AU MÊME, DEVENU ÉVÊQUE
Il lui conseille d'honorer, au moins par ses mérites ultérieurs, la dignité qu'il a obtenue, sans mérite dans le passé.
1. La charité me donne la bardiesse de vous parler avec une entière confiance. Le siège que vous venez d'obtenir, mon très-cher, demande un homme de beaucoup de mérites, et nous gémissons de voir que jusqu'ici il n'y en a pas eu en vous, ou du moins pas assez. Ni vos actions, en effet, ni vos études passées, ne semblaient aucunement convenir à la charge épi scopale. Hais, quoi! Dieu ne peut-il faire sortir de cette pierre un enfant d'Abraham ? Ne peutil pas faire que les biens suivent au moins l'homme, qu'ils auraient dû précéder? Si cela arrive, nous n'aurons que plus de plaisir à l'apprendre. Ce changement soudain de la droite du Très-Haut nous donnera, je ne sais comment, plus de joie que si les mérites d'une vie antérieure le secondaient ; car nous dirons que c'est le Seigneur qui a fait cela et que c'est une chose admirable à nos yeux *. Ainsi Paul, de persécuteur est devenu docteur des nations ; ainsi Matthieu a été appelé d'un bureau, Ambroise d'un palais : celui-ci à l'épiscopat, celui-là à l'apostolat. Ainsi nous en connaissons beaucoup d'autres, qui de la vie et des mœurs du monde ont été heureusement élevés aux
• * Ps, cxvii. 23.
dignités. Enfin, n'a-t-on pas vu bien des fois surabonder la grâce où avait surabondé le péché?
2. Pour vous donc, mon très-cher, encouragé par de tels exemples, soyez homme, ceignez vos reins, sanctifiez désormais vos voies et vos désirs. Que vos anciennes inclinations soient étouffées par les nouvelles, et que cette conversion de la dernière heure efface les péchés de votre jeunesse. Appliquez-vous à imiter Paul, en honorant votre ministère. Vous l'honorerez par de la gravité dans vos mœurs, de la maturité dans vos décisions^ de Thonnétetédans vos actes. Voilà ce qui orne et ennoblit surtout les fonctions épiscopales. Pour toute chose prenez avis, non de tout le monde ni du premier venu, mais seulement des gens de bien. Ayez des gens de bien dans le conseil, des gens de bien pour serviteurs, des gens de bien pour la vie commune, afin qu'ils soient les témoins et les gardiens de la pureté de vos mœurs. Vous prouverez que vous êtes juste, si les justes vous rendent témoignage. Nous recommandons à votre piété nos pauvres frères qui sont auprès de vous, les religieux de Bonnemont et de Haute-Combe ^, dans les Alpes. Nous ferons en eux l'épreuve de l'intérêt que vous nous portez.