LIVRE DEUXIÈME
Comme nous l'avons annoncé dans notre Résumé du livre précédent, ce n'est qu'ici que notre saint Docteur entre, à proprement parler, dans son sujet. C'est aussi dans c secoi:d livre qu'il se montre profond philosophe autant qu'habile orateur. Il creuse, et divise, et subdivise, avec une justesse et un. génie admirables. Rien n'est beau comme le plan qu'il se fait, justement par sa simplicité. 11 faut ici en considérer l'économie.
Après s'être excusé sur le retard qu'avait éprouvé ce second livre, après avoir exposé avec une rare éloquence les accusations, les reproches injustes dont il avait été l'objet à l'occasion du mauvais succès de l'expédition en Terre-Sainte, il aborde simplement son sujet, qui est la Considération, et il s'applique à le dcûnir. Telle est la matière du premier et du second chapitre.
Dans le troisième, il expose son plan. Ce plan consiste à traiter, séparément et par ordre, des différents objets sur lesquels s'exerce la Considération, savoir: i^ nous-mêmes; 2« ce qui est au-dessous de nous ; 3° ce qui est autour de nous ; 4» ce qui est au-dessus de nous. Or, c'est là tout l'ouvrage.
De ce troisième chapitre jusqu'à la fin du livre, le saint Docteur reprend et développe la première partie du plan : par des tableaux plus beaux, plus riches les uns que les autres, il expose au souverain Pontife ce qu'il est, quel il ett, quel il doit être; et rien n'est oublié, depuis l'homme jusqu'au Vicaire de Jésus-Christ.
Ce qu'il dit de la dignité et de la puissance du souverain Pontife est fort remarquable, surtout depuis qu'en France on a connu ce qu'on appelle les doctrines gallicanes, que ne soupçonnait pas, à ce qu'il paraît, saint Bernard, encore qu'il fût français, l'une des lu-
mières de l'Église gallicane, et, sans contredit, la pins éclatante lumière de son temps. Ce passage se trouve au huitième chapitre.
Quand le saint Docteur examine quels nous sommes et quels nous devons être, il prêche au souverain Pontife les plus solides vertus, l'humilité, la justice, la force; en un mot, tout ce qui fait les Saints.
Or, comment le lecteur, en étudiant ces sublimes leçons, quant à la forme, quant à la manière, je veux dire pour tout ce qui tient au talent, pourrait-il ne pas en profiter pour sa conscience ou pour son cœur? N'oublions pas, en effet, que c'est là le point important; que le reste est bien peu de chose ; et que, sans ce profit pour le cœur, le résultat obtenu pour l'esprit serait un danger, peut-être une ruine.