‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 154 sur 385 · CHAPITRE VlII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VlII

IL RECOMMANDE A L'ÉVÊQUE L'HCJMILITÂ ET LA ttdtfSSTlE.

SO.C'cst une bonne chose que rhumilité,qui, pour le présent, garantit le cœur de ces inquiétudes qui le rongent, et, dans l'aveniri rassure la conscience contre les châtiments

^ Âiuos, 1, 13. -«-* Isaîe, v, 8.

TRAITÉ DES MOEURS

qui nous menacent. Qu'elle tranquillise vot r âme, 6 mon Père, en la préservant de toutes ces mortelles convoitises. Écoutez plutôt le Prophète, qui vous en détourne en ces termes: Pl!allezpasy dit-il, être Pémule des méchants, et ne jalousez point ceux qui commettent V iniquité *. Il vaut mieux prendre pour modèle FApôtre, qui ne se glorifiait pas outre mesure, ne s'étendait pas au delà de son pouvoir, n'osait pas, comme lui-même l'avoue, se comparer à quelques-uns qui font leur propre éloge ; mais se comparait à lui-même, et se mesurait selon la mesure de la règle que lui avait mesurée Dieu *. En recueillant encore ces mots de la bouche du même Apôtre : Ne vous faites point tort réciproquement •, il vous siéra vous contenter de ce qui est à vous. C'est lui aussi qui, exhortant à l'humilité, n'hésitera point à intimer à un archevêque ce commandement salutaire : A^^ vous plaisez point dans l'élévation, mais craignez *. Être dans les grandeurs sans s'y plaire, est chose difficile et tout à fait inusitée; mais plus elle est inusitée, plus elle est glorieuse. La crainte qu'entraîne après elle une première élévation, inspirera plus de dégoût que de désir pour une élévation nouvelle. Ne vous croyez donc pas heureux parce que vous commandez, mais malheureux si vous n'êtes ]f)oint utile.

31. Or, pour que vous puissiez commander avec sécurité, ne dédaignez pas de vous soumettre, vous aussi, à qui vous le devez. Car le dédain de la soumission rend indigne de la prélature. C'est le conseil du Sage : Plus vous êtes grand, plus il faut vous humilier en toutes choses * / c'est le précepte de la Sagesse : Que celui de vous qui est le plus grand, se fasse comme le plus petit •. Que s'il est expédient d'être soumis même aux inférieurs, comment sera-t-il permis de mépriser le joug des supérieurs? Que vos subordonnés voient plutôt en vous cette déférence qu'ils doivent vous rendre. Vous comprenez ce que je dis : L'honneur, à qui l'honneur'',. Que toute âme^ dit l'Apôtre, soit soumise aux puissances supérieures ^. Si toute âme, donc aussi la vôtre I Qui peut vous excepter de la règle commune? Si quelqu'un prétend vous y soustraire, il cherche à vous tromper. Ne prêtez point l'oreille aux conseils de ces hommes qui, tout chrétiens qu'ils sont, croiraient pourtant se dégrader en suivant les exemples ou en obéissant aux leçons du

« Ps. XXXVI, !.*— « U Cor., x, 12^ 13, 14. — » II Cor., vn, 5.— * Rom., XI, 20.- » Eccli.,iiJ, 20.— •Luc,xxu,26. »^ ' Rom., xni, 1. — • !bid,, i .

