‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 98 sur 319 · LETTRE XXXV · texte numérisé non relu

LETTRE XXXV

(Ecr:ie l'an 1128.) A MAITRE HUGUES FARSIT '.

Il lui recommande la cause d'un certain Ilumbert, ci il l'ea* gage à ne point rougir d'èUe repris d'une erreur.

A son Irès-cher frère et collègue, à Tabbé Hugues, le frère Bernard; les senlimeiils d'une légiliine afTeclion.

Nous avons entrepris, par amour pour Dieu, de défendre auprès de votre comte la cause de cet Humbert, qui a été dépouillé de ses biens, injustement, dit-on : confiant en votre charité, nous le remettons sous votre protection; nous avons le ferme espoir que, par vous et avec le secours du Seigneur du ciel, il sera réconcilié avec le prince de la terre, et qu'il sera rendu à sa patrie, à sa femme, à ses enfants, à ses biens et à ses amis. En donnant vos soins à cette affaire, vous délivrerez le pauvre de? mains du pécheur, et vous n'en pourvoirez pas moins au salut de celui-là même qui l'opprime; de plus, vous ne nous rendrez pas à nous un mince service, et en remplissant cette mission pacifique, vous vous préparerez une place dans le ciel parmi les enfants de Dieu. Au reste, je n'ai pas jeté au feu, comme j'ai appris qu'on vous l'avait dit, la lettre que votre Sainteté a depuis longtemps déjà daigné m'écrire; mais je la garde entre mes mains, sachez-le bien. Quelle envie ou plutôt quelle fureur m'eût fait frapper ainsi d'une condamnation téméraire une œuvre utile et louable, où l'on ne peut rien trouver qui ne soit d'une foi pure, d'une doctrine très -salutaire et propre à l'édification

1 On trouve à la même époque quatre Hugues Farsit: Tun, moine àLagny ; le second, moine de Saint-Lucien, près de Beauvais ; le troisième, chanoine régulier de Saint-Jean des Vignes, à Soissons : le quatrième, nommé par Abeilard, et qui pourrait bien être le premier et le plus célèbre disciple de saint Norbert, et son successeur comme abbé de Prémontré. Il est vraisemblable que le destinataire de notre lettre est le troisième, le chanoine de Saint-Jean des Vignes, devenu abbé, probablement à Saint-Jean de Chartres, où l'on voit en 1131 un abbé Hugues succéder à Etienne élu en 1128 patriarche de Jérusalem etàqui est adressée la lettre 82. Cet Hugues parait avoir été un homme instruit, à en juger par la richesse de la bibliothèque qu'il laissa à la cathédrale, et par ses ouvrages. Notre lettre fait mention d'un traité des sacrements; et il existe en outre de lui un livre des Miracles de sainte Marie de Soissons.

spirituelle ; cependant, comme il ne doit y avoir entre amis aucun de ces ménagements méticuleux contre la vérité, lesquels sont pleins de périls, ce qui m'a ému et ce qui m*émeut encore, je Tavoue, c'est qu'au commencement de l'opuscule ci-dessus cité, vous ayez tâché d'établir et de défendre la doctrine que nous avons déjà discutée sur les sacrements. Si vous vous souvenez bien du résumé de votre opinion dans cette discussion, vous verrez si votre avis est d'accord avec la croyance de l'Église. Mais si vous vous en êtes écarté sur quelque point, il convient à votre sincère humilité de ne pas rougir d'être corrigé. Adieu.

votre sentiment, plutôt que de penser qu'il s'y trouvait quelque erreur. Au reste, avec une hardiesse fraternelle je conseille à votre humilité de ne plus troubler après sa mort un saint et savant évêque que vous avez laissé vivre en paix : il serait à craindre qu'en le reprenant, quand il ne peut plus se défendre, vous n'entendissiez toute l'Église vous répondre pour lui, que votre attaque vient d'un manque de charité, et non de l'amour de la vérité. Je vous prie encore pour Humbert, comme je l'ai déjà fait, afin que, autant que vous le pourrez, ni vos conseils, ni votre protection ne lui manquent. Adieu.

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