LETTRE CCCXXIX
(Écrite vers l*an 1140.)
A l'évêque de limoges.
Contre Télection de Tévèque de Rodez«
Ce n'est pas pour moi que je vous écris cette lettre, et je ne cherche pas mes intérêts. C'est pour vous-même que je vous parle. Les jours de l'homme sont courts. Pendant que vous êtes évêque de Limoges, honorez votre ministère et faites-nous voir vos bonnes œuvres. En apprenant que l'affaire de l'élection de Cahors vous avait été confiée par le Pape, et que vous deviez la terminer canoniquement, tout appel étant fermé, nous avons été presque consolés. Voici entre vos mains une occasion, une affaire où l'Eglise de Dieu verra si le rational est sur la poitrine du Pontife. La crainte de Dieu, le zèle pour les canons, l'amour de la justice, si ces sentiments sont en vous, ne seront plus sans porter des fruits. Dans l'Église de Rodez, il s'agit du pasteur, de l'évêque des âmes, du successeur du Christ, de celui qui, diS'je, donnera une postérité à son frère défunt. Or qui est capable de cette œuvre? Est-ce un homme que sa vie a souillé, que sa conscience accuse, que sa réputation déshonore? Est-ce un homme qui passe d'une abbaye dans une autre^ ou plutôt qui descend d'abime en abîme : et verra-t-on consacrer des vierges par celui qui les viole? Que deviendra dès lors ce que dit l'Apôtre : // faut que févéque soit pur de tout crime^ comme étant le dispensateur de Dieu *. Ayez donc soin de ne pas vous contredire, en disant une chose et en en faisant une autre; mais que, sur un même point vos actes répondent à vos paroles, pour qu'on ne
* Sans doute l'archeTéque de Rourges dont résèque de Rodez était sofliagant.
«Tit.ï, 7.
puisse pas fous applic}u^ ce qui a été dit de quelques personnes : Letirs Umgueë retoumieê centre eux ont perdu feur /brce ^ L'affaire est entre vos mains. Ainsi gardez votre âme, ne prenez pas part aux péchés d'autrui. Vous pouvez soutenir cet homme ou le renverser, mais, en le renversant, vous consacrerez vos mains au Seigneur.