons vu dans les actes de canonisation, déclare que le saint Abbé ne renfermait pas seulement en lui-même le trésor d'une éminente sainteté, mais que la lumière de sa foi et de sa doctrine éclaira l'Église universelle.

Pie V (ann. 1570) indique, parmi les moyens les plus capables de réformer l'ordre de Cîteaux, la lecture des ouvrages de saint Bernard. (Voyez sa bulle Ex innumeris, etc.) Il recommande aux moines la méditation de ces ouvrages, après celle de l'Écriture sainte et du catéchisme du concile de Trente.

Grégoire T/ F (1590), au rapport de son historien Cieareîla, méditait tous les matins pendant une heure ks suaves écrits de saint Bernard^ notant avec soin les passages qui lui faisaient le plus d'impression pour les relire encore.

TÉMOIGNAGES DE PLUSIEURS ÉMINENTS CARDINAUX, ÉVÊQUES, THÉOLOGIENS, HISTORIENS ET AUTRES. '

Jacques de Vitré (1230), évêque de Tuscula-, num et cardinal-légat du Saint-Siège [lib, de Historia Occident,, cap. xiv), dit, en parlant de Clairvaux: «Dès le commencement, le Seigneur a donné à cette nouvelle plantation un cultivateur habile, un homme prudent et saint, selon le cœur de Dieu... Véritable perle de la religion, flambeau de l'ordre monacal, étoile qui brille au firmament; il éclaire l'Église de Dieu... Il a reçu l'intelligence sublime des Écritures, non d'un homme, mais de Dieu même, puisant les eaux célestes sur la poitrine du Seigneur, comme à leur source, pour les répandre dans toutes les régions du monde entier. »

Saint Bonaventure, cardinal-évêque d'Albe (an 1260), dans ses Méditations sur la Vie de /<?* SUS' Christ, cite à chaque instant les paroles de saint Bernard; et à ce sujet, il dit au chapitre XXXVI : a Les paroles que vous venez d'entendre sont celles d'un grand contemplateur; elles sont émanées du cœur de saint Bernard. Méditez-les, si vous voulez les goûter; elles sont non-seulemont spirituelles et cordiales, mais encore pleines de beautés et de force pour nous exciter au service de Dieu. Car Bernard est l'homme que je propose à votre imitation : il est doué de la plus sublime éloquence : son esprit est orné de science et de sainteté. C'est pourquoi il faut vous exercer à mettre en pratique ses avis et ses paroles, etc. »

Saint Thomas d'Aquin (ann. 1260) s'exprime en ces termes dans son sermon sur saint Bernard : a Sa bouche a été un vase précieux, une bouche d'or... Il a enivré le monde entier du vin de sa douceur... Je compare saint Bernard à un vase d'or, à cause de la sainteté de sa vo-

lonté; je le compare à une multitude de perles, à cause de la multiplicité de ses vertus; je le compare à un vase précieux, à cause de sa chaste virginité... Il était orné des neuf pierres précieuses dont parle le prophète Ézéchiel. Ces pierres signifient les chœurs d'anges ; car, en effet, saint Bernard possédait les vertus et remplissait les offices de tous les célestes chœurs... »

Auguste Valère^ cardinal-évêque de Vérone (ann. 1580), dit que dans les livres de saint Bernard se trouve une certaine onction tellement admirable et nourrissante, qu'on ne saurait les lire sans en retirer les plus pures jouissances de l'âme. (Voyez lib. de Âeth. eccles., cap. XLi.)

Le cardinal Baronius (ann. 1608) donne à saint Bernard des titres magnifiques. Il l'appelle la trompette du ciel^ le noumlÉlie. « L'abbé de Clairvaux, dit-il dans ses AnneUes^ fut un homme vraiment apostolique, ou plutôt un vrai apôtre envoyé de Dieu, puissant en œuvres et en paroles, manifestant, partout et en tout, la lumière de son apostolat par des miracles tels qu'on ne saurait le mettre au-dessous des plus grands apôtres. Aussi peut-on l'appeler l'ornement et la splendeur de toute l'Eglise, surtout de l'Église de France, dont il a été l'honneur et la gloire... »

Le cardinal Bellarmin (ann. 1620) déclare que le saint Abbé de Clairvaux n'est pas moins illustre par l'éclat de ses miracles que par la profondeur de sa sagesse. 11 a fait plus de miracles, dit-il, qu'aucun Saint dont la vie a été écrite. (Voyez Controv.^ tome ii, liv. iv.)

