‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 163 sur 385 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

c'est Dlf BIEN QUE DE SENTIR LE VEK RONGBITR DE SA CONSCIENCE PENDANT CETTE VIE, AI-OM qu'on PBDT encore PARVENIR A L'ETOUFFER.

41. Pour revenir donc à la parole d'où nous sommes partis, notre intérêt incontestable c'est de rentrer dans notre cœur, puisque là est un chemin par lequel veut nous conduire au salut ce Dieu qui y rappelle les pécheurs avec tant de miséricorde. Et n'allons pas nous plaindre^ en attendant^ de sentirau dedans de nous le ver rongeur de la conscience; qu'une dangereuse délicatesse^ qu'une funeste pusillanimité ne nous engagent point à jeter un voile sur les douleurs qui nous assiègent. C'est un grand bien que de sentir ce ver rongeur

ou LIVRE DE LA CONVERSION.

pendant qu'il peut encore être étouffé. Qu'il nous ronge donc maintenant, afln qu'il meure, et qu'insensiblement il cesse de nous mordre pour nous aYûir longtemps mordus. Oui, qu'il ronge pendant la yie la pourriture de notre âme, afln qu'en la rongeant il la consume, et qu'il soi! à son tour consumé, au lieu d'être mis en réserve pour nous ronger dans l'éternelle vie. Le ver des réprouvés ne mourra point, dit le Seigneur, et leur feu ne s'éteindra plus ^ Qui pourra ne pas défaillir en présence de ces éternelles morsures? Car, maintenant du moins, bien des consolations adoucissent pour le pécheur les tourments de la conscience. Dieu, dans son infinie bonté, ne permet pas que nous soyons tentés au delà de nos forces, ni que ce ver du remords nous désole outre mesure. t>ans les commencements, surtout, de la conversion d'un pécheur, ce Dieu bon verse sur ses plaies l'huile de sa miséricorde, sans lui laisser connaître, plus que son intérêt ne l'exige, ni la gravité de ses maux, ni la difficulté de la guérison. On dirait plutôt qu'en ces moments tout lui sourit et lui semble facile ; et si le charme est bientôt dissipé, c'est quand, le pécheur converti ayant assez exercé son cotirage. Dieu lui suscite peut-être des combats, afln qu'il en sorte vainqueur, et qu'il apprenne que la sagesse triomphe de tous les obstacles.

13. Or, en attendant, celui qui a eu le bonheur d'entendre cette parole du divin Mattre '. Pécheurs^ rentrez dans votre cœur^ et qui a découvert dans ce réduit seciret un horrible amas d'immondices, en examine avec soin toutes les avenues, et cherche sérieusement à reconnaître par où tant d'impuretés ont pu s'y frayer un chemin. Certes, il lui faut peu d'efforts pour trouver le passage, ou plutôt les passages. Et sa douleur en devient plus amère, quand il s'est ainsi convaincu que c'est par les portes mêmes de ses sens que cette peste est entrée dans son âme. En effet, bien des souillures ont été contractées par la licence des regards; beaucoup d'autres par la curiosité des oreilles ; beaucoup aussi par la sensualité de l'odorat , du goût et du toucher. Quant aux vices qui tiennent de plus près à l'esprit, desquels j'ai précédemment parlé, il est encore trop charnel pour en démêler aisément la nature. D'où il résulte que ses fautes les plus graves, ou l'affligent le moins , ou ne l'affligent pas du tout; et qu'il a bien moîas de remords des péchés d'orgueil ou d'envie, que

des actes honteusement obscènes ou audacieusement pervers.

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