‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 136 sur 385 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

TOUS LES DONS QUE POSSÈDENT LES ESPRITS CÉ- LESTES SONT UN ÉCOULEMENT DE LA DIVINITÉ.

il. Celui qui a enrichi de tous ces dons les esprits célestes, est le même qui les a créés, l'Esprit souverain, un et toujours le même, distribuant à chacun ses faveurs suivant sa volonté. C'est là ce qu'il opère en eux ; c'est ce qu'il leur a aussi permis d'opérer par euxmêmes, mais d'une façon différente.

Les Séraphins brûlent; mais c'est du feu de Dieu, ou plutôt, d'un feu qui est Dieu même. Leur attribut distinctif, c'est d'aimer; mais non autant que Dieu, ni à sa manière.^

Les Chérubins brillent, et ils sont éminents en science ; mais par une pure participation à la vérité, d'où il suit qu'ils ne brillent ni de la même façon ni au même degré que la Vérité elle-même.

Les Trônes siègent pour juger ; mais c'est par la faveur de Celui qui siège sur eux. Ils jugent avec calme, comme lui; mais sans posséder ce degré ou ce genre de paix qui appartient au Pacificateur su|)rême, cette paix qui surpasse tout ce que Von peut concevoir^.

Les Dominations dominent; mais, sous le Maître souverain, elles dominent et obéissent en même temps. Qu'est-ce qu'une telle autorité, auprès de l'Autorité suprême, éternelle, sans égale ?

Les Principautés gouvernent et régissent;

1 I Pierre, ▼, 7. — 11 y a voàU dans le texte sacré. — " Philipp., IV, 7.

DE LA CONSIDÉRATION. — LIVRE CINQUIÈME

mais elles sont régies elles-mêmes : de telle sorte qu'elles ne sauraient plus régir, si elles cessaient d'être régies.

Ce qui distingue les Puissances, c'est la force ; mais Celui à qui elles sont redevables d'être fortes, est autrement fort, et plus fort ; ou plutôt, il est bien moins fort, qu'il n'est proprement la Force même.

Les Vertus y selon leur ministère et leur prérogative, s'appliquent à réveiller les cœurs assoupis des mortels en renouvelant les prodiges ; mais c'est la secrète puissance qui réside en elles, qui opère ces merveilles : elles y coopèrent, sans doute; mais, au prix de celleci, elles ne font absolument rien. En un mot, la différence entre elles est si grande, que le Prophète semble ne songer qu'à cette dernière puissance, quand il dit à Dieu : Cest vous, 6 mon Dieu, qui faites les prodiges * ; comme il dit ailleurs, en parlant de Dieu : // opère seul des prodiges étonnants *.

Les Anges et les Archanges nous secourent par leur présence ; mais Celui-là nous assiste bien plus en frère, qui est non-seulement près de nous, mais en nous.

12. Que si vous médites qu'un Ange peutêtre aussi au dedans de nous, je ne prétends point le nier; car je me souviens qu'il est écrit : Et VAnge qui parlait en moi '. Mais en ceci encore il existe une différence. L'Ange qui est au dedans de nous-mêmçs, noius suggère le bien, sans le produire en nous; il nous exhorte au bien, mais ne Topère pas. Dieu est en nous de telle sorte, qu'il modifie notre âme, qu'il y fait couler ses dons; ou plutôt, qu'il s'y écoule lui-même, et la fait participer à sa divinité : si bien qu'on n'a pas craint de dire qu'il ne faisait dès lors qu'un même esprit avec nous, encore qu'il ne fit ni une même personne ni une même substance. L'Apôtre vous dit, en effet :. Celui qui s'unit à Dieu ne fait qu'un esprit avec lui \ L'Apge donc est avec notre âme, mais Dieu est dans notre âme. L'Ange l'habite comme un hôte. Dieu y réside comme sa vie. Aussi, de même que notre âme voit par les yeux, entend par les oreilles, sent par les narines, goûte par le palais, touche par tout le reste du corps ; de même Dieu produit des effets didérents dans les esprits divers, se manifestant, par exemple, dans ceux-ci par le don d'aimer, dans ceux-là par le don de connaître, dans d'autres par d'autres effets, selon que

* PS.LXXVI, 15. — • Pb. cxxxv, 4.— » Zach., i, 9 et i4. — » I Cor., Ti, il.

l'Esprit révèle dans chacun su présence, pour fa plus grande utilité de tous *.

Quel est donc cet être étonnant, si fréquemment nommé par notre bouche, si loin de nous par la réalité? CommeniCelui dont nous parlons sans cesse, renfermé dans le secrçt de sa gloire, échappe-t-il entièrement à nos regards et à nos désirs ? Écoutez-le lui-même, alors qu'il dit aux hommes : Autant les deux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies^ et mes pensées au-dessus de vos pensées *. On dit que nous aimons, et on en dit autant de Dieu; on dit que nous connaissons, on le dit aussi de Dieu ; et de même pour beaucoup d'autres choses.

Mais Dieu aime comme amour, il connaît comme vérité, il juge comme justice, il règne comme msyesté, il gouverne comme autorité, il protège comme salut, il opère comme vertu, il éclaire comme lumière, il assiste comme piété. Tout cela les Apges le font; nous le faisons aussi nous-mêmes, mais d'une manière bien moins parfaite : nous n'agissons pas, en effet, en v^rtu du bien que nous sommes, mais en raison du bieq dont nous participons.

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