Pierre^ abbé de Saint-Remy à Reims, puis évéquede Chartres (ann. 1160), combat un auteur anglais qui reprochait à saint Bernard de s'être prononcé contre la fête de l'Immaculée- Conception. Il s'exprime ainsi : a Qui oserait mettre en doute la sainteté de Bernard , sa piété, ses mérites? Qui suis-je, pour oser le justifier? Sa vie, sa renommée, ses œuvres, ses écrits, ses miracles, sa foi, son espérance, sa charité, sa chasteté, son abstinence, sa mortification, ses paroles, son visage, ses gestes, toute l'attitude de son corps, tout, en un mot, rendait témoignage à sa sainteté. Il fut le disciple bien-aimé du Seigneur, en l'honneur duquel il a construit, non pas seulement une seule basilique, mais toutes les basiliques de l'ordre de Clteaux... Si donc tu oses toucher la pupille de l'œil de Notre-Dame, écris contre Bernard... » (Lib. vi, epist. ult.)

Guillaume^ évêque de Paris (1230), dit entre

autres, dans son panégyrique de saint Bernard : a II a vécu dans la plus haute perfection; il a enseigné avec une grâce éminente; il s'est signalé par les plus étonnants miracles. Sa sagesse ne procédait point de l'instruction humaine, mais de l'inspiration divine... De même que Dieu révéla ses mystères à Moïse, dont le front projetait une clarté si vive, que les enfants d'Israël ne purent le regarder : ainsi Bernard, initié dans les secrets du ciel, éclaira toute l'Église d'une lumière céleste...»

ThéobaU^ évêque : a Bernard a tellement brillé par ses vertus et sa doctrine, qu'on ne saurait rien comparer à son génie, à ses mœurs, à ses paroles, à son éloquence, à ses actions. C'est lui qui, durant les jours de sa vie, confondait les hérétiques, rappelait les schismatiques, redressait les erreurs, réprimandait les puissants... 0 Dieu! combien d'églises le souhaitaient voir assis sur le siège épiscopal 1 Mais la mitre et Fanneau n'excitaient pas plus son ambition que le râteau et le sarcloir. »

Pierre le Vénérable^ abbé de Cluny (ann. 1140), écrit à saint Bernard : « Si cela m'était permis, si la volonté divine ne s'y opposait, si l'homme avait le droit de disposer de sa vie, j'aimerais mieux demeurer auprès de vous et vous être attaché par un nœud indissoluble, que d'être au premier rang parmi les mortels ou assis sur un trône, etc. »

Le P. Aquaviva , général de la compagnie de Jésus (ann. 1610), avait une dévotion particulière pour la sainte Vierge et pour saint Bernard ; et dans ses doutes comme dans les diverses circonstances les plus graves de sa vie, il obtint visiblement les effets de Içur assistance. (Vide Joh. Bourgesio in lib. cui titul. Societas Jésus Mariœ Deiparœ sacra^ cap. iv.)

Henri de Hesse^ docteur de l'Université de Paris, qui fut plus tard chartreux, s'exprime ainsi dans un traité qu'il adresse à Jacques, abbé d'Éberhach, contre les détracteurs de saint Bernard (I'* partie, ch. m) : a Où trouver un feu de dévotion, un ruisseau de componction, un stimulant à l'amour de Dieu aussi efficace que dans la vie et la doctrine du bienheureux père Bernard, abbé de Clairvaux, cet astre de l'Église qui étendit si prodigieusement Tordre de Citeaux, excita une si vive ardeur pour la vie monastique, exhorta à la vertu d'une manière si pénétrante?... Que dire des nombreux et magnifiques discours où il élève jusqu'aux nues la gloire de la bienheureuse Vierge Marie, où il loue sa pureté en termes sublimes, et proclame la gloire de sa virginité

