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SERMON
en lambeaux. Si vous avez vu un nomme se gratter les mains, et continuer ses frottements jusqu'à faire couler le sang, vous avez dans cet homme une image fidèle de l'âme en état de péché. En effet, la sensation de plaisir fait place à la douleur, et à la démangeaison succède la souffrance. Il savait bien sans doute, qu'il en serait ainsi; mais il n'en tenait aucun compte pendant qu'il cherchait à se satisfaire.
8. Voilà précisément comment nos propres mains déchirent, comment elles couvrent de plaies nos âmes infortunées ; avec cette différence, toutefois, que l'atteinte est d'autant plus funeste, qu'une créature spirituelle est plus relevée, etplus difficile à guérir. Et certes, ce qui nous fait agir ainsi, ce n'est point un sentiment de haine, mais cette insensibilité stupide qui a comme engourdi notre cœur. Ce cœur, en effet, répandu tout entier au dehors par les sens, ne sent point le mal intérieur qui le ronge ; car il n'habite plus au dedans de luimême, mais il s'est établi peut-être dans le ventre, et peut-être plus bas encore. Finalement, le cœur de certains hommes est dans leurs plats chargés de mets ; celui de certains autres est dans leur boui^e. Là ou est votre trésor ^ a dit le divin Maître, làycst aussi votre cû?«r*.Qu'y a-t-il donc d'étonnant qu'une âme ne sente plus son mal, alors que, s'oubliant oUe-méme, et constamment absente de chez elle, elle court voyager dans de lointains pays? Viendra le jour pourtant où rentrée en soimême, elle reconnaîtra quelle fut sa cruauté de se sacrifier pour obtenir une misérable proie. C*c8l là ce qu'elle ne pouvait comprendre pendant que, dans son infaliahle avidilé, courant après les plus chélifs insectes, elle semblait, pareille à l'araignée, tirer de sa propre substance de quoi fabriquer ses réseaux.
9. Ce retour de Tâme en elle-même aura lieu sans aucun doute, ne fût-ce qu*après la mort; alors que désormais elle verra fermées ces portes des sens corporels, par où elle avait coutume de s'échapper pour aller courir au dehors et se fatiguer sans profit après les fantômes du monde; si bien qu'elle sera contrainte de demeurer en elle-même, n'ayant plus de passage ouvert pour en sortir. Hais^ hélas I ce retour lui sera bien funeste^ son malheur n'aura plus de fin, puisqu'elle pourra bien encore se repentir, mais non pas faire pénitence. Du moment, en effet, qu'il n'y aura plus de corps, il n'y aura pas non plus d'action ;
' IhlUi., VI, 21.
et là, où toute action aura cessé, toute satisfaction deviendra impossible. Aussi, c'est dans le repentir que glt proprement la douleur ; car pour la pénitence, elle en est le remède. Celui-là, en effet, qui n'aura plus de mains ne pourra désormais élever vers le ciel et son cœur et ses mains. Et de plus, quiconque avant sa dernière heure ne sera point revenu à luimême, doit nécessairement rester dans cet état pendant toute une éternité.
10. Or, son état, quel sera-t-il? Celui qu'il se sera fait à lui-même pendant cette vie, celui dans lequel il se sera trouvé au moment de la mort : si ce n'est peut-être qu'il deviendra quelquefois pire; car pour meilleur, il ne le sera jamais. Ce même corps, en effet, qu'il laisse aujourd'hui sur la terre, il doit le recouvrer un jour, non toutefois pour faire pénitence, mais pour subir son châtiment. Dès ce moment^ son corps et son péché sembleront avoir, en quelque sorte, une commune condition : et de même que le péché pourra être toujours puni, sans jamais pouvoir être expié; ainsi les souffrances du corps n'auront jamais de flq, et le corps lui-même ne pourra point être anéanti par les souffrances. Certes, ce sera justement que l'éternelle vengeance ne cessera point de frapper, puisque la prévarication ne pourra plus être effacée ; et la substance du corps ne cessera jamais d'exister, afin que les tourments qu'elle doit endurer ne finissent point avec elle. Ces horribles malheurs, mes frères, celui qui les craint s'en préserve, celui qui les méprise y tombe.