‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 155 sur 385 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

IL BLAME LES ABBÉS QUI HECHERCHENT d'uKE MANIÈRE DÉPLACÉE LES EXEMPTIONS.

33. Je m'étonne de voir dans notre Ordre certains chefs de monastères enfreindre, avec une odieuse obstination, cette règle de l'humilité, et (ce qui est pis] sous un humble habit, sous une modeste tonsure montrer une telle

hauteur, que, tandis qu'ils ne souffrent pas que leurs subordonnés transgressent même un seul petit mot de leurs commandements, ils dédaignent d'obéir à leurs propres évêques. Ils dépouillent les Églises pour s^émanciper ; ils se rachètent pour ne point obéir. Il n'en ' fut pas ainsi du Christ. En effet, il donna sa vie pour ne pas perdre l'obéissance ; et ceux-ci, pour s'en affranchir, dépensent presque entièrement ce qui devait les faire vivre, eux et leurs communautés. D'où vient tant de présomption, ô moines? Car enfin, pour commander à des moines, vous n'avez pas cessé d'être moines. Assurément, c'est la profession qui fait le moine, c'est le besoin d'un chef qui fait l'abbé. Or, afin qu'un pareil besoin ne poiie point atteinte à la profession, il faut que le titred'abbé se joigne à la professiondemoine, non qu'il la remplace. Autrement, comment s'accomplira cette parole: Vous a-t-on établi pour gouverner les autres? soyez parmi eux comme tun d'entre eux *. Comment serez-vous comme, l'un (Ventre euXy si vous demeurez orgueilleux quand ils sont humbles, rebelle quand ils sont soumis, violent quand ils sont doux? Pour que nous puissions vous regarder comme l'un d'entre eux, il faut que nous vous voyions aussi disposé à pratiquer qu'à exiger l'obéissance ; que nous vous voyions aussi volontiers disposé à obtempérer à vos supérieurs, qu'à commander à vos subordonnés. Que si vous voulez toujours les trouver obéissants et ne jamais l'être, vous prouvez que vous n'êtes pas comme un d'entre eux, puisque vous refusez d'être un de ceux qui obéissent. Tandis que dans votre orgueil vous vous séparez d'eux, nous voyons clairement à la société de qui vous vous réunissez ; et, soit que vous vous en moquiez par impudence, soit que par impru^ dence vous n'y fassiez pas attention, vous êtes certainement compté parmi ceux dont il est écrit : Jls lient des fardeaux, pesants et qu*an ne peut porter, et ils en chargent les épaules des hommes; maiSj eux^ ils ne veulent pas même les remuer du doigt '. De qui donc jugez- vous la société plus indigne de vous, des maîtres délicats que la Vérité frappe d'anathème, ou des moines obéissants qu'elle appelle ses amis ? Elle dit en effet : Vous êtes mes amis^ si twus fuites ce que je vous commande ' ? Vous voyez donc ce que c'est d'or^ donner ce que vous ne faites pas vous-mém6,ou de ne pas vouloir faire ce que vous enseignez. 34. Ensuite, pour ne rien dire de cet article de la Règle, où saint Benoit vous recommande

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