‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 139 sur 385 · LA PLURALITÉ DES PERSONNES EST PRODUITE EN · texte numérisé non relu

LA PLURALITÉ DES PERSONNES EST PRODUITE EN

DIEU PAR SES propriétés; MAIS SON ESSENCE n'en EST PAS MOINS UNE ET SIMPLE.

\ 8. Que les propriétés des personnes ne soient que ces personnes mêmes; que ces personnes, à leur tour, ne soient qu'un seul Dieu, une seule substance divine, une seule nature divine, une seule majesté divine et souveraine: voilà ce que confesse la foi catltolique. Comptez donc, si vous le pouvez, ou sans la substance les personnes, qui sont cette substance elle-même ; ou sansles personnes les propriétés, qui sont ces mêmes personnes. Que si quelqu'un affecte de séparer, ou les personnes de la substance, ou les propriétés des personnes, je ne saurais comprendre comment il peut se déclarer adorateur de la Trinité, alors qu'il ne craint pas d'admettre ici un aussi grand nombre de choses différentes .

Disons donc irois^ mais sans qu'il y ait préjudice pour l'unité; disons aussi t/n, mais sans qu'il en résulte confusion dans la trinité : car ce ne sont pas là des noms vides de sens, ni des expressions vaines et insignifiantes. Quelqu'un demande-t-il comment peut exister ce que nous disons être conforme à la foi catholique? Qu'il lui suffise de tenir pour certain que cela est ainsi, et qu'encore que la raison ne le comprenne pas, l'opinion néanmoins n'en doute nullement, et la foi en est convaincue. C'est là un grand mystère, que nous devons adorer, et non approfondir : comment la pluralité peut exister dans l'unité, et dans une telle unité ; ou comment cette unité peut être elle-même dans la pluralité. Vouloir le découvrir, c'est être téméraire; le croire,c'est être pieux; leçonnaître, c'est posséder la vie, et la vie éternelle.

D'après cela, si vous le jugez à propos, chei Eugène, que votre considération se mette à parcourir diverses sortes d'unités, afin que l'excel lence de cette unité sans égale lui apparaisse dans un plus grand jour. Ainsi, il est une unité qu'on peut appeler collective : celle qui a lieu par exemple, quand plusieurs pierres ne

DE LA CONSIDÉRATION — LIVRE CINQUIÈME

forment qu'un seul tas. Il est aussi une unité constitutive^ lorsque plusieurs membres constituent un seul corps, ou que plusieurs parties composent un tout quelconque. Il y a encore une unité cmjugative^ qui fait que deux ne sont plus deux, mais une seule chair. Il 7 a également une unité native^ par laquelle, de la réunion de l'âme et de la chair, il naît un seul homme. Il y a une unité potestative^ par laquelle un homme de cœur s'applique à n'être pas versatile et changeant, mais à se montrer toujours un avec lui-même. Il y a une unité de sentiment^ quand, par la charité, plusieurs hommes ne font qu'un cœur et qu'une âme. Il y a une unité de désir^ quand l'âme, s'attachant à Dieu par tous ses désirs, n'est plus qu'un esprit avec lui. Enfin, il y a une unité d'honneu)\ par laquelle le Verbe de Dieu a daigné prendre notre limon pour se l'unir en une seule personne,

19. Hais toutes ces unités que sont-elles auprès de cet un par excellence, et, pour ainsi parler, de cet uniquement un, dans lequel c'est la consubstantialité qui produit l'unité ? Rapprochées de cette unité, elles seront unes, sans doute, sous un rapport ou sous un autre; mises en balance avec elle, elles ne le seront sous aucun. Ainsi donc, entre toutes les choses que l'on qualifie à bon droit d'unités, la pre-* mière place est acquise à l'unité de la Trinité sainte, par laquelle trois personnes ne sont qu'une seule substance. A la seconde place se montre avec éclat cette unité par laquelle, au contraire, trois substances ne sont, en Jésus- Christ, qu'une seule personne. Mais celle-ci^ et toutes les autres choses qui peuvent être appelées tmiiés , sont ainsi qualifiées parce qu'elles imitent, et non parce qu'elles égalent cette unité suprême : c'est ce que nous fait reconnaître une véritable et sage considération « - Au surplus, nous ne cessons point de professer cette unité en reconnaissant trois personnes ; puisque dans cette trinité nous n'admettons point la multiplicité, pas plus que la solitude dans l'unité. C'est pourquoi, lorsque je dis UN, ce nombre de la Trinité ne me déconcerte nullement : car il ne multiplie point l'essence, ne la change point, ne la divise point. Et de même, quand je dis trois, l'aspect de l'uNiTÉ ne me fait point obstacle : car elle ne contraint ces trois personnes, ou ces trois objets quels qu'ils soient, ni de se confondre l'un avec l'autre, ni de se réduire à un seul.

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