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sans tache? Ses doctrines font briller l'édifice de l'Église universelle de l'éclat des pierres précieuses, et l'élégance singulière de ses paroles la fait resplendir avec magnificence. Quel langage soulève le voile mystérieux des Écritures, dissipe les obscurités, détruit les doutes, comme celui de saint Bernard? Aussi l'Église, notre sainte mère, après avoir acquis la certitude des témoignages nombreux qui sont requis pour la canonisation des saints, concernant les miracles, la doctrine et la vie du bienheureux Abbé de Clairvaux, lui confère, avec les louanges les plus méritées, le titre de confesseur et de docteur, ordonne que les honneurs solennels lui soient rendus, et qu'il soit inscrit avec gloire au catalogue des Saints. »

Jean Gerson^ docteur et chancelier de l'Université de Paris, dans un sermon sur saint Bernard, lui adresse ces belles paroles : « 0 bienheureux Bernard, vous êtes, j'en ai la douce conviction, vous êtes dans la société de ces esprits de feu que l'Écriture appelle Séraphins! Je vous prie donc, je vous supplie, au nom de l'amour qui vous embrase, de prendre un charbon ardent sur l'autel de Celui dont le feu brûle dans Sion, et dont la fournaise est à Jérusalem, et de m'en toucher et de purifier mes lèvres, etc.; » et vers la fin : « En réfléchissant aux circonstances qui ont contribué à faire de saint Bernard un foyer d'amour de Dieu, j'en trouve quatre principales, qui sont : l'amour qu'il eut pour sa mère, ses dispositions naturelles, sa bonne éducation et son goût pour la solitude. » Et plus bas : a Enfin on peut dire que toutes les circonstances favorisèrent saint Bernard, et contribuèrent à en faire un prophète et un thaumaturge. Parmi ses miracles, je mets au premier rang la conversion de ceux-là mêmes qui fuyaient de toutes leurs forces l'occasion de se convertir. »

Louis de Grenade (livre II de la Relig. chrét.^ ch. vil) : « Il ne serait pas convenable, dit-il, d'omettre, entre les nombreux et graves docteurs, le très-doux et très-saint Bernard, qui dut à sa profonde humilité et à son grand éloignement pour la vaine gloire, une grâce triomphante et le pouvoir de faire des miracles. On raconte de lui, ajoute-t-il au ch. xi, qu'au commencement de son glorieux noviciat, il était tellement ravi en esprit, qu'il avait perdu l'usage de ses sens... ; car le développement de sa vie spirituelle et le goût de la divine suavité, que l'amour de Dieu inspire, avait tellement absorbé les puissances de son âme, qu'il n'avait

Tous L

plus de force que pour la contemplation des choses célestes. »

Denys le Chartreux^ dans son premier sermon sur la fête de saint Bernard, lui donne ces louanges : a Le bienheureux Bernard reçut du Dieu tout-puissant et tout miséricordieux des grâces si abondantes, qu'on peut dire de lui, en vérité, ce que le Sauveur a dit de l'apôtre saint Paul : Vas electionis est mihi iste (Act., ix, 15), et ce que l'on dit dans l'Ecclésiastique (xliv, 20) : Non est inventus similis illi : a II ne s'en est pas trouvé un semblable à lui. » Car de son temps il n'y a pas eu son égal dans le monde, et il fut véritablement l'apôtre de son époque. » Et dans le second sermon : a Bernard, l'élu de Dieu, le plus excellent docteur de tous les religieux, la lumière et la gloire des moines, l'exemple et le miroir des fidèles, fut prévenu de si nombreuses et de si grandes grâces, doué de vertus si rares, orné de tant de dons extraordinaires, qu'il n'y a pas d'esprit capable de les pénétrer, pas de langue, pas de discours capables de les révéler, de les louer dignement. »

Le B, Pierre CanisiuSy de la Compagnie de Jésus [Mariai^ lib. V, cap. xxviii), s'exprime ainsi : « Sous Lothaire II et Conrad III, fiorissaii Bernard de Clairvaux, homme de la plus haute célébrité en France, en Allemagne, en Italie, non-seulement à cause de sa doctrine divinement inspirée, mais aussi à cause de la sainteté de sa vie, démontrée par les miracles les plus éclatants. Aucun moine, au dire de Luther lui-même, n'a jamais ni mieux écrit ni mieux vécu. »

