‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 113 sur 385 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

il ne faut ni laisser endormir sa vigilance dans la prospérité, ni se décourager dans l'infortine.

21. Je vous conseille aussi de ne pas vous cacher à vous-même quel vous vous êtes trouvé dans les tribulations. Si vous avez été ferme dans les vôtres, compatissant dans celles d'autrui , réjouissez-vous : c'est la marque d'un

DE LA CONSIDÉRATION. — LIVRE DEUXIÈME

UT

cœur vertueux. Au contraire, c'est le propre d'un cœur pervers de ne pouvoir supporter ses propres afflictions, tandis qu'il est indifférent aux maux des autres.

Mais que dirons-nous d« la prospérité'^ n'estelle pas digne, à son tour, d'appeler yoire considération ? Oui, sans aucun doute, si vous réfléchissez combien, de tout temps, furent rares ceux qui, dans la bonne fortune, ne cessèrent pas un instant de veiller sur eux-mêmes et de régler leurs actions. Et quand donc la prospérité, sans le secours de la prudence, ne fut-elle pas pour les mœurs ce que le feu est pour la cire, ce que les rayons du soleil sont pour la neige ou pour la glace ? David était sage, Salomon était plus sage encore ; mais, cédant aux attraits d'un sort trop favorable, tous deux perdirent leur sagesse, l'un en partie, l'autre complètement.

Celui-là est grand, qui, venant à tomber dans l'infortune, ne décline aucunement en sagesse; et celui-là n'est pas moins grand, que le bonheur caresse sans pouvoir Taveuglér. Mais, à vrai dire, on trouvera plus aisément des gens qui ont conservé leur sagesse dans les rigueurs de la fortune, que des cœurs qui ne l'ont point perdue dans ses faveurs. D'où il suit que nous pouvons mettre au-dessus même des plus grands celui qui , au sein de la prospérité, a poussé l'attention jusqu'à se défendre ou d'un rire peu bienséant, ou d'un langage trop avantageux, ou d'une certaine recherche dans ses habits et dans sa nourriture.

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