‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 89 sur 319 · LETTRE XXV · texte numérisé non relu

LETTRE XXV

(Écrite Vzn 1130.)

A HUGUES, AECHBVÊQUE DE HOUSN '.

n lai conseille de s'appliquer k être patient et pacifique visà-vis des habitants de son diocèse, et à tempérer son zèle par la prudence.

1. Si la malice du temps s'accroît, qu'elle ne prévale pas; si elle apporte le trouble, que ce

* Ps. CXI, 9.

* Proverbe familier à saint Bernard et tiré dnLévitiqne.

s Hugues d'Amiens avait été d'abord moine de Cluny, puis abbé de Radingue, monastère nouvellement fondé dans le diocèse de Salisbury en Angleterre. C'est de là qu'il fut élu à l'arche-

trouble n'aille pas jusqu'au désordre. La mer est admirable dans ses soulèvements, mais le Seigneur est plus admirable dans les cieux. La miséricorde divine, vous en conviendrez, illustre Père, en a jusqu'à présent doucement usé avec vous. Car, par une disposition prévoyante, vous n'avez été chargé du gouvernement des méchants qu'après avoir été associé aux bons, afin que, devenu bon vous-même par leur commerce et parleur exemple, vous pussiez ensuite rester tel, même au milieu des mé-' chants. Sans doute, être bon parmi ceux qui le sont, donne le salut; mais Têtre parmi les mé-j chants donne en outre la gloire. Plus il y a de sûreté dans le premier état, plus i] y a de facilité; plus l'autre est difficile, plus il y faut de vertu. Quel moyen, en effet, de toucher de la' poix sans en être sali, de se trouver dans le feu' sans souffrir, dans les ténèbres sans cesser d'yi Voir. Les Égyptiens étaient autrefois plongés dans la nuit, tandis que l'Écriture rapporte dut peuple de Dieu que partout oU était Israël, était ^ la lumière ^ David était un vrai Israélite, ausâj disait-il sagement qu'il habitait, non pas dans Cédar, mais avec les habitants de Cédar *, comme s'il eût toujours habité dans la lumière, bien que son séjour corporel fût avec les habitants de Cédar '. De là vient qu'il reprend certains faux Israélites de ce que^ mêlés aux nati<His, ils en ont appris les œuvres, ce qui est devenu pour eux une cause de scandale ^.

S. Je vous dis donc : Il vous suffisait chez les religieux de Cluny de garder l'innocence, selon cette parole de l'Écriture : Vous serez innocent avec Vinnocence ^ Hais, avec le peuple de Rouen^' vous avez besoin de patience, comme l'enseigne l'Apôtre en disant : Le serviteur de Dieu ne doit pas discuter, mais plutôt être patient envers tous *; et non seulement patient jusqu'à ne vouloir pas être vaincu par le mal, mais encore pacifique jusqu'à vaincre le mal par le bien. Le )premier point sert à supporter les méchants, le second à guérir ceux que l'on supporte. Par la patience, vous posséderez votre fime "^ ; mais, si de plus vous êtes pacifique, vous posséderez

^èché de Rouen en 11 80. II existe une lettre du clergé de Rouen au Pape Honorius II pour lui annoncer cette élection : « Nous avons par une élection unanime cboisi pour pontife notre fils Hugues abbé de Radingue... Nous avons demandé à cet égard le consentement de notre seigneur Henri roi- d'Angleterre et noua l'avons obtenu.... » V. Spicileg. t. m, p. 131. Odericus, lib. XU et XIII.

* Exod., X, 23. — « Ps. cxix, 5, > Cédar veut dire ténèbres.

* Ps. cv, 35. — » Ps. XVII, 26. — • n Tim., ii, 24. — ^ Luc, XXI, 19.

en outre les âmes qui tous seront confiées. Quelle plus grande gloire que de pouToir dire : Je conservais la paix avec ceux qui la haïssaient ^ Soyez donc patient, puisque vous êtes avec les méchants; soyez pacifique, puisque vous leur commandez. Que votre charité ait du zèle, mais que votre sévérité ait de la mesure selon les circonstances. La censure ne doit sans doute jamais être relâchée; cependant, si on l'interrompt, la plupart du temps elle produit plus. Que votre justice soit toujours énergique, mais qu'elle ne soit jamais précipitée. Car, de même que tout ce qui plaît n'est pas permis, de même aussi tout ce qui est permis n'est pas toujours opportun. Vous savez cela mieux que moimême, c'est pourquoi je m'arrête. Je vous conjure de prier pour moi sans relâche, car je pèche sans cesse.

LETTRE XXVL

(Écrite Yen Taa 1130.} A GUT, ÉVÊQUE DE LAUSANNE.

Vous avez mis la main à des choses difficiles, vous avez besoin de force. Vous avez été établi surveillant de la maison d'Israël, vous avez besoin de prudence. Vous vous devez aux sages et aux insensés, vous avez besoin de justice. Enfin vous avez surtout besoin de tempérance, afin que celui qui prêche les autres, ne soit pas lui-même réprouvé, ce qu'à Dieu ne plaise I

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