‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 109 sur 385 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

IL DISSERTE StR LA DIGNITÉ ET l' AUTORITÉ DU SOUVERAIN PONTIFE.

i5. Examinons encorede plus près qui vous êtes^ c'est-à-dire, quelles fonctions vous avez à remplir, suivant les circonstances, dans l'Église de Dieu. Qui êtes-vous ? Le grand Prêtre, le souverain Pontife. Vous êtes le Chef des Évêques ; vous êtes l'héritier des Apôtres ; vous rappelez Abel par votre primauté, Noé par votre gouvernement, Abraham par votre patriarcat^ Melchisédech par votre ordre saint, Aaron par votre dignité. Moïse par votre autorité, Samuel par votre juridiction, Pierre par votre puissance, Jésus-Christ lui-même par votre onction sacrée. C'est à vous que les clefs ont été données, que les brebis ont été commises. Il y a bien d'autres portiers du ciel, d'autres pasteurs de troupeaux; mais, vous, vous avez d'autant plus de gloire, que vous avez été distingué entre tous, en recevant d'une manière plus excellente ces deux titres pour héritage. Ils ont, eux, des troupeaux qui leur sont assignés, et chacun a le sien ; pour vous, on vous les a confiés tous ensemble, comme à un seul pasteur un seul troupeau. Et ce n'est pas uniquement des brebis, mais aussi des pasteurs eux-mêmes, que vous êtes seul le pasteur.

Vous me demandez comment je le prouve ? Par la parole de Notre-Seigneur. Auquel, en effet, je ne dis pas des Évêques, mais même des Apôtres, la totalité des brebis fut-elle ainsi confiée absolument et sans distinction ? 5t (;oti« m'aimez, Pierre^ paissez mes brebis *. Quelles brebis? sont-ce les peuples de telle ou telle cité, de telle province, de tel royaume ? Afes brebis, dit le Seigneur. Pour qui n'est-il pas évident qu'il n'en a point désigné de certaines, mais qu'il les a assignées tou tes ? Rien n'est excepté là où l'on n'a rien distingué. Et peutêtre les autres disciples étaient-ils présents, alors que, confiant le pouvoir à un seul, Jésus- Christ recommandait à tous l'unité dans un seul troupeau et dans un seul pasteur, selon cette parole du Cantique : Elle est uncj ma colombe, ma belle, ma parfaite '.

Là où est l'unité, là est la perfection. Les autres nombres ne deviennent pas plus parfaits^

* Jean, xxi, 17. — • Gant., vi, 8.

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DE LA CONSIDÉRATION. — LIVRE DEUXIÈME

mais plus divisibles, en s*éloignâiiide l'unité. C'est pour cela que les autres A[)ôlres prirent chacun la conduite d'un peuple particulier, instruits qu'ils étaient de leurs obligations sacrées. Jacques lui-même, qui était regardé comme la colonne de l'Église, se contenta de la seule ville de Jérusalem, laissant à Pierre l'Église universelle. Ce fut, il est vrai, glorieux pour lui d'être chargé de susciter des enfants à son frère mort, sur le lieu même où ce divin frère avait consommé son sacrifice (car Jacques fut appelé le frère de Notre-Seigneur *). Or, quand le frère du Sauveur le cède lui-même à Pierre, qui oserait encore prétendre à partager sa prérogative ?

46. Ainsi, d'après vos saintes règles, les autres ont reçu pour lot une portion de la sollicitude ; mais, vous, vous fûtes appelé à la plénitude de la puissance. Le pouvoir des autres est restreint dans d'invariables limites ; le vôtre s'étend sur ceux-là mêmes qui ont reçu le droit de commander. Et ne pouvez-vous pas, lorsque le cas l'exige, fermer le ciel à un évêque, le déposer de son siège, et le livrer même à Satan? Vous demeurez donc investi d'un privilège incontestable, soit sur les clefs que vous avez reçues, soit sur les brebis conflées à vos soins.

Mais écoutez encore ceci, qui ne tend pas moins à confirmer votre prérogative. Les disciples étaient à conduire leurs barques ; le divin Maître leur apparut sur le rivage ; et, ce qui augmentait leur joie, ils le voyaient ressuscité. Pierre, sachant que c'était le Seigneur, se jette aussitôt à la mer, et se dirige ainsi vers lui, tandis que les autres s'approchaient au moyen de leurs barques *. Que voyons-nous ici ? Une image sensible du souverain [)ontificat (le Pierre, en raison duquel il a reçu, non une seule barque à conduire, comme chacun des autres Apôtres, mais le monde lui-même à i^ou verner.En effet, la mer représente le monde; les barques figurent les Églises. De là vient aussi que, dans une autre circonstance, Pierre, marchant sur les eaux à l'instar de son divin Maître, indiqua par cette action qu'il était le seul Vicaire de Jésus-Christ, chargé, non de conduire un peuple, mais tous les peuples de la ten*e : car l'abondance des eaux représente le grand nombre des peuples '. Ainsi, pendant que chacun des évêques a sa barque particulière à diriger, vous devez conduire une barque immense, composée elle-même de toutes les autres, savoir, l'Église universelle, répandue dans le monde entier.

* Galat., I, 19. — « Jean, txi. — • Apoc, xvii, ^5,

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