CHAPITRE VI
IL PASSE A LA CONSIDÊRATIOM DE D^Eli, ET IL FAIT VOIR QUE LA N0Tip?i DE PR^l^Ifia P|l(NCiPE El
d'Être par excellence ne peut s'appliquer
CONVENABLEMENT QU'a DIEU SEUj^.
13. Maintenant, laissez là ces esixrits, pour aller plus loin; et voyez si, avec l'épousç des Cantiques, vous pourrez dire, yovis ^\iss} : bientôt après les avoir dépassés, fai rencontré le bienaimé de mon âme \
Quel est-il? A cela l'on ne peut trouver de meilleure réponse que Ce;.ui qui e^t. C'est là ce qu'il voulut qu'on répondit de lui; c'est ce qu'il enseigna lui-même, lorsque Moïse dit au |)euple, d'après son injonction expresse : Celui qui est m*a envoyé vers vous ^. Et certes, ce fut avec raison : rien ne s'applique n^ieux à l'éternité, qui n'est autre chose que Dieu lui-même.
Si vous avez dit de Dieu qu'il est bon, qu'il est grand, qu'il est bienheùreuif, qu'il est sage, ou toute autre chose semblat^îe; tout cela se trouve reproduit dans le seul mot que voici : Il est. Car, pour lui, être, c'est ê^re tout cela.
• 1. Cor., XII, 1. -- « Isaïe, lv, Q. — » Cauliq., lu, 4.— * ExoJ., m, 14.
DE LA CONSIDÉRATION. - LIVRE CINQUIÈME
Quand tous ajouteriez cent expressions pareilles, vous n'iriez pas plus loin que celle-ci: être. En les exprimant, vous n'ajoutez rien; en les supprimant, vous ne retranchez rien. Enfin, si vous avez bien compris à quel point il est sans égal, à quel point il est supérieur, n'êtesvous pas persuadé qu'en comparaison de lui, tout ce qui n'est pas Lui semble plutôt n'être pas, qu'être?
Qu'est-ce encore que Dieu? Celui sans lequel rien n'existe. 11 est aussi impossible à quoi que ce soit d'être sans lui, qu'à lui d'être sans luimême. Il existe pour lui, il existe pour toutes choses. Et, par conséquent, il est en quelque manière seul, puisqu'il existe en même temps pour lui-même et pour tous les êtres.
Qu'est-ce que Dieu? C'est le principe. Et voilà ce qu'il a répondu lui-même en parlant de lui. Bien des choses sont appelées principes, mais par rapport à celles qui viennent à leur suite. Que si, au contraire, vous jetez les yeux sur une autre chose qui les précède, ce sera ceUe-ci, de préférence, que vous proclamerez principe. D'où il résulte que, si vous cherchez un principe simple et véritable, vous devez en venir nécessairement à ce qui n'a point eu de principe. Évidemment, un être par qui tout a commencé, n'a jamais commencé lui-même.
Car, s'il a commencé, il a dû tirer son commencement d'un autre : rien, en effet, ne tire de soi-même son commencement. A moins que quelqu'un n'imagine que ce qui n'était pas encore a pu se donner la faculté de commencer d'être; ou bien, qu'une chose a été avant d'être réellement. Et comme ces deux suppositions répugnent également à la raison, il demeure établi que rien n'a pu se servir de principe à soi-même. Mais ce qui a eu pour principe une autre chose, n'a pas été soi-même le premier principe. Donc, le véritable principe n'a pas eu de commencement, mais tout a commencé par
lui.
14.Qu'est-ce que Dieu? C'est celui pour lequel il n'y a eu ni siècles futurs, ni siècles passés, ni siècles coéternels à sa durée. Qu'est-ce que Dieu? C'est celui de qui tout vient ^ par qui tout C8t^ en gui tout est '. De qui tout vient, par création, et non par génération. Par qui tout est; n'allez pas imaginer d'autre auteur et d'autre artisan. En qui tout est, non matériellement, mais virtuellement. />e gui /owf vient; comme de l'unique principe, auteur de toutes choses. Par qui tout est; qu'on n'introduise pas un second principe, l'ouvrier. £n qui tout est;
» Jean, vin, 25; et Apoc, i, 8.— « Rom., ii, 36.
qu'on n'en suppose pas un troisième, le lieu. Je dis, de qui tout vient, et non de la suIh stance duquel tout provient : car Dieu n'est pas matière ; il est cause efficiente, et non cause matérielle. Vainement la philosophie cherche une matière première : Dieu n'eut pas besoin de matière. Il sut se passer, en effet, et d'atelier et d'artisan : il fit tout lui-même, par luimême et en lui-même. De quoi? de rien: car s'il l'eût fait de quelque chose, il n'eût point fait cette autre chose, et, par conséquent, il n'eût pas tout fait. Loin de nous la pensée que ce soit de sa substance inaltérable et incorruptible qu'il ait composé tant de choses, bonnes il est vrai, mais corruptibles I
Hais, si toutes choses sont en lui, vous demandez où il est lui-même. Je ne trouve rien à vous répondre : quel lieu pourrait le contenir ? Vous demandez où il n'est pas. Je ne vous le dirai pas davantage : quel est le lieu où il ne soit présent? Dieu est un être incompréhensible; mais vous l'avez déjà suffisamment compris, si vous demeurez convaincu que, ne pouvant être enfermé dans aucun lieu, il n'est nulle part, et que, n'étant exclu d'aucun lieu, il est partout. Oui, par un privilège de sa nature, également sublime et inconcevable, comme tout est en lui, il est lui-même en tout. Enfin, suivant l'expression de l'Évangile, t/^/âfV^ari< le monde ^ ; ou bien, si vous voulez, il est là même où il était avant que le monde fût créé. Et ne demandez pas maintenant où il était: rien n'existait, si ce n'est lui; donc il existait en lui-même.