AU MOINE DROGON
Il le félicite d'être passé à une observance plus austère, et il l'exhorte à la persévérance.
1 . On voit maintenant, mon très-cher Drogon, combien j'avais raison de vous porter depuis longtemps une grande affection. Auparavant, sans doute, tout ce qu'on apercevait en vous était tout beau ou tout aimable, mais au-dessus de ce que je voyais, ou de ce que j'entendais dire de vous, je pressentais je ne sais quoi encore qui était digne d'une vénération plus excellente. Peut-être que le céleste Epoux, aux embrassements duquel vous vous êtes maintenant abandonné d'une façon plus intime, vous avait déjà fait entendre sa voix, disant à votre âme comme à sa très- pudique tourterelle : Vous êtes toute belle, mon amie; vous êtes toute belle, sans parler de ce qui est caché au-dedans de vous ^
» Gant, IV, 7.
LETTRES DE SAIINT BËHNAHD.
Qu'avez-vous fait et qui l'eût cru? Toute la ville vous proclamait saint et très-religieux; on ne croyait pas qu'en fait de vertu, vous eussiez rien à acquérir, et vous, faisant ce qu'eût fait un séculier, vous quittez le monastère comme s'il était le siècle, et vous ne rougissez point de soumettre encore aux observances d'une discipline nouvelle, votre cou déjà brisé par le joug du Christ? Nous éprouvons en vous aujourd'hui, frère, la vérité de cette sentence qui dit : Lorsque l'homme est arrivé à la perfection^ c'est alors qu'il commence *. Ce que vous venez d'entreprendre est donc la preuve de votre perfection et vous avez atteint déjà le terme où vous ne croyiez pas être parvenu. Car il n'y a personne de parfait qui ne désire l'être davantage; et l'on montre sa perfection par là même qu'on aspire à un degré plus élevé.
2. Mais voici, mon très-cher, que celui dont la jalousie a fait entrer la mort dans l'univers, vient de préparer son arc et de le tendre ; et parce que, chasséde votre cœur, il y a perdu son empire, il sévira au-dehors autant qu'il pourra. Pour parler plus clairement, ne savez-vous pas que les Pharisiens se sont scandalisés de ce que vous avez fait? Mais souvenez-vous qu'il ne faut pas s'inquiéter beaucoup des scandales de tout le monde, suivant cette réponse du Seigneur : Laissez-les; ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles *. 11 vaut mieux, en effet, laisser naître le scandale que d'abandonner la vérité •. Rappelez- vous quel est Celui qui est né pour la ruine et pour la résurrection de plusieurs * ; et ne vous étonnez pas si vous êtes pour les uns une odeur de vie qui vivifie, et pour les autres une odeur de mort qui tue. S'ils vous menacent de leurs malédictions, s'ils dirigent contre vous les traits de leurs anathèmes, écoutez Isaac répondant pour vous : Que celui qui vous aura maudit soit maudit lui-même; et que celui qui vous aura béni^ soit rempli de bénédictions * . Pour vous, entouré parvotre conscience comme par un mur inexpugnable, du milieu de cette forteresse répondez et dites : S'ils établissent des camps contre moi, mon cœur ne tremblera pas; et: Si le combat m'est livrée j'y mettrai mon espérance •. Vous ne serez pas confondu, en clTet, lorsque devant le tribunal vous parlerez ainsi à vos ennemis. Mais j'espère du Seigneur, que si vous résistez fermement aux premiers coups et que vous ne cédiez ni à leurs menaces ni à
i EccL, xviiF, 6. — « Matt., xv, 14. — » Greg. Hom., 7, §ur Ezech. — * Lu*» U, 34. — » Gen., xxvii, 29. — « Ps.
leurs caresses, vous écraserez bientôt Satan sous vos pieds; alors les justes le verront et se réjouiront, et toute iniquité aura la bouclie close.