FIN DU LIVRE QUATRIÈME
LIYRK CINQUIÈME
Ce cinquième livre, qui renferme la quatrième et dernière partie de la Considération^ est un traité à part et complet sur la méditation des choses éternelles, sur la contemplation des deux. Il ne tend pas au mêmebutquelesautres, celui de former le prêtre aux devoirs de son saint état ; et il convient à toutes sortes de personnes. Mais le lecteur prêtre serait bien privé, mortifié même , de ne pas trouver ici le complément de ce chef-d'œuvre du saint Docteur, ou la quatrième partie de la Considération : Quœ supra te sunt. Rien n'élève l'âme comme les magnifiques pensées, les conceptions profondes de saint Bernard, dans ce livre, sur les Anges et sur Dieu . Jusque-là on avait vu tour àtour le philosophe, l'orateur, lejurisconsulte, l'homme d'État; on va voir maintenant le théologien. Et quel sublime langage ne parle pas par sa bouche cette science, la théologie, qui est la science de Dieu 1 On croirait, en vérité, qu'il est entré, nous ne disons pas dans les conseils de Dieu, mais dans sa nature, dans son essence. Oui, il a pénétré les hauteurs des deux; et c'est Dieu même, évidemment, qui lui en a donné l'intelligence : <r Da mihi^ Domine y intellecium^ et scrutabor^ » . Voici quelle est la marche de ce livre, que nous pouvons appeler un traité de théologie sur les Anges, sur Dieu ; mais un traité sublime et ravissant.
11 se compose de quatorze chapitres.
Le premier n'est qu'une introduction dans cette nouvelle matière ; et il dit ce que c'est que considérer les choses qui sont au-dessus de nous.
Dans le second, procédant avec ordre et méthode, le saint Docteur assigne trois degrés à cette dernière espèce de considération.
Dans le troisième, il indique et caractérise
1 Ps. cxvui^ 34.
les moyens qui sont à notre portée pour connattre les choses supérieures, c'est-à-dire, Dieu et les Anges. Ces moyens sont : l'opinion, lafoi et l'intelligence.
Dans le quatrième chapitre, le saint Docteur disserte magnifiquement sur les Anges. Il est ici d'un intérêt ravissant, quand il exprime ce qu'ilappellesonopinion sur ces esprits célestes, et qu'il en décrit à sa manière, c'est-à-dire dans le style le plus animé et le plus brillant, les hauts et sublimes ministères.
Dans le cinquième, théologien aussi exact qu'habile et profond, il présente Dieu comme la source de tous les biens dont jouissent les intelligences célestes; et les réflexions qu'il fait sur les Anges sont de nature à intéresser vivement toute espèce de lecteurs.
Le sixième chapitre est véritablement digne de son sujet. Le saint Docteur y représente Dieu comme l'Être par excellence, la source de tous les autres êtres, le principe de tous les principes ; et rien n'est beau, sublime, exact, comme ses pensées et son langage.
Dans le septième, il entre, en quelque façon, dans la nature même de Dieu, et il insiste particulièrement sur la simplicité de son essence. Quand il parle de l'unité et de la trinité de Dieu, l'on dirait qu'il a vu clairement, qu'il a pénétré sans effort cet adorable mystère, et que Dieu lui a ouvert lui-même les trésors de son intelligence.
Le huitième chapitre n'est qu'une suite du précédent.
Dans le neuvième, par un rapprochement tout naturel, il descend de la Trinité à l'Incarnation ; et il fait voir que, comme la simplicité de nature dans les trois personnes ne fait qu'un Dieu, de même la pluralité des natures en Jésus-Christ ne fait qu'une seule pei^onne. A cet
DE LA CONSIDERATION. •• LIVRE CINQUIÈME
égard, il dit des choses admirables, qu'il étend, qu'il développe davantage dans le chapitre suivant, où il relève la gloire qui revient à l'homme, ou plutôt, la gloire dont la faible humanité est investie, par ce mystère de Tlncarnation du Verbe éternel. Fils unique de Dieu, et Dieu avec son Père.
Dans les quatre derniers chapitres, il revient à Dieu, àsa nature, à ses attributs; et partout, même profondeur, même fécondité, même intérêt. 11 donne peut-être plus de cent réponses diverses à cette question, à laquelle déjà il avait tant de fois répondu : Quid est Deus? Et chacune est une pensée nouvelle, qui vous élève, qui vous ravit, en éclairant la raison et en réchauffant le cœur. Cette prodigieuse abondance, qui semble dépasser les forces de l'esprit humain, est ici toute naturelle : on sent que le saint Docteur est à son aise, et qu'il parle ce haut langage comme un langage habituel et familier; tant l'élévation et la profondeur sont les caractères propres de son génie.
L'homme du monde n'y verrait que cela.
Grâces au ciel, nous avons le bonheur d'être des hommes de foi; et nous y voyons, avec cela, autre chose encore. Saint Bernard était l'ami de Dieu; et Dieu, qui met dans l'homme le germe du génie, n'étoufferajamais ce germe précieux quand l'homme lui sera fidèle : c'està-dire, qu'il rélèvera jusqu'à lui, ce génie de l'homme, et qu'il l'enrichira des dons les plus magnifiques. Aussi, qu'on y réfléchisse bien : il n'y a de vraie profondeur que dans les intelligences amies de Dieu. Tout le reste peut briller, éblouir, mais ne fait qu'effleurer la surface des choses, et ne satisfait nullement cet immense besoin de connaître et d'aimer, inhérent à notre nature. C'en serait assez pour détourner les prêtres de l'étude des philosophes, des orateurs, des savants du -monde, qui souvent eurent dans le cœur la haine de Dieu, comme ceux de nos jours y portent l'indifférence, et pour les engager à venir retremper leur âme dans une étude sérieuse et réfléchie de ceux que nous appelons les Pères. Hélas! l'inexpérience les dédaigne ou s'en fait lin épouvantait ; la prévention va quelquefois jusqu'à les taxer, sans les connaître, d'ignorance et de barbarie; tandis qu'ils sont, à la lettre, ce que devrait être chacun de nous pour remplir dignement sa mission ici-bas : lux mundi, en même temps que sal terrx *.
Quant au fruit spirituel que nous retirerons de la lecture de ce beau livre, il sera tout dan»
» Matlh . V, 13 cl ti.
cette parole, pleine de foi et d'amour, d'ua' Saint qui était, lui aussi, un génie : Quani sordet teltuSy cum cœlum aspicio ^ l