Christ. Ce sont ceux mêmes qui ont coutume de vous dire : a Conservez l'honneur de votre « siège. Certes, il convenait que l'Église à vous « confiée s'accrût entre vos mains ; mais mainc tenant au moins, qu'elle reste daqs cette dia gnité où vous l'avez reçue. Êtes-vous donc 0 moins puissant que votre prédécesseur? Si a elle ne s'accroît pas par vous, qu'elle ne dé- « croisse point par vous. » Tel est le langage de ces hommes. Le Christ a et parlé et agi autrement./^erw/fz, dit-il, d César ce qui est à César, • et à Dieu ce qui est à Dieu *. Ce que sa bouche prescrivit, il eut bientôt soin de l'accomplir par sa conduite. Le Créateur de César n'hésita point à payer le tribut à César : car il vous a donné l'exemple, pour que vous aussi vous fassiez de même. Mais comment refuserait-il aux prêtres de Dieu le respect qui leur est dû, lui qui prit soin de se montrer si fidèle à honorermêmeles puissances séculières? Et vous, quand vous servez assidûment le successeur de César, c'est-à-dire le roi, dans ses cours, dans ses conseils, dans ses négociations, dans ses armées, il sera indigne de vous de rendre au Vicaire du Christ, quel qu'il soit, le genre d'hommages qui a été réglé par l'usage immémorial des Églises ! Hais les puissances qui existent, dit l'Apôtre, ont été établies de Dieu'^. Qu'ils voient donc, ceux qui vous détournent de cette ignominie, quel crime c'est de résister à Tordre de Dieu. C'est fort ignominieux au serviteur, s'il est comme son seigneur; ou au disciple, s'il est comme son maître. Ih pensent vous témoigner beaucoup de déférence, lorsqu'ils entreprennent de vous mettre avant le Christ, lui-même réclamant et disant ; Le serviteur n'est pas plus grand que son maître, ni l'apôtre que celui qui l'a envoyé ". Ce que n'a point dédaigné le Maître et le Seigneur (et cependant quel maître et quel seigneur I), un bon serviteur et un dévoué disciple le jugerait indigne de lui)

32. Qu'il a bien parlé ce bienheureux centurion, dont la foi ne trouva point d'égale en Israël ! Et moi, dit-il, Je suis homme sous la puissance d*autrui^ ayant sous moi des soldats *. Il ne proclamait point avec jactance son autorité, qu'il n'allégua pas seule, ni en premier lieu. Car, avant de dire: Ayant sous moi des soldats, il dit d'abord : Je suis homme sous la puissance d\iutrui; il se reconnut homme avant de se déclarer puissant. Il se reconnut homme, dis-je, tout gentil qu'il était, pour montrer en

» Marc, XII, 17, — * Rom., XJii, 1.— » Jcao, xiij, 16.— * Luc vu, 8.

ET DES DEVOIRS DES ËVEQUES

lui déjà accompli ce que longtemps auparavant avait dit David: Que les Gentils sachent qu'ils sont hommes ^ Je suis homme y dit-il, et un homme soumis à la puissance. Désormais, quoi que tu ajoutes, nous ne te suspectons point de vanité: car rhumilitc a pris les devants pour "prévenir l'orgueil; et l'arrogance n'a pas trouvé place là où la modestie a si nettement arboré ses insignes. Tu reconnais ton infériorité, tu confesses ta dépendance ; va, tu peux maintenant aussi déclarer sans scrupule que tu as sous toi des soldats. En effet, parce qu'il ne fut point confus de sa dépendance, il mérita justement d'être honoré pour sa primauté. II ne rougit point de reconnaître au-dessus de lui une autorité, et par cela seul il fut digne d'avoir lui-même des soldats sous ses ordres. C'était de l'abondance du cœur que la bouche parlait ; et selon qu'au dedans il avait su régler ses affections, au dehors aussi l'on put remarquer la bienséance de ses paroles. Il rendit d'abord honneur à ses chefs, pour être luiihême à son tour justement honoré par ses subordonnés : sachant qu'il recevait de ses su- [)crieurs ce qu'il accordait à ses inférieurs, et qu'il apprenait mieux par l'expérience de sa propre dépendance à modérer lui-même son autorité. Peut être n'ignorait-il pas que, tant que l'homme fut soumis à Dieu, Dieu avait tout mis sous les pieds de l'homme ; qu'après sa révolte, il voulut que tout se révoltât contre lui; et que cet être que, pour prix de sou humilité, il avait établi sur les œuvres de ses mains, fut, en punition de son orgueil, comparé aux brutes sans raison et leur devint semblable. Peut-être savait-il encore que l'esprit de l'homme, soumis au Créateur, subjugua lui-même et maîtrisa la chair; que, rebelle, il la trouva rebelle ; et que, devenu transgresseur de la loi d'en haut, il commença à sentir dans ses membres une autre loi, opposée à la loi de son esprit et le captivant lui-même sous la loi du péché. '

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