Saint Louis de Gonzague^ au rapport de l'historien de sa vie (lib. II, cap. xxxn), «n'omit jamais, pas même à son lit de mori, la lecture de saint Bernard. Ce saint Docteur lui était si cher, que, dans sa dernière maladie, il se faisait lire chaque jour quelque chose des sermons sur le Cantique des cantiques. »

Bossuet^ dans son Discourssur l'unitéde l'Église j écrit ces éloquentes paroles : a La piété se ralentissait, et les désordres se multipliaient dans toute la terre. Dieu n'oublia pas la France : au milieu de la barbarie et de l'ignorance, elle produisit saint Bernard, apôtre, prophète, ange terrestre, par sa doctrine, par sa prédication, par ses miracles étonnants, et par une vie encore plus étonnante que ses miracles. C'est lui qui réveilla dans ce royaume et qui répandit dans tout l'univers, l'esprit de piété et de pénitence. Jamais sujet ne fut plus zélé pour son prince; jamais prêtre ne fut plus soumis à l'épiscopat; jamais enfantde l'Église nedéfendit

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mieux Tautorilé apostolique de sa mère l'Église romaine. II regardait dans le Pape seul tout ce qu'il y avait de plus grand dans l'un et l'autre Testament : un Abraham, un Melchisédech, un Moïse, un Aaron, un saint Pierre, en un mot, Jésus-Christ même. »

Balmes, dans son excellent ouvrage, le Protesiantisme comparé au Catholicisme, tom. III, eh. Lxxi, s'exprime en ces termes :

a L'illustre abbé de Clairvaux, en lutte contre tous les novateurs, portant pour ainsi dire la parole au nom de la foi catholique, est une sublime personnification de l'Église, combattant les hérétiques de son temps. On ne saurait trouver un plus digne représentant des idées, des sentiments que l'Église s'efforçait d'inspirer. Mieux que tout autre, saint Bernard nous fait entendre quelle direction le catholicisme aurait fait suivre à l'esprit humain. Arrêtons* nors un instant à considérer cet homme, qui s'élève à une hauteur immense au-dessus de tout son siècle. Saint Bernard, au XIP siècle, remplit le monde de son nom ; il le soulève par sa parole, le domine par son ascendant; il est sa lumière. Entre l'époque de saint Jérôme, de saint Augustin, et celle de Bossuet et de • Bourdaloue, saint Bernard forme un nœud mystérieux. Le relâchement, la corruption des mœurs, l'environnent ; il repousse toutes les attaques par l'observance la plus rigide, par la plus délicate pureté de mœurs. L'ignorance a gagné partout; nuit et jour il travaille à éclairer les esprits. Un savoir faux prétend usurper la place du vrai savoir ; il connaît cette vaine science, il la méprise; dès le premier coup d'œil, son regard d'aigle a découvert que l'astre de la vérité suit son cours, à une distance immense de ce que les hommes de son temps appellent philosophie. S'il existait , à cette époque, une science utile, elle se trouvait dans la Bible, dans les écrits des saints Pères ; saint Bernard se livra sans réserve à cette étude. Loin de consulter les pasteurs, qui argumentent et déclament dans les écoles, il demande ses inspirations au silence du cloître, à l'auguste majesté des temples ; s'il en sort, c'est pour contempler le grand livre de la nature, pour étudier les vérités éternelles dans la solitude, et, comme il nous le dit lui-même, dans les forêts de cliênes et de hêtres.

il Ainsi ce grand homme, s'élevant au-dessus des opinions de son temps, parvient à éviter le mal que produit dans les esprits la méthode dominante ; l'imagination et le sentimentétaient étouffés, le jugement faussé, les doctrines mê-

lées et confondues. Lisez les ouvrages du saint abbé de Clairvaux; vous remarquerez que toutes les facultés, chez lui, sont développées au même degré, et agissent de concert. Vous trouverez dans ses ouvrages des peintures fidèles, des tableaux magnifiques. Habile à manier les sentiments, saint Bernard s'insinue dans le cœur, l'enchante, le subjugue. Il frappe d'une terreur salutaire le pécheur obstiné; il console et soutient l'homme qu'abattent les adversités, que tourmentent les assauts des passions. Écoutez ses colloques avec Jésus, avec Marie ; lorsqu'il parle de la sainte Vierge, c'est avec une douceur enchanteresse ; il semble épuiser tout ce que l'espérance et l'amour peuvent suggérer de plus aimable et de plus délicat. D'autres fois, un élan irrésistible l'arrache à lui-même, l'entraîne par les routes les plus ardues ; voyez-le, enflammant de sa parole les peuples, les seigneurs, les rois ; les armant, les précipitant sur l'Asie, pour venger le saint Sépulcre 1

