DE LONDRES
Il loae Gilbert de ce que celui-ci, deTenu évéque, pratique
la pauvreté.
La nouvelle de ce que vous avez fait s'est répandue fort loin et a apporté à tous ceux auxquels elle a pu parvenir une odeur pleine de suavité. L'avarice est éteinte ; qui ne goûte ce parfum? La charité règne ; qui ne savoure sa douceur ? Tout le monde voit par là que vous êtes vraiment sage, puisque vous avez écrasé le plus grand ennemi de la sagesse, action certainement digne de votre sacerdoce et de votre nom. Il convenait assurément que votre excellente philosophie reçût cet éclatant témoignage et qu'une telle fin complétât vos brillantes études. La sagesse est sincère et incontestable, quand elle méprise de honteux profits et qu'elle juge indigne d'elle de se mêler aux serviteurs des idoles. Ce n'est point une chose
* Deut., XXXII, 39.— • Jean, v, 14. — » Ps. cxvii, 17, !3.
* Gilbert était appelé docteur universel parce quMl excellait dans toutes les sciences divines et humaines, comme le dit saint Bernard dans cette lettre. Avant d'être évèque de Londres, U avait été chanoine d'Àuxerre, et le nécrologe de cette église porte : «Le second jour des ides d'août est mort maître Gilbert de vénérable mémoire, commentateur excellent de TAncien et du Nouveau Testament, chanoine de cette église, et devenu ensuite évèque de Londres; il donna à notre église, outre diven ornements qu'il avait envoyés d'Angleterre, 82 livres, etc. » 11 gouverna l'église de Londres de l'an 1128 k l'an 1133.
surprenante que le docteur Gilbert soit devenu évêque ; mais c'est un magnifique spectacle de voir Tévêque de Londres vivre pauvre. La hauteur de cette dignité n'a pu rien ajouter à là gloire d'un si grand homme; mais une humble pauvreté l'a beaucoup rehaussée. Supporter la pauvreté avec égalité d'âme est l'effet de la sagesse ; la rechercher volontairement en est le triomphe. Enfin, si on loue et si on vante comme un homme admirable celui qui ne court point après l'or, celui qui le rejette ne méritera-t-il rien de plus? Mais peut-être qu'une raison attentive ne voit rien de surprenant à ce qu'un sage se conduise sagement, surtout si c'est un sage qui, après s'être fait un jeu de l'étude des lettres et des sciences des sages de ce monde, a encore étudié toute la divine Ecriture et a pu en quelque sorte la rétablir et la renouveler. Qu'y a-t-il, en effet ? Vous avez distribué et donné aux pauvres, mais de l'argent seulement. Or qu'est-ce que l'argent en comparaison de cette justice que vous avez reçue en échange ? Sa justice ^ est-il dit, subsiste dans les siècks des siècles^ ; en est-il de même de l'argent? Certes, c'est là un commerce honorable et lucratif que d'échanger ce qui passe contre ce qui demeure. Puissiez-vous négocier toujours ainsi, ô maître bon et digne de tout éloge. Il reste à voir ce louable début terminé par une fin qui en soit digne et la queue jointe à la tête de la victime *. Nous avons reçu votre bénédiction avec une joie qui s'est accrue à la nouvelle si douce de votre perfection. Le porteur de cette lettre se recommande assez de lui-même; cependant pour moi, je désire le recommander encore à votre magnificence; car, à raison de son honnêteté et de sa piété, il m'est très-cher.