CHAPITRE
c'est un devoir pour le souverain pontife d'examiner DANS TOUTE L'ÉGLISB SI L'ON OBSERVE
COMME ON LE DOIT LES DÉCRETS APOSTOLIQUES ET LES LOIS ÉTABLIES PAR SES PRÉDÉCESSEURS.
49. Il VOUS reste maintenant à étendre votre considération sur tout ce qui concerne la situation de rÉ^lise en général : vous avez à examiner si les fidèles sont soumis aux clercs, les clercs aux prêtres, les prêtres à Dieu, avec la docilité requise; si l'ordre et la discipline régnent dans les monastères et les établissements religieux; si les actions et les doctrines perverses sont suffisamment réprimées par la censure ecclésiastique ; si la vigne du Seigneur fleurit, grâce aux mœurs édifiantes et à la sainteté des prêtres ; si les fleurs produisent des fruits, grâce à Tcbéissance et à la fidélité des peuples; si, enfin, l'on observe, avec l'attention qu'elles exigent, vos prescriptions et vos ordonnances apostoliques, afin que, dans le champ de votre Maître, rien ne demeure inculte par négligence, ou ne soit enlevé par fraude.
Ce double mal existe, n'en doutez nullement. Pour ma part, je puis vous montrer (sans parler de tant de parties qui restent cà et là sans culture) quelques portions plantées de votre propre main, où tout a été bouleversé. N'avezvous pas promulgué vous-même, dans le concile de Reims, les règles disciplinaires que je vais transcrire? Qui les observe ?qui les a jamais observées ? Vous vous trompez, si vous pensez qu'on les respecte. Si vous ne le pensez pas, vous êtes tombé vous-même en faute, ou en établissant des règles qu'on ne devait point observer, ou en feignant d'ignorer qu'on les mé[)rise.
« Nous enjoignons, avez-vous dit, tant aux « évêques qu'à tout le clergé, de ne jamais « blesser les regards des peuples, dont ils dea vront être la règle et le modèle, ni par la re- « cherche des vêtements, ni par l'indécente « bigarrure des couleurs, ni par l'afl'ectalion de 9 porter des habits tailladés, ni par la manière «de soigner leurs cheveux ou leur barbe; et « nous leur recommandons, au contraire, de « condamner ces abus par leurs exemples, et « de prouver par leur conduite leur attacheci ment pour les mœurs,ainsi que l'exige l'hona neur de leur ordre. Que si, quarante jours a après qu'ils auront été avertis par les évêques, « les clercs n'avaient pas encore obéi, nous a ordonnons qu'ils soient privés de bénéfices a ecclésiastiques par la juste autorité de ces
a mêmes évêques. Quant aux évêcpies, s'ils né- « gligcnt d'appliquer la peine portée ci-dessus; « attendu que les fautes des inférieurs pro- « viennent principalement de la faiblesse et de « la négligence de leurs supérieurs, nous voii- « Ions que ceux-ci s'abstiennent de toute foncff tion épiscopale, jusqu'à ce qu'ils aient in- «fligé aux clercs placéssous leur juridiction la a peine par nous établie '.
a Nous avons cru devoir encore ajouter que « nul ne pourra être fait archidiacre ou doyen, 0 s'il n'est déjà diacre ou prêtre. Quant aux a archidiacres, aux doyens et aux prévôts qui a ne sont pas encore pourvus des ordres susce mentionnés, si, par désobéissance, ils dédaia gnent de se faire ordonner, qu'ils soient pri- « vés de leur titre. Nous défendons d'ailleurs « de conférer les susdites dignités à des sujets « dans l'âge d'adolescence, ou à des individus « non promus aux ordres sacrés, encore qu'ils 0 se fassent distinguer par leur capacité et par a leurs vertus".»
Voilà les propres paroles que vous avez revêtues de la sanction légale. Quel résultat ontelles obtenu? Encore aujourd'hui, et des adolescents, et des sujets non pourvus des ordres sacrés, sont promus aux dignités ecclésiastiques. En ce qui touche les défenses portées dans le premier chapitre, le luxe des habits a été interdit, maison n'y a rien retranché ; une peine a été décrétée, mais personne ne l'a subie. Voici tantôt quatre ans que nous avons entendu publier l'ordonnance ; et nous n'avons eu encore à pleurer ni sur un seul clerc privé de son bénéfice, ni sur un seul évêque suspendu de ses fonctions. Mais ce qui doit nous arracher des larmes bien amères, c'est la conséquence de cet oubli. Et quelle est-elle? L'impunité, fille de l'insouciance, mère de l'indiscipline, racine de refl'ronterie, aliment de toutes les transgressions. Aussi serez-vous bien heureux si vous appliquez tous vos soins à prévenir cette insouciance, source première de tous lesmaux. Mais c'està quoi vous aviserez sans doute. Pour le moment, levez les yeux, et voyez si, aujourd'hui comme auparavant, d'élégantes étoffes de diverses couleurs ne déshonorent pas les hommes du sanctuaire ; si, aujourd'hui comme auparavant, leur habit largement ouvert no permet pas, pour ainsi dire, d'apeacevoir leur nudité.
Ils ont pour coutume de dire : Est-ce donc aux habits que Dieu fait attention, et n'est-ce pas plutôt aux mœurs? Oui, maia ^fttfe éié-
> Can. 2 — * Can. 9.
DE LA CONSIDÉRATION. — LIVRE TROISIÈME
gance des habits est précisément un indice da la difformité des âmes et des mœurs. Qu'est-ce que cela signifie que des hommes d'Église veuillent être une chose et en paraître une autre ? Certes, il y a là peu de modestie, et en même temps peu de sincérité. Au fait, par la tournure ils sont militaires, parles revenus ils sont clercs, par les occupations ils ne sont ni l'un ni l'autre : car ils ne combattent point, comme les militaires; et ils n'évangélisent point, comme les clercs. A quel ordre donc appartiennent-ils ? En voulant être de tous les deux, ils les désertent tous les deux, et les confondent l'un avec l'autre. Chacun^ dit TApôtre, ressuscitera dans son ordre *. Mais ceux-ci, dans quel ordre ressusciteront-ils? Est-ce que, pour avoir péché sans appartenir à aucun ordre, ils ne seront d'aucun ordre le jour où ils devront périr? Ahl plutôt si nous croyons avec raison
1 I Cor., XV, 23.
que Dieu, dans sa souveraine sagesse, assigne un rang à chaque créature, depuis le plus haut degré jusqu'au plus bas, ceux-là, je le crains bien, ne trouveront enfin leur place que dans ces lieux ou les rangs ne sont pas marqués^ mais ou habite une horreur étemelle *.
Ohl qu'elle est à plaindre l'épouse confiée à de telles paranymphes, qui ne rougissent point de détourner à leur profit ce qui était destiné à sa parure! A coup sûr, ce ne sont point là des amis de l'époux, mais des rivaux.
Au reste, en voilà bien assez sur ce qui est au-dessous de vous, sinon quant à l'étendue de la matière, qui est infinie, du moins pour le but que je mesuis proposé. Il est temps de porter nos regards sur ce qui est autour de vous.' Hais nous n'aborderons ce sujet que dans le quatrième livre.
Job, X, 22.