a Cet honm[ie extraordinaire se trouve partout, se fait entendre partout. Exempt d'ambition, il exerce cependant, sur les grandes, affaires de l'Europe, une influence extraordinaire ; amant de la solitude et de la retraite, il se voit obligé, à chaque instant, de quitter le cloître pour assister aux conseils des princes et des Papes. Jamais il n'adule, jamais il ne dis^mule l'ardeur sacrée qui brûle dans son cœur^ et cependant il est écouté avec un respect profond ; sa voix sévère résonne dans la chaumière et dans le palais ; elle avertit, avec une austérité temblc,le moine le plus obscur et le Souverain-Pontife.

a Malgré tant de chaleur et de mouvement, son esprit reste constamment clair et précis. 11 explique la doctrine avec liberté et lucidité; il argumente avec une logique irrésistible ; il se défend avec une agilité surprenante. Ses réponses sont nettes, vives, pénétrantes; sans être formé aux subtilités de l'école, il dégage admirablement la vérité de l'erreur, la raison solide de l'artifice trompeur.

a Voilà un homme entièrement, exclusivement formé par l'influence catholique ; un homme qui ne s'est jamais écarté du giron de l'Église, qui n'a jamais songé à affranchir son intelligencedujoug del'autorité; et néanmoins, c'est un géant au-dessus de tous les honunes de son temps. »

Concluons ces témoignages, en citant les divers jugementsqueleshérésiarqueseux-mémes

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ont été forcés de rendre à Tillustre Docteur et Père de TÉglise.

Luther dit que saint Bernard l'emporte sur tous les autres docteurs : Bemardus omhes Ec* clesiœ doctores vincit ^

Bucer l'appelle un homme de Dieu *.

Jean CEcolampade le loue comme un théologien dont le raisonnement était plus exact que celui de tous les écrivains de son temps : ExceUebat Bemardus exactiore judicio omnes suœ œtatis viras»

Calvin l'appelle un pieux et saint écrivain^ par la bouche duquel la yérité parle elle-même : Bemardus abbas in libri de Consideratiane ita lo^ quitur, ut veritas ipsa loqui videatur *•

Enfin Daniel Heinsius demande ce qu*il y a de plus suave que les écrits de Bernard, a II me semble, dit-il, que les méditations de cet abbé sont un ruisseau de paradis, une ambroisie pour les âmes, un aliment évangélique : Quis suavius Bemardo scripsit? cujus ego médita^

1 Martin Lather,in Coiloq. eonoivial., cap. de Patrib. Eccl.

* Bucerins, lib. dt Concord., arl. de Justit.

> CalY., lib. IV, Insf., cap. x, § 17, et cap. zi, § 10.

tiones ritmm paradisi, ambrosiam animarum, pabulum angelicum, vocare soleo ^ s

Ces témoignages, que la force de la vérité arrachait aux hérétiques, comme autrefois les témoignages rendus par les démons eux-mêmes au Fils de Dieu, ne sont-ils pas la condamnation formelle de leurs doctrines, si énergiquement réprouvées et combattues par saint Bernard?

Pour terminer, nous joindrons encore ici cette curieuse appréciation de Gibbon : a Les philosophes de notre siècle ont jeté trop indistinctement le dédain et le ridicule sur les héros spirituels. Les plus obscurs même parmi eux eurent quelque énergie. . . L'activité, l'éloquence, l'habileté dans le style, élevèrent saint Bernard bien au-dessus de ses contemporains. Ses compositions ne manquent ni d*esprit, ni de chaleur ; et il montre qu'il a conservé de la raison et de Vhumanité, autant que le lui permettait son caractère de saint » (ch. lix).

Cette dernière remarque est tout à fait digne du célèbre historien philosophe, qui se décernait à lui-même le surnom de Jupiter.

^ D. Ucins., Orat. 3.

rm DE L HISTOIRE DE SAINT BERNARD,

c4bbé de Clairvaux.

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